‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 92 sur 100 · HARDOUIN DE PÉRÉFIXE DE BEAUMONT · texte numérisé non relu

HARDOUIN DE PÉRÉFIXE DE BEAUMONT

Le précepteur de Louis XIV. — Un portrait du temps, — Hardouin à Port-Royal. — La vie de Henri IV.

Sage autant que savant, il cultiva l'enfance

Du monarque absolu, qui régna sur la France ;

Il vivait à la cour, sans en resi>irer l'air,

Et dans l'Eglise, tel qu'un bon pilote en mer.

Ces vers où la rime n'est pas riche, et dont la poésie n'est pas beaucoup plus riche que la rime, accompagnaient une estampe qui se débitait assez couramment chez les libraires de 1662; ils ne s'appliquent point trop mal à Péréfixe.

C'était un homme plein de cœur, mais d'un extérieur sec comme la pierre ponce. Il rappelait assez les figures

gravées sur les tombeaux rectangulaires du moyen âge, où l'on représentait les « sages et discrètes personnes ry qui avaient gouverné l'Eglise de Paris; au xvi® siècle on l'eût nommé un homme de bien, au xvii®, vrai type <Xhonnête homme, mais nullement courtisan, quoique parfait homme de cour.

Son père était maître d'hôtel du cardinal de Richelieu ; lui-même parut au Louvre comme maître de la chambre du premier ministre. Parfaitement reçu partout, sans avoir pourtant nulle part ses coudées entièrement franches, le service d'un maître ombrageux comme le cardinal, le rendit doublement circonspect; il prit un masque de simplicité timide, pour recouvrir son âme qui était d'une fermeté à toute épreuve.

Au reste, c'était un de ces hommes de devoir qui ne sont susceptibles ni de qualités trop éminentes, ni de défauts trop éclatants.

Ce caractère lui servit merveilleusement dans l'éducation de Louis XIV, que Mazarin lui confia, quand le roi n'avait que six ans. Il joignit parfaitement la sévérité et la douceur, l'autorité et le respect, la complaisance et la fermeté, le commandement et l'obéissance qui conviennent au maître d'un homme qui doit être un jour le maître de tous.

- M. Hardouin de Péréiixe , dit le cardinal de Bausset, avait été précepteur de Louis XIV, et il ne manquait pas des qualités propres à donner à ce prince, une éducation convenable à son rang, et même une

instruction très-supérieure à celle que l'on donne ordinairement aux princes. Mais il était plus difficile d'assujettir à l'étude et à l'application, un élève déjà roi depuis l'âge de cinq ans, qu'un jeune prince qui n'est encore que le premier sujet de son père. ^

Les premières années de Louis XIV furent si orageuses, et sa cour si errante au milieu des camps et des armées, que ses instituteurs ne pouvaient guère donner à son éducation toute la suite qu'on aurait pu attendre.

Si la noblesse des manières, une application à tous les devoirs de la royauté, la mesure et la dignité dans le langage, si un goût pur et éclairé dans tout ce qui appartient à l'esprit, à l'imagination, si un respect invariable de l'honneur, un jugement sûr, calme et réfléchi, sont les indices d'une bonne éducation, certes, peu de rois ont été mieux élevés que ce prince.

^ M, de Péréfixe a montré qu'il était digne d'élever un roi, en écrivant pour son élève, cette vie d'Henri IV que tout le monde a lue. ^

Sans doute, cette vie d'Henri IV ne pouvait inspirer à Louis XIV le désir de le prendre pour modèle ; jamais deux princes ne se ressemblèrent moins, et si leur manière de gouverner se ressembla aussi peu que leur caractère, ce fut un bonheur pour la France.

Un prince qui avait un trône à conquérir, au milieu de toutes les guerres civiles et religieuses, avait besoin de la valeur brillante et hasardeuse d'Henri IV, de ses

formes chevaleresques, de cette franchise aimable dans les discours et les manières, qu'il fit servir souvent à voiler avec beaucoup d'art et de bonheur une politique très-habile et très-profonde. ]Mais la dignité imposante de Louis XIV, et tous les prestiges dont il sut environner la majesté royale, convenaient à un monarque assez heureux pour n'avoir qu'à ramener à l'ordre et à l'habitude de l'obéissance, quelques esprits déréglés, aussi étrangers à cette perversité du cœur qui donne l'audace du crime, qu'à cette hardiesse de conceptions qui enfante les grandes révolutions.

Louis XIV était fort inappliqué, et son précepteur s'en plaignait vainement au cardinal Mazarin qui se félicitait de cette paresse :

^ — Bon, lui répondait ce ministre, il n'en saura que trop ; quand il vient au Conseil, il me fait cent questions sur la chose dont il s'agit, r^

Ceux qui reprochent à Péréfixe de n'avoir pas donné assez d'instruction à son élève, oublient trop que Louis XIV entrait en bottes au Parlement pour dire : L'Etat cest moi, à l'âge où les enfants ordinaires entrent en rhétorique

Pour le physique, le futur archevêque avait celui du temps de Louis XIII, où tous les hommes ressemblaient au cardinal de Richelieu.

Toupet naturel sur la tête, et les cheveux tombant sur les épaules à la mode du temps, avec la royale; l'air calme et fin, la figure en pointe, une figure qui

ne dit pas tout ce qu'elle pense, avec un je ne sais quoi de railleur qui circule sous la peau.

Hardouin de Péréfixe fut nommé à Paris par Louis XIV qui l'aimait et le voulait près de lui; il ne songea pas plus à refuser le poste, qu'il n'aurait pensé à le solliciter, il tâcha seulement à le bien remplir; tout l'homme est là.

La difficulté capitale pour l'archevêque de Paris était en ce temps Port-Royal , l'abbaye célèbre, liée à tous les souvenirs du grand siècle, où s'est réchauffé vingt ans ce jansénisme qui pendant un siècle désolera l'Eglise , où de si braves gens et si savants ont fait si mauvaise besogne. Sur la doctrine de la grâce et les propositions de Jansénius, l'archevêque publia un mandement , par lequel il ordonnait à tous , de souscrire purement et simplement le Formulaire de foi d'Alexandre VII ; toutefois, dans ce même mandement, il déclarait qu'à l'égard du fait, non-seulement il n'exigeait pas une foi divine, mais qu'à moins d'être ignorant et malicieux , on ne pouvait dire que ni les Constitutions du pape, ni le Formulaire des évêques l'eussent jamais exigée, demandant seulement une foi humaine et ecclésiastique , qui obligeait à soumettre son jugement à celui de ses supérieurs.

M. de Montalembert, après deux mois de séjour en Angleterre, se vantait de connaître à fond le génie de ce peuple, ses mœurs, son esprit, son avenir, et au bout

de cinq ans, avouait en posséder à peine les premières notions.

Ainsi de l'alfaire de Port-Royal ; elle parait au premier abord d'une simplicité à défier l'analyse, et pourtant les hommes les plus remarquables ont mis près d'un demi-siècle à la résoudre, et ont été réduits, faute d'autres solutions , à fermer le monastère. Péréfixe avait assisté à la première oraison funèbre de Bossuet et devinant tout d'abord en lui un vrai diplomate dans un grand orateur, il lui avait, le premier, ouvert la carrière. Dans ses démêlés avec les religieuses de Port-Royal, pour la signature du Formulaire prescrit par les évêques de France, l'archevêque , fatigué de ne pouvoir vaincre l'opiniâtreté de ces religieuses , imagina d'employer l'intervention de Bossuet pour les ramener à leur devoir.

Un historien, ingénieux comme la plupart des historiens, a modulé sur le sort des filles de Port-Royal, des plaintes que Schubert de son vivant eût certainement mises en musique ; et pourtant jamais rebelles ne furent traités avec plus de modération, et jamais supérieur ne fut aussi modéré que Péréfixe de Beaumont.

Les religieuses ont elles-mêmes publié le récit des visites pastorales que leur fit l'archevêque, et de ses conversations avec quelques sœurs. La politesse de l'homme de cour et la douceur de l'ecclésiastique s'y peignent tout entières : Qu'on en juge.

" Mgr l'archevêque fit publier son mandement sur

la signature du Formulaire. Il l'envoya signifier le jour même à notre mère abbesse par son secrétaire, qui lui donna en même temps avis de sa part, qu'il viendrait le lendemain commencer sa visite.

^ Le lendemain, en arrivant à l'église, il fit l'ouverture de la visite, qu'il commença par la messe du Saint-Esprit, et ensuite visita le Saint-Sacrement et l'autel, selon la coutume. Puis, ayant fait retirer tout le monde, il vint à la grille du chœur, où il nous déclara en peu de paroles, le sujet de cette visite qu'il commençait, et nous dit : que le désir que Dieu lui avait donné, par sa sainte grâce, de contribuer de tout son pouvoir au salut des fidèles de son diocèse, le portait à entreprendre une visite dans cette maison, dont il nous témoigna avoir beaucoup d'estime, et ne vouloir pas croire qu'il fût vrai qu'on y manquât d'obéissance pour le Saint-Siège, comme on nous en soupçonnait; n'y ayant point d'apparence que des personnes qui avaient tant de vertus, manquassent de celle qui est le fondement de toutes les autres

r. Après ce discours, Mgr l'archevêque commença le scrutin, qui est une sorte de confession, et où il donna tout le jour et les jours suivants,

^ Ma sœur Marguerite-Gertrude a fait une petite relation de l'entretien qu'elle eut avec lui, dont voici la copie :

- En entrant au parloir, je demandai la bénédiction à Monseigneur; je ne sais s'il me la donna, mais il me

dit : Levez-vous, ma sœur, prenez un siège. Je lui en fis quelque excuse, mais il me pressa d'en prendre un. puis il me dit :

- — Ma sœur, avez-vous bien compris ce que je vous ai dit dans l'ouverture de notre visite l Je crois

qu'après cela il ne vous doit rester aucun doute

Dites-moi, ma sœur, votre sentiment.

r. — Monseigneur, j'ai fort bien compris ce qu'il vous a plu prendre la peine de nous dire, et j'ai bien retenu toutes les raisons que vous nous dites, mais cela ne fait pas que je puisse signer le Formulaire.

- — Eh! pourquoi, ma sœur, ne le pouvez-vous pas signer? Quelle raison en avez-vous? il ne faut pas dire, par entêtement, je ne puis faire une chose, si on n'en a des raisons. Ah! dites-les moi !

r — Cela ne serait pas juste, Monseigneur, de ne pas faire ce que vous souhaitez de nous sans aucune

raison, et si ma conscience me le pouvait permettre

(Mgr l'archevêque ne me donna pas le loisir d'achever : Taisez-vous, me dit-il, écoutez-moi, ce qu'il me répéta plus de dix fois dans le discours, me recommençant presque tout ce qu'il nous avait dit à l'ouverture de la visite).

- — Ma conscience, ajouta-t-il, ma conscience, et qu'est-ce que votre conscience?... Est-ce que votre conscience vous permet de ne pas obéir à votre archevêque ?

Monseigneur. . . .

«ECOMJE PARTIE. 337

n — Taisez-vous, écoutez-moi : ne savez-vous pas bien que j'ai droit de vous commander et que vous êtes obligée de m' obéir?

n — Oui, Monseigneur, et je souhaiterais de tout mon cœur qu'il vous eût plu de faire épreuve de notre obéissance, en toute autre chose; vous verriez combien promptement vous seriez obéi, et Dieu nous est témoin, combien il y a de temps que nous prions Dieu pour vous, la dévotion de la maison étant très-grande à prier Dieu pour l'Eglise et pour tous ses ministres

- — Je ne doute pas de votre piété, mais croyez-moi, elle n'est pas bonne, si elle n'est accompagnée de l'obéissance. Ma très-chère sœur, au nom de Dieu, pensez à vous et voyez combien vous mettez votre salut en danger, par un pur entêtement, et par attache à votre propre sens, de ne pas faire ce que je souhaite de vous. Vous voyez l'exemple de M. d'Ypres, dont vous honorez la mémoire. Après un si grand exemple, que pouvez-vous faire, sinon d'obéir à votre archevêque?

- — Oui, pourvu que Dieu et ma conscience me le permettent....

- — Et pourquoi votre conscience ne vous le permettrait-elle pas ? Je vous le commande et je vous donne ma parole que vous ne faites aucune faute, et je vous en réponds devant Dieu. Je viens de dire la messe, et je ne vous demande rien que vous ne soyez très-obligée de faire. Ce n'est qu'une soumission que je vous demande, selon mon ordonnance. Voulez-vous

une chose plus juste ? le pape vous le demande, l'Eglise vous le demande, votre archevêque vous le demande, que me répondez-vous^ r>

Les interrogatoires duraient des heures entières, l'archevêque priait, commandait et se fâchait en pure perte. Les religieuses cherchaient des détours, se retranchaient sans cesse, tantôt derrière leur conscience, tantôt sur la charité, et Hardouin n'en put rien obtenir. Avant de quitter Port-Royal, le prélat les assembla, et leur dit :

^ Mes très-chères Sœurs,

w Je finis cette visite avec autant de douleur que j'ai eu de joie en la commençant, dans l'espérance que j'avais conçue que vous m'accorderiez ce que je vous avais demandé, mais je n'ai pas été assez heureux pour l'obtenir, quoique j'y aie fait tout mon possible. J'aurais pu agir avec vous d'une autre manière que je n'ai fait, vous bien tourmenter, si j'avais voulu ; mais je vous ai témoigné toute l'affection qu'il m'a été possible, espérant de vous gagner et que vous rendriez enfin à l'Eglise et à votre archevêque la soumission que vous lui devez, mais j'ai été frustré de mon espérance. J'ai trouvé des personnes préoccupées, prévenues, entêtées, attachées à leur propre sens, incapables d'écouter les avis qu'on leur donne, et de recevoir de nouvelles lumières. J'ai remarqué depuis le commencement jusqu'à la fin, un esprit de cabale et de ligue, d'opiniâtreté et d'aheurtement. . . .

r> .... Vous préférez les sentiments particuliers d'une petite poignée de gens à ceux du pape et de votre archevêque. Ces personnes vous ont prévenues et vous ont engagées à soutenir leur parti. Je ne veux pas juger de leurs intentions, mais peut-être aimeraient-ils mieux vous voir périr, que de vous voir rendre à ce que l'on désire de vous. Ils sont bien aises d'avoir pour eux une communauté comme celle-ci. C'est un grand corps, ce sont des filles fort vertueuses, cela a de l'éclat, ainsi ils font tout ce qu'ils peuvent pour vous retenir dans leurs opinions. Vous ne me persuaderez pas que vous n'avez pas lu leurs écrits, au moins quelques-unes, car je vois que les réponses que plusieurs d'entre vous m'ont faites, sont les mêmes choses qui sont dans leurs feuilles volantes et dans leurs paperasses. -

Ce que leur disait le pasteur, dans son langage d'une sainteté et d'une simplicité évangélique, les religieuses auraient dû se le dire, mais les insubordonnés devraient se dire ainsi une foule de choses qu'ils ne se disent jamais.

Il y a dans chaque siècle, même dans les plus éclairés , ce qu'on peut à juste titre appeler l'esprit du temps, sorte d'atmosphère qui passera, mais qui pendant sa durée, trompe tout le monde sur l'importance et sur la vérité même de la plupart des opinions dominantes. On le verra pour l'Eglise gallicane, on le voit sous Pérélixe pour la signature du Formulaire,

et si l'on songe que l'opinion de ces religieuses a été partagée par des contemporains de première valeur, et qu'elles ont trouvé tant d'apologistes et de soutiens, on reste abîmé devant le spectacle des aberrations humaines.

A son grand regret, l'archevêque de Paris se vit forcé de sévir contre Port-Royal, et de prononcer des censures qui ne furent levées qu'en 1669.

Il y gagna d'être traité par l'Ecole d'Arnaud , d'homme de peu de sens, d'une petitesse d'esprit et d'une obstination invincible , ce qui prouve qu'on trouvera toujours les injures au fond de toutes les discussions.

Par un échange entre le roi et le prélat, Péréfixe céda à Louis XIV quelques droits de son évêché connus sous le nom de Tierce semaine ; c'étaient les ^ coutumes du treillis, du hallage de toile, canevas, des lins et chanvre, du pied-fourché et du pied-rond, du tonlieii, des laines, quincailleries, chantelage des vins, des bleds et avoines, des huiles et graisses, péage du Petit-Pont, Charenton et autres sans en rien excepter que les droits sur les poissons frais, secs et salés pour être à l'avenir jointes et unies au domaine du roi qui promettait en retour à l'archevêque 8,000 livres de rente. r>

C'était le dernier vestige du droit féodal; ce puis-

sant évêque-vicomte n'était plus, cet opulent et fier seigneur, prélat du moyen âge, qui traitait d'égal à égal avec le roi, abdique ainsi les derniers droits de sa tierce souveraineté ancienne.

Gardien vigilant et administrateur de son église, Hardouin renouvela les ordonnances disciplinaires de ses prédécesseurs et en publia d'autres, dans lesquelles il décida d'une manière formelle « que les ecclésiastiques, tenus par droit ou coutume légitimement prescrite, à la résidence personnelle dans des bénéfices situés hors de Paris et de ses faubourgs, ne sont point censés résider, si leur domicile ordinaire est à Paris, et s'ils ne se rendent au siège de leur église que les dimanches et jours de fêtes. r>

Sa rectitude de vie, Hardouin la porta jusque dans la mort :

" Je souhaite, dit-il, dans son testament, être inhumé dans le choeur de l'église de Paris près le lieu où l'ont été mes prédécesseurs, mais avec le moins de cérémonies qu'il se pourra, avant toujours reconnu que la pompe en ces occasions n'était que vanité. y>

M. de Péréfixe de Beaumont était l'un des quarante de l'Académie; à ce titre, il avait droit à un éloge funèbre, ce fut à l'abbé Cassaignes, — ce pauvre abbé, tant raillé par Boileau — que ce soin incomba.

Le panégyriste, fidèle au goût de l'époque, compara l'archevêque dans son discours à Samuel, à Sénèque, à Saint-Charles Borromée, à tous les anciens et à

presque autant de modernes. Ces audaces oratoires, qui seraient aujourd'hui les démences de l'enthousiasme, paraissaient alors fort naturelles et ne tiraient pas à conséquence.

C'est ainsi que Cassaignes pousse la comparaison jusqu'à ses plus extrêmes limites, quand il résume ainsi le caractère de Péréfixe :

y- Comme théologien, il avait la connaissance des perfections de Dieu, comme académicien, il était capable d'en donner la connaissance aux autres ; comme théologien, il ressemblait au réservoir qui garde les eaux, comme académicien, il ressemblait au canal qui les distribue; comme théologien, c'était une nuée qui renfermait en soi la matière des pluies, comme académicien , c'était une nuée qui répandait les pluies favorables pour rendre les âmes fécondes. »

Cet archevêque fut peu apprécié de ses contemporains. Homme naturellement serein, qui entendait finement, et disait souvent avec sel , quoiqu'il parlât peu, il n'avait pas les qualités brillantes. Il attachait plutôt qu'il ne séduisait.

« Dès qu'un homme désire une chose hors de l'ordre, dit Y Imitation, il devient immédiatement inquiet en luimême. Le superbe n'a jamais de repos, l'humble d'esprit habite dans l'abondance de la paix. -^

Ce fut le cas de Péréfixe; homme simple et juste, sans aucune des hautes qualités qui font les Saints, il possédait beaucoup de celles qui conviennent à un bon

archevêque. Tacite dit des Germains que, comme les flèches et les armes, ils n'étaient faits que pour le combat; Hardouin est comme les livres, fait pour être feuilleté.

Pourtant il n'a pas été mieux traité comme auteur de la Vie de Henri IV que comme précepteur de Louis Xn^ A ce dernier, il aurait pu dire ce que dira plus tard au Dauphin, le duc de Montausier son gouverneur, après avoir achevé son éducation : - Sire, si vous êtes honnête homme, vous m'aimerez, si vous ne l'êtes point, vous me haïrez, et je m'en consolerai, r,

Mais parce qu'il n'avait pas appris à son royal élève une dizaine de langues plus ou moins vivantes, on lui a reproché de n'en avoir fait qu'un ignorant; parce qu'il n'a pas su dire en écrivant l'histoire d'Henri IV, que Gabrielle d'Estrées était simplement la sœur de ce monarque, il s'est heurté à des poseurs de feuilles de vignes qui l'ont accusé de n'avoir pas jeté un voile assez épais sur les faiblesses de ce prince. Si le mot àHncomjjris avait existé de son vivant, Hardouin l'eût avec vérité appliqué à sa mémoire. Mais peu lui chault l'opinion de la postérité, puisqu'il a pour lui la renommée d'un bon pasteur, la conscience d'un vrai historien.

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