‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 82 sur 100 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

dans les Etats de l'Ouest, où l'on a dû établir la loi de Lynch, et où le revolver dans la poche de chacun était la base provisoire, mais assurée, des bonnes relations sociales.

Quant à la religion elle-même et aux évêques de Paris en particulier, nous avons vu leur rôle au moyen âge et comme ils l'ont tenu. D'un côté, les moines qui préparent dans l'isolement du cloître les matériaux de la science des siècles passés pour l'instruction des siècles présents ou des siècles futurs, qui montent dans les chaires universitaires où ils obtiennent la première place, parmi tant d'hommes du premier rang, qui vont défrichant la terre, changeant en prairies fertiles les marais insalubres qu'on leur abandonne, les landes, les forêts que nul autre ne veut cultiver ; nous avons vu que chaque monastère est non-seulement un asile, mais un hôpital, une école aussi et un musée, une bibliothèque. Et ce sont ces moines que des écrivains ineptes ont comparés aux fakirs de l'Inde , qui se mirent dans le bout de leur nez, et passent quarante ans de leur vie à méditer sur la syllabe Boum.

D'un autre côté, l'évêque et son clergé : tandis qu'il tient d'une main ferme les rênes de son diocèse, que le premier il affranchit ses serfs, abolit la fête des fous, institue la paix de Dieu , fonde l'Université et la retient dans l'obéissance en même temps qu'il la sait faire respecter, l'évêque est l'ami et le conseiller des rois de France, ambassadeur, premier ministre, chan-

celier, soit que révéclié de Paris fût la naturelle récompense des plus grands clercs du royaume, soit qu'on n'y appelât que des hommes de grande valeur, prédestinés aux premiers emplois.

Certes, il y en eut parmi eux qui oublièrent leurs devoirs de Français, sinon de prélats, et nous n'avons pas caché leurs fautes, mais accuser l'Eglise et cette longue suite d'évêques des fautes de quelques-uns de ses membres, ne serait-ce pas dire que la France est une nation incendiaire parce que M. de Louvois a fait brûler le Palatinat? Il y eut parmi eux quelques personnes sans vertu, mais comme il y avait autrefois des gens d'esprit chez les Béotiens ; et l'œuvre de l'épiscopat parisien n'en est pas même affectée, pas plus que les monuments sur lesquels on écrit son nom avec un canif, ne sont altérés de l'entaille ainsi faite.

Voltaire dit que « les peuples ne s'instruisent que fort tard et ne s'occupent pendant des siècles que du moment présent , très -peu du passé et jamais de l'avenir. -

Du moins, durant l'époque que nous venons de traverser, le peuple de Paris, sous l'autorité épiscopale, ne vécut pas comme aujourd'hui entre le regret du passé, l'espérance de l'avenir, l'ennui du présent.

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