‹ Les évocationsChapitre 10 sur 61 · AUTRE MISERE · texte numérisé non relu

AUTRE MISERE

L'autre hiver, la tète lassée, J'entrai dans un café-concert, Horrible taverne adossée Au fond d'un vieux quartier désert.

Les décors avaient sur la scène Des airs de tristesse. Une enfant Chantait une chanson obscène Dans ce lupanar étouffant.

Elle était là, le front tout pâle, Les yeux lugubrement profonds.

Soulignant l'allusion sale De gestes tristes et bouffons.

Sous sa robe étroite et fripée La misérable avait, hélas !

De vagues raideurs de poupée, D'étranges lourdeurs de corps las.

L'n tout petit bout de dentelle, Festonné d'ourlets jaunissants, Esquissait sa poitrine frêle, Ses seins ronds, fluets et naissants.

Quand elle exprimait, les mains jointes, Quelque charnel désir d'amour, Ses deux coudes montraient leurs pointes Dans l'étoffe cousue à jour.

Elle avait douze ans, la pauvrette !

Douze ans ! l'âge charmant et doux!

Et son sourire était honnête, Pendant qu'on lui jetait des sous.

Marseille, prison S;iiiit-Pierre, iioveiiibru I87I.

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