‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 41 sur 100 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

devait être parent de la première. C'était la mode du temps.

Pour prévenir les abus que la fixité extrême des familles du moyen âge, l'émigration rare et impossible, n'auraient pas manqué d'engendrer, l'Eglise par une sage mesure, avait défendu les mariages entre parents aux degrés les plus éloignés. C'était le seul moyen de conjurer l'affaiblissement et l'abâtardissement de la race, mais c'était une porte ouverte au divorce. L'autorité religieuse se réservait d'ailleurs d'examiner la nullité des unions, son jugement était d'une inflexible impartialité. EUe le prouva en s'attaquant indistinctement aux rois et aux gens du peuple.

Or, Ingelburge était bien et dûment reine de France, elle n'était pas parente de son mari; Eudes de Sully invita le roi à ne pas donner suite à son projet; le roi lui répondit par l'ordre de célébrer son mariage avec Agnès de Méranie. L'Evêque refusa, le roi passa outre, mais le Pape enjoignit au roi de reprendre sa première femme.

Sur le refus du prince, le Saint-Père adressa à Eudes et à tous les évêques de France, une sentence d'excommunication contre Philippe-Auguste,

On se fait difficilement idée au xix*" siècle de l'importance d'un pareil acte. Cependant l'excommunication était peine cent fois pire que la mort.

^ Nous déclarons notre fils le roi de France excommunié jusqu'à ce qu'il ait obéi, avait écrit le pape, et si

quelqu'un abuse de sa puissance pour l'absoudre, nous ordonnons qu'il perde le privilège de cette puissance, r^

Le prêtre dans sa paroisse, l'évêque dans sa cathédrale, montait en chaire après l'évangile :

« Ecoutez tous... j'ai reçu l'ordre de prononcer contre le roi Philippe, les cierges allumés et au son des cloches, une solennelle sentence d'excommunication.... ^

L'excommunié devenait un lépreux ; le roi n'était pas exempt de cette répulsion; on s'éloignait de lui, ses grands officiers ne l'approchaient que pour les devoirs indispensables de leurs charges. On évitait de s'asseoir à sa table, de coucher sous son toit, les plats où il avait mangé étaient réservés à son seul usage, nul n'y eût pris sa nourriture : c'était un supplice de tous les instants pour qui se voyait ainsi l'objet de l'horreur de ses parents, de ses sujets, de ses meilleurs amis.

Devant l'obstination de Philippe- Auguste, le pape voulut frapper un grand coup ; l'évêque Eudes fut informé par un bref que le royaume était mis en interdit, que cet interdit commencerait vingt jours après Noël, qu'il n'y aurait alors, ni prières publiques, ni prédications, ni Sacrements, ni messes, ni sépultures même.

Seuls, les croisés seraient privilégiés pour entendre la messe et recevoir l'inhumation.

Le 15 janvier, le roi se rendit, selon sa coutume, à la chapelle bâtie par Maurice de Sully au bout du palais épiscopal pour l'usage particulier des évêques.

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