PREMIÈRE PARTIE
La renaissance, le pouvoir du pape, le protestantisme et l'imprimerie, tels sont, au milieu du xvf siècle, les faits qui se partagent la situation, au moment, où le cardinal du Bellay s'asseoit dans la chaire épiscopale.
Jean du Bellay, cardinal par la grâce du pape, évêque de Paris par la grâce du roi et poète par la grâce de Dieu, succéda comme évêque au fameux de Poncher et au pauvre Villon comme poète. Il fut aussi fier de son tabouret au Parnasse français, que de son fauteuil lampassé à Notre-Dame. Il eut d'ailleurs sa place partout et même dans l'histoire. Egalement bien reçu à la cour de Rome, et aux cours d'Angleterre et de France, il fut l'ami de François P'' et joua le rôle de Mécène en robe rouge auprès de cet Auguste en pourpoint à crevets. Jean était frère de Guillaume, de Martin, de René du Bellay, — tous quatre eurent les plus hautes situations dans la diplomatie, l'Eglise, l'armée, la littérature ; on écrivait sur le tombeau de l'aîné : Guillaume, seigneur de Langey, vice-roi du Piémont :
Ci-git Laugey qui de plume et d'épée A surpassé Cicéron et Pompée.
Jean du Bellay occupa à lui seul plus de postes, fut revêtu de plus de dignités qu'il n'en faudrait pour ilUustrer vingt personnages, si les dignités suffisaient
à donner la gloire. Il fut dix ou onze fois ambassadeur extraordinaire dans les circonstances les plus critiques, gouverneur de provinces, général d'armée, président du conseil, évêque de cinq diocèses ensemble, ingénieur comme Vauban, politique comme Richelieu, historien comme de Thou, savant comme Budé, joyeux comme Rabelais ; peu s'en fallut qu'il ne devînt pape. Il se mêla de tout et à tous, fut intimement lié avec les hommes les plus remarquables du siècle, connut de toutes choses les plus épineuses et les traita toutes à merveille. Il voyait juste et vite.
Sa fidélité au Saint-Siège fut inviolable, sa protection aux Jésuites naissants, sans bornes.
Il lui manqua pourtant ce certain souffle qui fait les grands hommes, un esprit d'initiative, un plan immuable qui aurait dominé sa vie. Il se conduisit en tous les événements qui se produisirent en tout le mieux qu'il était possible, mais il ne sut pas prévoir les événements, et au besoin les provoquer ou les prévenir.
Le mensonge, dit un écrivain contemporain, a enfanté la réforme, la réforme a enfanté la philosophie, la philosophie a enfanté la révolution, la révolution a engendré l'anarchie. Il y aurait peut-être eu pour le cardinal du Bellay une place à prendre dans la défense de l'unité religieuse. Il ne la vit pas. Lui, l'arbitre de la chrétienté, resta tiède en présence du concile de Trente.