‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 84 sur 100 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

C'était au moment de son séjour à Rome, raconte Rabelais, l'ami et le confident de l'évéque de Paris; le cardinal de Trente arriva dans la Ville-Eternelle - en gros train et plus somptueux que celui du pape. Il était escorté de plus de cent Allemands vestus de robes rouges avec une bande jaune et ayant brodée sur la manche droite une gerbe de blé liée, à l'entour de laquelle était écrit : Unit as. r,

Le cardinal de Trente disait au cardinal du Bellay :

ii Le Saint-Père, les cardinaux, évesques et prélats de l'Eglise, reculent au Concile, et n'en veulent ouïr parler ; ils adoptent l'avis des séculiers, mais je vois le temps près et prochain, que les prélats d'Eglise seront contraints le demander, et les séculiers n'y voudront entendre. ^

Il est vrai que l'on avait agité la question de savoir si les cardinaux devaient être compris dans la réforme.

« Messieurs les très-illustres cardinaux, disait-on, n'ont pas besoin d'être réformés.

r> Je crois au contraire, répondait un évéque, que Messieurs les très-illustres cardinaux ont besoin d'une très-illustre réforme. -

Jean du Bellay ne se préoccupa pas assez des progrès de la réforme en France ; il fut distrait par des événements sans importance, et s'abandonna dans les intervalles de ses ambassades , au charme de sa cour littéraire de l'évêché. Dans les temps de trouble, comme au wf siècle, où, selon l'expression de Montaigne,

- il semble que la machine se bouleverse et que le jour du jugement nous prend au collet, ^ c'est un heur véritable qu'un intolérant. La force commande la faiblesse, et quand un homme se fait chêne, beaucoup aussitôt deviennent lierre. Or, l'évéque fut imbu de tolérance placide. Le scepticisme de ses amis littéraires, influa sur lui. Le scepticisme, cette maladie qui précède et accompagne le renouvellement ou la mort des peuples, comme la goutte se fait sentir chez les vieillards au moment des changements de temps, atteignit même les prélats et les grands hommes.

Il est vrai que du Bellay avait recueilli dans son amitié et dans son palais tous les hommes de valeur du temps, ivraie et bon grain compris.

Rabelais d'abord, à qui il inspira l'idée d'écrire Pantagruel, cette farce de génie, Rabelais dont il fit son secrétaire, qu'il nomma curé de Meudon, et dont il recevait de fréquents appels de fonds.

'" Certainement, Monseigneur, — écrivait à l'évéque ce curé si peu ecclésiastique, qui souffrit plus pour l'amour du grec que pour l'amour de Dieu — auquel on aurait dû donner un bénéfice simple, mais si simple qu'il ne fallût que croire en Dieu pour le desservir

— certainement si vous ne avez de moi pitié, je ne sache que doive faire. Il n'est possible de vivre plus frugalement que je fais, et ne me sauriez si peu donner de tant de biens que Dieu vous a mis en main. »

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