‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 91 sur 100 · PIERRE DE MARCA · texte numérisé non relu

PIERRE DE MARCA

Un magistrat archevêque. — Un archevêque homme d'Etat. — Son épitaphe. 1662-1662.

Marca fut un homme d'Eglise doublé d'un homme d'Etat; archevêque et ministre, il n'a laissé que la réputation d'un grand écrivain. Comme président du parlement de Pau, il disputa avec les protestants; comme archevêque de Toulouse, il les prêcha. C'était un ancien élève des jésuites, et très-savant homme. Il a combattu les cinq propositions de Jansénius, il a délimité les frontières d'Espagne et de France, il a disserté sur la primatie de l'archevêque de Lyon. Traités théologiques, juridiques, historiques, il a ceci de remarquable que la plupart de ses ouvrages ont été écrits, soit par ordre souverain, comme sa Concorde du Sacerdoce et de l'Empire, soit par un hasard indépendant de sa volonté, comme son Histoire de Béarn, soit

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pour répondre à de violentes attaques, comme ses Opuscides 7^eligieux.

On ne croyait pas au xvif siècle, qu'il y a des hommes faits pour écrire comme des rossignols pour chanter. Les livres étaient le résultat et non la cause, le délassement et non l'occupation.

En ce qui concerne Marca, cet homme, qui avait débuté par le barreau, qui était conseiller d'Etat et président de parlement, entré dans les Ordres après la mort de sa femme, vécut dès lors d'une vie triple et .simultanée, dans la politique, la religion, la littérature. En quelques années il grandit rapidement, et avança d'un pas égal dans ces trois voies séparées qu'il sut réunir. De la brochure il passe à l'in-folio, de l'évêché de Conserans à l'archevêché de Toulouse, du conseil d'Etat au ministère.

11 tenait comme ministre cTEtat une place intermédiaire entre les simples ministres et les secrétaires d'Etat.

Les ministres ordinaires étaient ceux à qui le roi confiait une branche quelconque de l'administration de son royaume, sans leur donner entrée au conseil d'Etat des affaires étrangères ; tels étaient les contrôleurs généraux des finances.

Les ministres cVEtat avaient entrée au conseil d'Etat ; en leur présence, le secrétaire d'Etat qui avait le département des affaires étrangères rendait compte au roi de celles qui se présentaient. Tous les ministres

d'Etat étaient ministres du roi, mais les simples ministres du roi n'étaient ministres d'Etat que lorsqu'on les appelait au conseil.

Les secrétaires dEtat, des commandements et finances de Sa Majesté, occupaient le plus haut rang dans le conseil ; le roi les appelait ses amès et féaux. Leurs offices donnaient la noblesse transmissible au premier degré et la qualité de chevalier à ceux qui n'avaient pas cette prérogative.

Marca fut nommé par Louis XIV à l'archevêché de Paris, mais il eut à peine le temps d'en prendre possession et mourut dans la même année.

^ Il unit, dit son panégyriste, les droits du Souverain-Pontife avec les privilèges de l'Eglise de France, et sans blesser le respect dû au premier siège du monde, ni manquer au zèle qu'inspire un sage patriotisme, il décida où finit l'autorité de l'ini et jusque où doit aller l'obéissance de l'autre. »

C'est là justement le côté faible de M. de Marca, et sur lequel nous n'avons pas voulu insister. En effet, l'archevêque avait émis les opinions les plus dangereuses et, voulant complaire au roi, avait soutenu sur l'autorité du pape des doctrines contraires à celles de l'Eglise. Il est vrai d'ajouter, qu'il fut empressé à revenir de ses erreurs et le premier à les abjurer.

Son nom donna lieu à cette épitaphe badine :

Ci-git l'illustre Je Marca, Que le plus grand des rois marqua Pour le prélat de son Eglise ; Mais la mort qui le remarqua, Et (\m se plaît à la surprise, Tout aussitôt le démarqua.

La fermeté de ses derniers moments, la manière simple et tranquille dont il se retira de la vie, est une utile leçon pour tous ceux qui achètent par mille travaux le droit de revivre dans la postérité. Apprendre à mourir, le sage ne connaît que cette science. Toutes les autres passeront avec nous, celle-là survit seule à notre cendre.

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