PREMIERE PARTIE
ne pourraient pas ordonner autrement que ce qui se faisait alors. y>
Par un mandement approuvé du Saint-Siège, Eudes de Sully défendit, sous les peines les plus graves, la célébration de la Fête des Fous, ainsi que tout ce qui serait contraire à la profession cléricale et au respect dû à Dieu.
Eu égard à l'esprit du siècle , religieux , naïf et remuant , cette cérémonie baroque n'avait rien du caractère qu'on lui pourrait supposer aujourd'hui , mais était devenue une occasion de scandale et d'effroyable tumulte. Elle était également à craindre pour l'avenir.
L'évêque Eudes fit strictement observer la défense, mais, après sa mort, la fête des fous reprit une partie de son empire. Il y eut même des pays où elle envahit les châteaux.
Ainsi le comte de Clèves et trente-cinq seigneurs ^ qui s'entr'aimaient comme frères, « formèrent une « Compagnie de Fous , r> que le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, approuva en 1484.
« Chacun de nous, disaient les statuts, doit porter à son habit un fou d'argent brodé ou cousu, selon sa volonté, et quand quelqu'un de nous ne portera pas ce fou journellement, celui de nous qui s'en apercevra, lui fera payer l'amende de trois vieux tournois, qui seront donnés aux pauvres en l'honneur de Dieu. «
La Compagnie des Fous de Dijon avait son bâton.
son guidon, son étendard; elle avait son ambassadeur, vêtu de velours vert galonné d'argent, les manches entièrement de velours rouge, galonnées de même, avec des grelots entre la distance des galons.
Cette Compagnie des Fous prospéra si bien et si longtemps, que M. le premier Prince du Sang, Henri de Bourbon, prince de Condé, le père du grand Condé, acceptait, en 1626, la qualité de membre de la compagnie de la Mère-Folle de Dijon, par lettres patentes scellées de cire verte où était empreinte cette devise :
Numerns sfidtorum infinitus est.
Dans ces lettres, il lui était ordonné de se conduire, selon la formule usitée, en :
Fou folâtrant, fou lunatique.
Fou chimérique, fou fanatique.
Fou jovial, fou gracieux.
Fou gaussant, fou contant ileurette,
Fou fin, fou écervelé,
Fou altéré, fou gabelle,
Fou à caboche légère,
Fou cherchant à faire bonne chère,
Fou aimant les morceaux choisis.
Fou vert, fou teint en cramoisi,
Fou en plain-chant, fou en musique.
Fou faisant aux sages la nique,
Fou riant, fou gai, fou plaisant,
Fou bienfaisant, iou bien disant.