‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 94 sur 100 · POUR LE SERVICE DU ROI · texte numérisé non relu

POUR LE SERVICE DU ROI

Du 20 juillet 1680 à Versailles. [Inédit.)

« L'intention du roi est que le cardinal fasse connaître à Sa Sainteté, que le droit de Régale n'étant point un privilège accordé par l'Eglise aux rois de France, mais une partie de la reconnaissance des biens qu'elle a reçus, et ainsi un droit de la couronne qui ne relève que de Dieu seid, l'Eglise ne peut prendre connaissance, ni de la nature de son exercice ni de son exercice, et que, quand ynême le roi nen ferait pas un si bon usage quil paraît , par la science et la piété qui régnent dans tout le clergé de France, elle n'aurait pour toutes armes que des prières envers Sa Majesté, qui est le seid juge sur la terre des choses de cette nature. (Il s'agit, on s'en souvient, de la nomination aux bénéfices) —

r, .... Le dit sieur cardinal se servira de ce que contient ce mémoire, et de tout ce que sa grande capacité j pourra suppléer, pour faire entendre à Sa Sainteté, à combien de malheurs elle exposerait l'Eglise, et quelle joie elle donnerait aux ennemis de la' religion catholique, si elle forçait Sa Majesté en la voulant

priver d'un droit si justement acquis à sa couronne, d'employer les moyens que Dieu lui a donnés, pour sy maintenir.... r>

Les mois se passent, le pape demeure inflexible; c'est alors que l'on imagine, dans le sein du Conseil privé, cette assemblée de 1682, qui doit servir à légitimer en France, ce que l'on réprouve justement à Rome. M. de Harlay, l'utile auxiliaire à Charonne, celui qui refusait de proclamer la canonisation de saint François de Sales, parce que le roi ne l'y avait pas invité par lettres-patentes, qui avait fait porter de force le corps d'un nonce du pape à l'église paroissiale , malgré le vœu du défunt d'être inhumé dans un couvent qu'il désignait, et qui voulait par là prouver à toute l'Europe que personne n'était dans son diocèse, pas même le représentant du Vatican, exempt de sa juridiction, M. de Harlay est nommé président de cette assemblée.

Bossuet fut chargé de prononcer le discours d'ouverture.

Le grand orateur avait lu son discours aux archevêques de Paris et de Reims, qui l'avaient approuvé. ~ On a souhaité depuis de le revoir, écrivait Bossuet quelques jours après, au cardinal d'Estrées. Il fut relu à MM. de Paris, de Reims, de Tournay et à trois députés du second ordre. On alla jusqu'à la chicane et il passa tout d'une voix qu'on n'y changerait pas une syllabe. L'archevêque de Paris, de Harlay, dit

seulement à lendroit où j'ai déclaré qiiil fallait tout sup2iorter plutôt que de rompre avec l'Eglise, que je devais mettre plutôt que de rompre avec V Eglise Romaine. Je refusai ce parti comme introduisant une espèce de division entre VEglise Romaine et YEglise en général. Tous furent de mon avis. Le roi a voulu voir le sermon. Sa Majesté la lu tout entier avec beaucoup d'attention et m'a fait l'honneur de me dire qu'elle en était très-contente et qu'il le fallait imprimer, t

L'assemblée du clergé se sépara après avoir confectionné ces quatre articles, qui avaient pour effet de soumettre l'Eglise en France non plus au pape, mais au roi ; l'un des plus tristes monuments de l'histoire ecclésiastique, « ces quatre articles furent l'ouvrage de l'orgueil, du ressentiment, de l'esprit de parti, et par-dessus tout , de la faiblesse , pour parler avec indulgence. -^

Cette assemblée convoquée par Louis XIV, pour reconnaître à son profit le privilège le plus contraire aux canons, livra au roi les évêchés, le patrimoine du crucifié, et ne fut pour l'église gallicane « la source d'aucune gloire ni d'aucune liberté, mais plutôt une tache et une vraie servitude, y

Mais la question ne fut nullement tranchée par l'envoi que fit Harlay « aux très-illustres et très-révérends archevesques et évêques établis dans tout le royaume de France, •• des actes de cette réunion.

Le roi tenait à affirmer son prétendu droit et écrivait trois mois après à son ambassadeur à Rome, le cardinal d'Estrées (26 juin 1682). (Inédit.)

u Je suis bien aise de vous répéter ce que je vous

ai déjà fait connaître, qui est qu'il est si important au bien de ma couronne, et à la conservation du repos de mes sujets et des lois fondamentales de mon royaume, que mon édit sur la Déclaration faite par le clergé de France, de ses sentiments touchant la puissance ecclésiastique , ait son entière exécution, qiiil ny a point de considération qui puisse être capable de me porter à quelque relâchement sur cette matière, et qu'encore que je ne prétende point donner de nouveaux ordres, suivant la parole que je vous ai permis d'en donner en mon nom, néanmoins on ne doit pas douter, au lieu où vous estes, que mes procureurs généraux ne fassent toutes les diligences auxquelles le devoir de leur charge les oblige, pour faire exécuter ledit édit dans tout leur ressort. -^

La lettre suivante, contenant le récit détaillé d'une audience accordée par le pape au duc d'Estrées, montrera bien clairement quelle était la situation de la cour de Versailles, devant l'immuable modération de Rome :

Du duc d'Estrées au roi (23 septembre 1682.) En chiffres. (Inédit.)

« Sa Sainteté me reçut d'un air" tout à fait ouvert et riant, à quoi je ne correspondis pas, gardant un

grand sérieux et beaucoup de gravité, et sans commencer par ce qui pouvait être de sa santé, et par quelques autres discours généraux, ainsi que je fais ordinairement, je lui dis d'abord en tirant de ma poche la lettre de M. le cardinal d'Estrées au cardinal Cibo, qu'ayant su que le dernier ne l'avait pas encore lue à Sa Sainteté, je l'avais apportée pour y suppléer, si ce n'était point l'incommoder de lui en faire la lecture; elle me dit : La sentiremo dal cardinale Cibo; à quoy lui ayant répondu que j'étais surpris qu'elle en usât ainsi, non pas par la considération particulière de M. le cardinal d'Estrées, qui n'y prétendait pas, mais par celle du caractère de ministre de Votre Majesté, dont il était revêtu comme moi ; elle me répondit : que tout le monde devait de la considération à M. le cardinal d'Estrées, et qu'elle en aurait pour lui comme il le méritait.

n Je lui dis que, puisqu'elle n'avait pas voulu que je lui lusse la lettre, je l'informerais de la substance, ce que je fis, et Sa Sainteté m'écouta avec une fort grande attention.

•^ Après avoir fini, je lui dis que je ne me serais jamais imaginé, qu'après tout ce qu'elle nous avait dit à M. le cardinal d'Estrées et à moi, en tant d'occasions, de son amitié, de son estime et de sa considération pour Votre Majesté, et encore à moi en dernier lieu, nous ayant même priés plusieurs fois d'en assurer de sa part Votre Majesté, elle eut pu dire

qu'il fallait mettre les choses in pristinum, que Votre Majesté pouvait croire, ou que nous l'aurions trompée en lui rendant compte de ses sentiments pour elle, ou que nous aurions été trop crédules, et qu'on ne pourrait prendre ce procédé de Sa Sainteté, que pour un dessein de rompre.

r> Elle se défendit fort mal du reproche que je lui faisais, me voulant dire, et assez confusément, que dès que M. le cardinal d'Estrées était arrivé ici , elle s'était expliquée à peu près dans cette conformité, que ce qu'elle demandait était juste, et que l'édit de 1673 ne pouvait pas subsister; du reste, me faisant de trèsgrandes protestations d'amitié, d'estime et de considération pour Votre Majesté, et qu'elle les conserverait de même que \e les lui ai toujours connues!

?5 Je dis au pape qu'il n'y avait aucun fondement à ce qu'on lui avait pu dire, touchant l'édit de 1673, mais que, quand même il pourrait être, (ce qui ne se trouvera jamais) que V. M. ait tort dans le fond, qu'elle en fût convaincue, et de plus qu'elle en demeurât d'accord , ce serait faire une grande injure à V. M., de demander après vingt mois que M. le cardinal d'Estrées était ici, et après deux conférences avec le cardinal Cibo, établies pour chercher des expédients pour accommoder l'affaire de la Régale, que les choses fussent remises in pristinum ; que toute la terre admirait la patience, la modération et le respect de Votre Majesté pour le Saint-Siège, dans les

mauvais traitements qu'elle avait reçus de lui, en tant d'occasions.

w Le pape continua de me dire, mais plus faiblement que la première fois, qu'il était juste de remettre les choses w pristinwn, que, du reste, il ne savait pas quels étaient les mauvais traitements dont je pouvais parler, qu'il souhaitait extrêmement que Votre Majesté eût raison dans l'affaire de la Régale, qu'il se trouvât un autre concile qui détruisît celui de Lyon, qu'il donnerait une récompense à celui qui lui apporterait cette nouvelle, que ce qu'il faisait n'était point du tout en intention de faire une vexation ou de déplaire à V. M., mais seulement parce qu'il croyait en conscience, qu'il ne pouvait agir autrement. Je lui répondis que c'était en quoi il était bien trompé , et que l'on voyait évidemment combien les faussetés et les artifices des malintentionnés lui avaient fait d'impression et prévalaient sur la vérité, que, quant aux mauvais traitements, ce serait consumer le temps inutilement de lui en conter le détail, puisque lui en ayant parlé en diverses occasions, je l'avais trouvé peu sensible à ce que je lui en avais représenté. Je lui lus, en cet endroit, les deux articles donnés à MM. les cardinaux du Perron et d'Ossat touchant l'atfaire de l'absolution d'Henri IV, à quoi j'ajoutai : qu'il y avait une grande différence entre l'état où se trouvait ce prince, dont la puissance n'était pas encore bien affermie, et qui demandait une absolution k Clément VIII, et celui de

Votre Majesté, qui ne prétendait autre cliose, si ce n'est que Sa Sainteté ne le voulût pas dépouiller d'un bien si légitime de la couronne, dont la puissance était infinie, au-dessus de celle de Henri IV, qui était adorée de ses sujets comme on le voyait en toute occasion, le plus absolu monarque qui eût jamais été, qu'ainsi, elle pouvait juger par la comparaison du procédé de Votre Majesté avec celui de Henri IV, si ce n'était pas avec beaucoup de raison que l'on admirait la patience et la modération de Votre Majesté.

- Le pape répéta quelque chose de ce qu'il avait dit qu'il fallait remettre les choses in pristinum ; à quoi je répondis : que Votre Majesté ne prétendait rien sur le spirituel, mais que s'il voulait attaquer en la moindre chose le temporel, elle serait obligée d'employer tous les moyens et toute la puissance que Dieu avait mis entre les mains de Votre Majesté, et qu'elle augmentait tous les jours, pour l'empêcher.

^ Sa Sainteté me dit que c'était une erreur de croire que le spirituel et le temjjorel de la Régale se pussent séparer et que, par cette raison, c'était une hérésie de dire que la Régale était un droit de la couronne, et quand Votre Majesté voudrait user de sa puissance et employer la violence, rien ne saurait résister.

r> Sa Sainteté revint aux propositions de l'assemblée du clergé, elle en reparla à peu près de la même manière, et me dit : qu'il serait de la piété de Votre Majesté de faire révoquer ce que l'assemblée avait

fait, et ensuite, s'inclinant fort, et d'un ton tout à fait bas : " qu'elle ne pouvait s'empescher de me dire entre nous que Votre Majesté ne devait pas appuyer cette déclaration par un édit et qu'il n'était pas bien que Votre Majesté l'eût fait, me répétant la même chose trois ou quatre fois, et toujours fort bas, et que ce qu'elle me disait était entre nous, « je lui répondis qu'il n'avait tenu qu'à Sa Sainteté que les choses n'allassent pas si avant, et qu'ainsi il ne fallait s'en prendre qu'à elle-même, luy rejjrésentant que le véritable moyen d'avoir quelque satisfaction, touchant ces propositions, était de finir l'affaire de la Régale. Sur quoi, elle me répondit, que, si elle en usait ainsi, il paraîtrait que l'accommodement de la Régale aurait été une condition pour avoir raison des propositions, et que cela ne serait pas bien, et elle me dit qu'il fallait remédier aux propositions auparavant, et rappelant qu'il serait de la piété de Votre Majesté, et le reste, etc.... r

Ce document prouve entre mille autres combien, dans toute cette affaire, le gouvernement français n'écouta qu'un intérêt d'argent, et les prélats de 1682 ne se laissèrent aller qu'à une détestable complaisance. Les évêques et le roi ne furent pas longs à reconnaître qu'ils s'étaient tronqués, et les quatre articles ne furent

pas longtemps maintenus, mais révoqués par ceux-là mêmes qui les avaient favorisés ou émis. L'opinion dont M. de Harlay avait été le zélateur, et qui faisait de l'Eglise chrétienne la servante de l'Etat, donna naissance à ce qu'on appela le Gallicanisme, la plus redoutable et la plus invétérée de nos erreurs ; de cette faute, il porte le poids devant la postérité. Il a fallu bien du temps pour que le clergé français s'aperçoive d'un fait bien simple : à savoir que le Gallicanisme se réduisait à n'être qu'une sorte de prétexte tliéologique pour l'omnipotence de l'Etat en matière spirituelle, exercée par des hommes purement politiques.

Au demeurant, le discrédit et la révocation des articles de 1682 n'entraînèrent pas immédiatement la perte de M. de Paris.

Jamais homme en France ne jouit plus complètement et plus longtemps d'une influence semblable à la sienne. Ce pape aJen deçà les monts, comme on l'appelait, chef du conseil de conscience, présida seul neuf assemblées générales du clergé ; à lui le roi renvoyait les ditférends des évêques et de la plupart des Ordres, pour les juger souverainement; on ne pouvait, sans sa protection, obtenir la crosse, et il disposait de la feuille, selon son plaisir.

Cardinal désigné par le roi en 1690, c'était lui qui avait été chargé par Louis XIV, d'annoncer à Bossuet huit ans auparavant, sa nomination à l'épiscopat.

Quand, sur le conseil de Louvois, on eut décidé la

révocation de l'édit de Nantes, l'arclievêque de Paris, espérant que son zèle, même intempestif, ferait oublier le désordre de son intérieur, porta son ardeur habituelle dans l'exécution de cette mesure. Des protestants, il effraya les uns, il acheta les autres et s'imagina^les persuader tous par la force de ses raisons.

M™" de Sévigné écrivait déjà à cette époque : - On dit que le roi se lasse de M. de Paris et de sa vie. y^ En effet, ce prélat si austère qu'il refusait à Molière la sépulture chrétienne, si prudent qu'il ne permettait pas la révision de la bible de Mons par Bossuet, Sacy, Arnaud, Nicole et Lalane, était chaque jour pour le clergé de France qu'il prétendait gouverner par son influence, objet de scandale et de mépris.

Fénelon pouvait de lui écrire avec vérité : " Vous avez un archevêque qui fait gémir tous les gens de bien; vous vous en accommodez, parce qu'il ne songe qu'à vous plaire par ses flatteries. Il y a plus de vingt ans qu'en prostituant son honneur il jouit de votre confiance. Vous lui livrez les gens de bien, vous lui laissez tyranniser l'Eglise, et nul prélat vertueux n'est traité aussi bien que lui. r,

Ce fut peu d'années après la Déclaration de 1682 que, devant ce complaisant archevêque, flatteur vieilli, courtisan dans l'âme et jusqu'à la moelle, vint se dresser ce fantôme des fantômes, ce spectre effroyable : la disgrâce —

« Harlay, dit Saint-Simon en racontant sa disgrâce.

avait toujours régné sur le clergé par la faveur déclarée et la confiance du roi qu'il avait possédée toute sa vie. Le mérite qu'il s'était acquis de tout le royaume, l'avait de plus en plus ancré dans la faveur du roi. Son profond savoir, l'éloquence et la facilité de ses sermons, l'excellent choix des sujets et l'habile conduite de son diocèse, jusqu'à sa capacité dans les affaires et l'autorité qu'il y avait acquise, tout cela fut mis en opposition de sa conduite particulière, de ses mœurs galantes, de ses manières de courtisan du grand air. Cet esprit étendu, juste, solide et toutefois fleuri, qui pour la partie du gouvernement en faisait un grand évêque et, pour celle du monde un grand seigneur fort aimable et un courtisan parfait, quoique fort noblement, ne put s'accoutumer à cette décadence et à ce discrédit subit. Le clergé qui s'en aperçut se plut à se venger de la domination, quoique douce et polie, qu'il en avait éprouvée et lui résista pour le plaisir de l'oser et de le pouvoir. Le monde qui n'eut plus besoin de lui pour des évêchés et des abbayes, l'abandonna. Toutes les grâces de son corps et de son esprit, qui étaient infinies et qui lui étaient parfaitement naturelles, se flétrirent. » Tout sembla l'accuser, tous semblèrent le fuir, le silence se fit sur son passage et le vide dans son palais, ces portraits enluminés, où il était représenté la bouche souriante, au bas desquels on lisait ces vers :

Cet illustre prélat, tout remply d'éloquence, Soutint avec honneur Testât qu'il possédait, Et joignant un génie sublime à sa naissance, Il s'éleva luy seul au rang qu'il méritait;

ces portraits furent remplacés par de grossières satires, imprimées à l'étranger, qu'on faisait circuler secrètement.

On élèvera, disait le pamphlétaire, dans la cour de l'archevêché une pyramide avec cette inscription :

Au Damoiseau de Conflans toujours jeune, toujours souriant.

Que l'on trouvait dans les rues à deux heures du matin,

L Arrondisseur de la couronne.

Duquel on n'appelle point.

Le Grand-Maître des lettres de cachet,

L'Intrépide amplificateur de la Régale,

Souverain dominateur de l'Eglise gallicane

Prélat Arlai-Quint,

Etc., etc.

On juge l'impression que pouvaient faire les épigrammes d'en bas, le dédain d'en haut sur un homme qui jamais n'avait pris les roses par les épines.

L'archevêque n'avait pas formé dans le temps de sa puissance, de profondes assises dans les âmes; on ne l'aimait point pour lui-même mais pour les avantages qu'il procurait. Ce prélat avait trop exploité l'Eglise et l'Eglise le sentait trop, pour qu'il y eût des regrets bien profonds. Celui qui avait tant joui de la cour.

ne pouvait guère parler d'ingratitude quand la cour l'abandonnait. A ses créatures même il n'avait demandé qu'une chose : lui obéir. Il répondait du suc<;ès, on l'avait pris au mot. Quand il tomba, loin de songer à le soutenir, on se jugea trahi par lui. On ne le plaignit pas, on le condamna.

Avant la douleur, le cœur peut être fer, après il est acier; il faut que l'homme s'y brise ou s'y trempe. Harlay, quand il se sentit descendre tout vivant dans ce tombeau de l'indifférence humaine, Harlay eut le cœur brisé.

A cela ses ennemis dirent que si l'on avait toujours pénétré facilement jusqu'à l'antichambre de son cœur, c'était peut-être parce qu'il n'y avait personne, laissant ainsi entendre que sa bonté était toute de surface.

M. de Paris savait se montrer, mais il ne savait guère autre chose ; sa belle prestance, son facile débit, son érudition réelle faisaient de lui un très-agréable orateur et pourtant pas un morceau imprimé ne subsiste, pour donner une idée de son talent.

« Ces harangues, disait-il, sont des tableaux faits pour être vus d'un lieu élevé, et non pour être considérés de près. r>

Comme tous les hommes habitués à beaucoup parler, il parlait souvent sans idées, comme ce médecin qui tâtait le pouls à son fauteuil en mourant.

Les Annales de Saint-Germain des Prés garderont

le souvenir des efforts brillants que fit M. de Harlay pour faire attribuer à Jean Gersen Y Imitation de Jésus- Christ à qui l'on ne connaissait encore que deux auteurs possibles : Gerson ou A'Kempis.

« J'aime bien mieux sentir la componction que d'en savoir la définition, -> aurait dit à l'archevêque, s'il eut médité le livre , cet inconnu qui l'écrivit ; et il aurait ajouté que : ~ Ceux qui ont la science ne sont point fâchés de passer pour habiles et d'en obtenir le nom. r

De cet humble et saint anonyme, Harlay eut appris à supporter son mallaeur et se serait résigné à mourir seul pour avoir trop aimé le monde.

M. de Paris fut frappé dans sa maison de campagne de Conflans d'une apoplexie tellement foudroyante, qu'on n'eut pas le temps de lui porter aucun secours, soit pour l'âme soit pour le corps.

Le Père de Gaillard fit son oraison funèbre à Notre-Dame : la matière était plus que délicate et la fin terrible. Le célèbre Jésuite prit son parti. Il loua tout ce qui méritait de l'être, puis tourna court sur la morale; il fit un chef-d'œuvre d'éloquence et de piété.

Harlay parut un grand homme, parce qu'il eut une grande place; du reste plus petit en place que dehors, comme tous les hommes médiocres. Triste successeur des prélats mérovingiens, celui où le panégyriste ne trouve à louer que la beauté des formes ; triste prélat

pour l'oraison fuiirbir» duquol on dut chercher une épigraphe dans Virgile :

Formosi pecoris custos, formosior ipse. ..

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