‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 39 sur 100 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

demandaient le baptême toutes les fois qu'ils éprouvaient le besoin d'avoir une tunique neuve, les lansquenets venaient à résipiscence pour quelques livres, on donnait des fiefs aux chevaliers, le désordre n'était que suspendu ou déplacé.

Maurice conseilla donc la croisade à Louis VII, car si la croisade n'avait pas de résultat, elle servirait au moins selon l'expression d'un auteur du temps de « purgation au royaume. r>

Routiers, coteraux, soldats et chevaliers partirent à la suite du très-redouté seigneur monsieur le Roi, psalmodiant des cantiques, et répétant la romance du comte Guillaume de Poitiers :

^ Puisqu'il m'a pris fantaisie de chanter, je dirai dans mes vers ce dont je suis dolent, je m'en vais quitter Poitou et Limousin, je m'en irai en exil, je laisserai mon fils en guerre, en grand'peur et en péril, et le mal lui sera fait par ses voisins.

» Je quitte tout ce que j'aimais , chevalerie et grandeur.

- Je m'en vais sans plus tarder où les pécheurs sont délivrés.

!^ 0 mes amis, quand je serai devant la mort, venez auprès de moi, vous m'avez vu jadis aimant la joie et les plaisirs, je verrai volontiers partir au loin les délices, r,

Au xii'' siècle, la guerre était le tribunal des seigneurs, les victoires étaient ses arrêts; les droits, qui n'étaient appuyés que sur la puissance, si la puissance

136 LES ÉVKQUES ET ARCHEVEQUES DE TARIS.

tombait, tombaient aussi. Maurice de Sully qui connaissait le sort des pauvres, par sa condition passée, et par sa condition présente, le droit des nobles, s'appliqua à faire pénétrer dans son diocèse l'esprit de la justice moderne.

L'évêque, dans son diocèse, législateur et applicateur des lois, à la fois pouvoir exécutif, administratif, judiciaire, attira à lui les peuples par l'impartialité qui régnait dans sa législation et dans ses jugements. Il conquit cette influence morale qui produisit de fréquentes désertions du fief laïque dans le fief ecclésiastique, et qu'il devait à la sagesse des lois romaines introduites dans ses tribunaux, et à l'humanité des lois et des règlements que l'esprit du christianisme lui dictait. L'Eglise ramasse ensemble tous les titres par où l'on peut espérer le secours de la justice, a dit Bossuet.

Ce fut véritablement sous Maurice de Sully que s'opéra la séparation des pouvoirs laïques et religieux. Les clercs ne dépendirent plus que des tribunaux ecclésiastiques, l'évêque exerçait en outre le pouvoir temporel dans l'étendue de son fief.

^ Les canons et les lois, les rois et les évêques concouraient ensemble à empêcher les ministres des autels de paraître pour les affaires même temporelles devant les juges de la terre ; on voulait avoir des intercesseurs purs du commère des hommes et on craignait de les rengager dans le siècle , dont ils

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