PREMIÈRE PARTIE
On construit de nos jours une église pour un quartier, un quartier se construisait alors autour d'une église, jetée au milieu des champs dans la solitude.
Toutes dépendaient de Notre-Dame, la basilique mère, où se faisaient tous les actes importants de la vie féodale.
C'était dans l'armoire, sculptée à droite de l'autel, que l'on conservait les morceaux de bois offerts en réparation de dommage, les baguettes d'argent, quand la réparation venait de la part d'un prince, et les cuillers d'airain que les clercs déposaient en signe d'abandon de tous leurs biens à l'Eglise de Paris.
Ce fut aussi sur le parvis de la cathédrale que se dénoua cet étrange procès des Templiers, dont le dernier mot ne fut jamais dit, et qui demeura entouré de mystère.
Le révérendissime Guillaume de Baufet, évêque de Paris, assista au jugement des chefs de l'Ordre, et se trouvait dans sa ville épiscopale lorsque le bûcher fut allumé en 1314, pour le grand-maître Jacques du Bourg-Molay.
Le lendemain de l'exécution des Templiers à Paris, le chevalier Nicolas d'Aumont et sept autres Templiers, déguisés en maçons, vinrent recueillir les cendres du bûcher. Quinze jours après, le chevalier Rusquin de Floriau, qui avait dénoncé l'Ordre, fut assassiné sur la place d'Avignon. Le pape Clément Y lui fit faire des obsèques magnifiques et le déclara vénérable serviteur
de Dieu ; mais on affirme que les Templiers enlevèrent son corps, et déposèrent dans son tombeau les ossements de Jacques de Molay, qu'on avait reconnus ou cru reconnaître à la grandeur de leurs proportions.
Quoi qu'il en soit de cette légende, elle a pour elle de n'être pas la seule. La légende est partie intégrante du siècle, on ne peut faire un pas sans la rencontrer; les combats sérieux appelés batailles, les combats gracieux appelés tournois, les pèlerinages, les cérémonies, les discussions théologiques et planant sur le tout, les légendes, voilà le moyen âge tout entier.
L'histoire des hommes est liée à l'histoire de leur temps, c'est l'air qu'ils ont respiré ; séparer l'individu de son siècle, c'est le mettre sous une machine pneumatique où il meurt.
Or, dans un temps où l'Eglise était tout, où les hommes et les choses dépendaient plus ou moins d'elle et s'y rattachaient toujours de quelque manière, les légendes eurent pour sujet principal les mj^stères, les doctrines, les ministres de l'Eglise.
La vie des évêques de Paris, c'est la lutte avec le roi, et avec l'université, sur le pouvoir de l'un, sur les doctrines de l'autre ; c'est aussi la lutte avec le peuple pour ses légendes.
Les légendes s'infiltrent dans la vie privée comme