PREMIÈRE PARTIE
Puyset, dont il détruisit par trois fois le donjon, entre Orléans et Chartres.
Aussi 1 evêque était-il plus utile au roi que le roi ne pouvait l'être à l'évêque. Dans une société organisée comme au xii'' siècle, où tout le monde est fort, il n'y a plus personne de fort, si ce n'est le faible et le désarmé, lorsque comme le seigiieur-évêque, il possède la force morale.
Le serment que les grands vassaux faisaient au roi le jour de son sacre, en mettant leurs mains dans ses mains, d'autres le leur faisaient à leur tour et d'autres encore faisaient à ces derniers les mêmes foi et hommages. Ainsi, quoique séparés par la langue, les lois, les intérêts, quoique disséminés sur une grande étendue de pays, les seigneurs français paraissaient unis entre eux par une grande chaîne de devoirs.
Cependant la suprématie du roi n'était que nominale ; chacun, du plus grand au plus petit, gouvernait, battait monnaie et guerroyait à sa guise. Dans les temps modernes, où les gouvernements ont ce qu'on appelle la force publique, ils se peuvent passer de la puissance morale, mais quand l'armée du roi trouve en face d'elle une armée presque toujours égale, souvent plus puissante comme en 11:25 ; si le suprême pouvoir ne dispose pas de moyens supérieurs à ceux de ses adversaires, le pays se transformera fatalement en une fédération bizarre , livrée à l'anarchie au dedans , désarmée contre les ennends du dehors. Le péril était
imminent dans la France des premiers Capétiens.
Il devait appartenir aux évêques, et en particulier à levêque co-suzerain de la capitale avec le roi, de commencer l'unité française. Le royaume était alors .semblable à une de ces armées composées de chevaliers bardés de fer de la tête aux pieds, serrés les uns contre les autres, dans lesquelles le mouvement d'un seul retentit sur toute la ligne, et se répercute à l'intîni, le fer choquant le fer.
Dès Louis le Gros, les lois que le roi édictait étaient envoyées immédiatement à presque tous les évêques et à la plupart des abbayes de France, avec les instructions du suzerain-sire, scellées de son grand scel. Tandis que la force semblait régner sans partage, la résistance vint du sentiment religieux, qui inspira assez d'énergie pour troubler dans la jouissance de leur pouvoir les grands qui s'alfranchissaient des lois.
Eternel contrepoids, réaction éternelle contre les vices et les folies du siècle, le catholicisme qui est aujourd'hui le rempart le plus puissant de l'autorité, menacée jusque dans ses derniers retranchements , fut durant tout le moyen âge le plus iîdèle soutien des droits du faible et de l'opprimé , de la liberté universelle.
Dès cette époque, l'Eglise, avec cette sérénité qui n'appartient qu'aux choses éternelles, repoussait les prétentions injustes, de quelque part qu'elles vinssent, et tenait déjà la balance égale entre ces deux pouvoirs,