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LE DROIT AU BONHEUR

Quand on leur dit : « J'ai sans relâche. Dès l'appel du coq matinal.

Largement accompli ma tâche Dans le grand œuvre social ; Mais, voilà que ma tète hlanche Se refroidit et qu'elle penche Comme un fruit qu'a mûri l'été! >> ■ Ils vous répondent : « Prends courage!

Ton bras se refuse à l'ouvrage; Nous te ferons la charité! »

La charité, nou pas ! Nous sommes, Sous la vaste clarté des cieux, Debout comme les autres hommes Et nés de la femme comme eux:

La même éternelle matière Sentira la même poussière Enfanter un germe nouveau, Quand la mort muette et glacée Aura fait taire la pensée (Jui vibre dans notre cerveau.

(jLii donc a lu dans les étoiles Une, sans jamais se reposer, Le vent doit déchirer nos voiles Et sur les écueils nous briser?

Qu'il faut la tempête à notre onde ?

Qu'il est des êtres dans le monde 5larqués au front pour le malheur, Et qu'au moment où sur la terre On boit le bonheur à plein verre, Nous n'avons pas droit au bonheur?

La Nature, dans l'héritage

Qu'elle transmit au genre humain,

Nous accorda-t-elle en partage

Les seules ronces du chemin?

Au soleil chacun a sa place ;

Le manteau d'un heureux qui passe

Offense noire nudité ;

La terre est la commune mère ;

Et faire l'aumône à son frère,

C'est nier Ui fraternité!

Ehl que nous parle-t-on encore De la rayonnante pitié Que le vieux monde vil éclore Dans le sang du Crucifié"?

A-l-il donc été le seul Juste?.

Croit-on que le Progrès auguste Au pied du gii)et s'arrêta, Et que l'esprit n'a d'autre règle Que de balancer son vol d'aigle Sur les hauteurs du Golo^otha?

Tout ce qu'affirme le génie Dans ses systèmes éclatants Concourt à l'immense harmonie A travers la chaîne des temps.

A chaque siècle, un Christ arrive Qui sassied, immortel convive, Au banquet de l'Humanité; Et les uns écrivent : Justice !

Où l'autre écrivait : Sacrifice!

Henoncement et Pauvreté !

(Juand la bise ébranle la porte Des vieillards que l'hiver atteint, Il est certes bon qu'on apporte Une branche au fover éteint; 11 est bon que les jeunes filles Laissent dans les pauvres familles Des manteaux de bure et des draps, Et que Vincent de Paul surgisse.

Doux précurseur de la Justice, Avec des enfants dans les bras.

!Mais à quoi bon sur les problèmes Rêver, la tète dans les mains ?

A quoi bon bâtir des systèmes Dans le granit des droits humains?

LES LARMES DES AUTRES fi5

A quoi bon pour la République Tomber comme un héros antique Dans le roulement des tambours, Si la charité s'éternise Sous le sceptre d'or de l'Eglise, Et s'il est des pauvres toujours?

Ah ! quoi qu'on dis& et quoi qu'on fasse,

Nous voulons, ô Société !

Trouver contre le vent qui passe

Un abri dans l'Égalité!

Comme les heureux et les sages

Nous voulons, sous les verts ombrages.

Écouter le chant d'un oiseau.

Nous faire un bonheur sans mélanges,

Et nous aussi dans de beaux langes

Endormir nos fils au berceau.

Nous voulons, créant sans secousse L'apaisement universel,

fin LKS ÉyOCA.TIO.\S

Sur les charniei's où l'herbe pousse l^àlir l'alelier fraternel ; Nous voulons l'aurore nouvelle, L'amour ouvrant partout son aile, Le ciel plus doux, l'homme meilleur, Et dans l'existence éphémère, Ce qu'on appelle la chimère I)e notre siècle travailleur.

Nous voulons aimer, chanter, vivre, Vider les coupes de l'espoir, Apprendre à lire dans le livre De la Science et du Devoir; Et nous voulons, si nos épouses Ont rêvé de rendre jalouses Les étoiles des firmaments, Que, dans le reflet des dentelles, S'illuminent aussi pour elles Des couronnes de diamants!

Prison de Tours, novembre 1872.

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