CHAPITRE XI
Les Moustiers de Paris au xiv^ siècle. — Où l'évêque assiste au procès des Templiers. — Cy dit des légendes du moyen âge. — Des superstitions sur les Sacrements. — De Maître du Coignet. — Comme l'évêque Pierre de Forest fut un grand homme. — L'évêque sait faire respecter l'Université.
C'est un terrible avantage que de n'avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser. Un médecin très-distingué, Guillaume de Baufet ; un évêque de bonne mémoire , Etienne de Borest ; un docteur en l'un et l'autre droit, Hugues de Besançon; un patriarche d'Alexandrie, Guillaume de Chanac; un chevalier sans peur : Jean de Meulan ; c'est à peu près tout ce que l'on sait des évêques de Paris, durant la première moitié du xiv® siècle.
Tous prirent une part active aux affaires publiques, et dépensèrent, dans l'administration quotidienne du
diocèse, la monnaie d'une grande œuvre quelconque, qu'ils n'eurent point à accomplir.
Paris, à cette époque, était parsemé d'églises, toutes merveilleusement riches et ornées, sans compter la Sainte-Chapelle, - belle comme une des belles salles du paradis, ■' où Philippe le Bel venait de faire transporter la tête de saint Louis, ~ comme lieu où il aimerait mieux reposer qu'en aucun autre, r Cette translation eut lieu en 1306, nous apprend la table chronologic[ue attachée, selon la coutume, au cierge pascal de la Sainte-Chapelle, durant trois mois de l'année.
Un manuscrit, découvert au commencement du siècle, nous fait connaître les noms des cent Moustiers de Paris, au xiii® siècle.
Le poète contemporain de Saint-Louis, débute ainsi :
Hè ! Notre-Dame de Paris, Aidiez moi qui suis esraaris Et vous Notre-Dame des Chans, Et saint Marcel li bien quéranz, Et saint Victor, li Dieu amis, Et saiyit Nicolas li petis, Et vous saint Etienne des Grés, Et sainte Geneviève après ; Aidiez-moi saint Symphorien, Saint Cosme et saint Dominien, Saint Glaive, saint Julien Qui herberges les cresliens ..
La poésie ne défie pas Corneille, mais elle offre un véritable intérêt historique : on fit sous l'épiscopat d'Etienne de Borest une autre description ; nous nous contenterons d'en détacher le passage qui se rapporte à la cité :
Si les ai tous en rimes mis,
J'ay commencié à Notre-Dame,
Qui nous sau7e et gart cors et âme.
Pour ce que cest la mère Eglise
De Paris, après, de ma guise
Près le Moustier Saint-Jean le Ront.
Entre eux deux n'a ne val ne mont;
Ne saint Aignien n"oubli-je pas,
Et puis la Chapelle-aiix-Noctaires
Où il repaire mains vicaires,
Et puis après la Maison Dieu
De Paris, ou à digne lieu ;
En rue neuve pas ne griève
Le Moustier Sainte- Geneviève
La Petite, que je ne faille
Devant cette église sans faille.
Veut on chapon, gelines, cos,
Perdrix, plouviers et widecos.
Après le Moustier Saint- Christophe
Qui de l'amour Dieu fit son coffre i
Quand le porta outre la mer,
Servir le devons et amer.
Entour vend-on fromages, œfs.
Près d'ilec siet Saint-Pierre-aiix-buefs .
(1) Allusion à la légende de Saint-Christophe.
Et puis après la Magdelaine Qui vers Dieu ne fut pas vilaine, De ses larmes ses piez lava, De ses péchiez Dieu la lava, Aussi nous veuille il pardonner Les nos, et sa grâce donner.
Après est saint Symphorien.
En une place séant bien Au bout de la Peleterie, Devant fait-on boulangerie ; Et au bout de la rue aux Fèvres Où il demeure pou d'orfèvres, Qui facent calices, ne crois Là sied le Mou?tier Sainte-Croix.
Après Saint-Pierre-des-A rcis, Entre les drapiers est assiz Et saint Mahias sied après Qui des savetiers est bien près, Plusieurs sont si paroissien Que c'est un Moustier ancien.
Près d'ilec siet une chapelle
Qui moult est digue, riche et bêle.
C'est la Chapelle nostre roy
Ou de biauté a grand arroy
Et de richesse ; y a grant masse
De reliques en une chasse,
Aux quiex l'on doit porter honneur
Pour l'amour de Nostre Seigneur.
La plupart de ces églises ont aujourd'hui disparu ; c'étaient les plus anciens monuments de Paris, car l'église était souvent l)atie avant tout autre édifice.