‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 32 sur 100 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

l'aristocratie et la foule, qui ont tour à tour la domination du monde.

Le clergé partagé par deux intérêts, l'intérêt féodal qui le portait vers l'aristocratie et l'intérêt moral qui le poussait à unir son action à celle de la royauté, préféra le dernier, sacrifiant ainsi généreusement sa supériorité féodale à la cause publique.

Soutien de la royauté carlovingienne à l'époque où les seigneurs la foulaient, le clergé ne se démentit pas lorsque recommença la lutte de la puissance publique contre les grands terriens qui s'étaient approprié la souveraineté et la propriété des hommes et des choses, il concentra ses ressources • autour du trône pour donner à la monarchie capétienne un puissant point d'appui.

Ce n'est pas que les rois épargnent au clergé les persécutions quand ils ont des démêlés avec les évêques. Dans une question de canonicat sur laquelle î]tienne de Sentis et son chapitre se trouvaient divisés, Louis le Gros prit parti pour le chapitre; le prélat craignant que l'intervention du roi ne portât préjudice à la liberté de son église, jeta l'interdit sur ce prince et sur ses domaines. Furieux de cette peine, la plus considérable qui pût être infligée à un souverain, Louis confisqua le temporel de l'évêché, fermages, terres, maisons et revenus de tout genre.

L'évêque de Paris, avant d'appeler au pape de l'injustice du prince, s'adressa à son collègue et ami

Saint-Bernard, abbé de Clairvaiix, lequel écrivit de suite au roi de France. Cette lettre, que l'histoire a conservée, nous montre le ton grave et ferme d'un personnage tel que saint Bernard, écrivant à un roi tel que Louis le Gros :

« Le Roi du ciel et de la terre, disait-il, vous a donné un royaume sur la terre pour vous en faire mériter un autre dans le ciel si vous gouvernez, avec justice et sagesse, celui que vous avez sur la terre. C'est l'objet des vœux et des prières que nous adressons à Dieu pour vous. Mais pourquoi rendez-vous inutiles les prières que nous faisons pour vous, et que vous nous avez demandées av-ec tant d'humilité, si vous vous en souvenez? Car avec quelle confiance, pouvons-nous lever les mains pour vous vers l'Epoux de cette Eglise que vous contristez sans sujet, comme nous le croyons, par des entreprises peu mesurées ? Qui pensiez-vous que vous offensiez par là ? Ce n'est pas l'évéque de Paris, c'est le Seigneur du ciel, c'est ce Dieu terrible qui ôte quand il lui plaît la vie aux princes, c'est celui qui a dit aux évêques : qui vous méprise me méprise.

?' Si nous avons cru devoir prendre la liberté de vous faire ces remontrances, c'est notre amour pour vous qui nous a inspiré cette hardiesse. Nous vous avertissons de faire cesser ce scandale, et nous vous en prions par l'amitié et la fraternité que vous avez eu la bonté de vouloir bien contracter avec nous, mais que vous venez de blesser si grièvement. Si nous ne méri-

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