‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 72 sur 100 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

des jongleurs furent introduits pour faire montre de leurs talents aux amateurs, dans une grande salle dite de la musique, parce qu'on y voyait tout autour des harpes, des orgues, des vielles, des psaltérions et des guitares.

Le couvre-feu sonna et l'on n'entendait plus au dehors que le pas éloigné des archers du guet, quand un bruit de voix confuses retentit tout à coup dans la cour de l'hôtel de Montagu.

On s'émeut, on s'inquiète, on s'informe, le bruit augmente dans la cour; les causeurs se taisent, on se parle à voix basse, on apprend enfin que plus de cinquante hommes d'armes du duc de Bourgogne, viennent, au nom du roi, arrêter le surintendant des finances.

La résistance serait inutile ; l'évêque de Paris veut interposer son autorité, mais son frère le prévient et déclare aux gens de Bourgogne qu'il les va suivre.

Des commissaires furent nommés quelques jours après pour juger un prévenu condamné d'avance. Montagu , homme frêle et chétif , était âgé d'environ cinquante-neuf ans. Soumis à la torture des cordes et du brodequin, il avoua tous les crimes qu'on lui voulut imputer. Il se borna à invoquer sa qualité de clerc, et la juridiction de la cour de Parlement, seule régulière et souveraine. Condamné à être décapité, il fut exécuté au pilori des halles, dix jours après l'entrée solennelle de son frère.

En le menant au supplice : - on luy vestit une robe

my partie de blanc et de rouge, qui était, comme on disait, sa devise. ^ On craignait que le peuple ne fît une manifestation en sa faveur, et pour ce on disait : " Qu'il était traître et coupable de la maladie du roi et qu'il dérobait l'argent des tailles et aydes. Et estait moult plaint de tout le peuple, y^

L'évéque Gérard de Montagu consacra toute sa vie à venger son frère ; on avait fait porter à Montfaucon le corps de ce malheureux, et sa tête demeura dans les halles piquée au bout d'une lance. Gérard déclara que ces restes seraient enlevés, ou qu'il quitterait Paris. Jean sans Peur fut inflexible, et l'évéque se retira en Savoie.

Trois ans plus tard, les hasards de la guerre civile rendaient la ville aux Orléans. Gérard de Montagu, revenu dans sa capitale enleva en grande cérémonie le corps de son frère, ht réhabiliter sa mémoire, et ordonna de pompeuses funérailles.

Il ne s'en tint pas là. Le célèbre docteur Jean Petit avait osé publier, le lendemain de l'assassinat du duc d'Orléans, la justification du duc de Bourgogne . Il fît faire le procès de ce livre par des inquisiteurs, des évêques et des docteurs; et cette publication, où les principes tyrannicides étaient ouvertement prônés, fut condamnée à être jetée publiquement au feu en place de Grève et tous ceux qui en possédaient des exemplaires, obligés de lés remettre à l'évéque dans le délai de six jours, sous peine d'excommunication.

Page 1