‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 37 sur 100 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

sa naissance se rendirent en cette ville pour le saluer, amenant avec eux sa mère; et comme elle était pauvre, ils la revêtirent d'habits, tels qu'ils crurent convenir à la condition de la mère d'un illustre prélat. La bonne femme en les laissant faire, leur dit : ^ Je connais mon fils, cette parure ne lui plaira point. ^ Etant donc arrivés à Paris, ils présentent à l'évêque sa vieille mère. Celui-ci l'ayant envisagée : '• Ce n'est point là ma mère, dit-il, car je suis le fils d'une pauvre femme, et il détourna les yeux. ^

^ — Hélas ! dit-elle à ceux qui l'accompagnaient, je vous l'avais bien dit que je connaissais mon fils et sa façon de penser ; qu'on me rende mes habits ordinaires et il me reconnaîtra.

w Ayant alors repris ses vêtements de paysanne, la bonne femme revint trouver son fils, qui s'écria :

r> — Ah! pour le coup, voilà ma mère, voilà cette pauvre mère qui m'a enfanté, qui m'a allaité, qui m'a réchauffé, qui m'a entretenu. Et s'étant levé de son siège, il l'embrassa tendrement et la fit asseoir auprès de lui. -^

Pierre Lombard laissa la réputation d'un bon évêque et d'un fidèle orthodoxe. Il avait eu sous les yeux l'exemple d'Abailard, et avait su éviter l'écueil de ce maître de la philosophie sceptique, pétri de grandeur et de faiblesse, esprit délié, tourmenté de cette inquiétude qui flotte sans cesse entre la vanité et l'erreur.

Il avait appris de son premier maître la vanité des

poursuites d'une pensée ambitieuse qui s'aventure audelà de riiorizon que Dieu a tracé à l'homme.

Maurice de Sully — voici un homme qui fut un des plus grands hommes de son siècle.

Et l'on ne peut dire de lui, comme de beaucoup d'autres grands hommes, que, contre les lois de la perspective, il parait s'agrandir en s'éloignant. Il fut aussi grand devant ses contemporains, qu'il l'est aujourd'hui devant l'histoire.

Maurice était né à Sully-sur-Loire, d'où son nom. Fils de serf, serf lui-même, sa basse condition n'était comparai )le qu'à sa profonde misère. A seize ans, il était un jour devant sa pauvre cabane, regardant sa mère qui filait en gardant ses bêtes ; il avait le front bas et soucieux. Au monastère voisin où parfois on l'employait à de menus offices, il avait vu de beaux manuscrits dans une langue inconnue, et le frère portier lui avait lu l'Evangile, écrit en lettres de toutes les couleurs.

— J'irai à Paris, dit un jour Maurice.

Sa mère tremble... elle est vieille... qui travaillera plus tard à la terre l qui fournira la corvée au château ? comment payer la taxe, la dime, les aides ^ et puis le seigneur même permettra-t-il à Maurice de s'éloigner?

Et cependant Maurice disait toujours : - J'irai à

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