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LES DEUX CHARITES

Tant que par le Mal effroyable

Les esprits seront obscurcis :

Tant qu'autour de la même table

Nous ne nous serons pas assis;

Tant que nous ne serons pas frères ;

Tant que le groupe des Misères

Pèsera sur l'être accablé ;

Tant que l'Enfant, l'Homme et la Femme

N'auront que des stupeurs dans l'àme

En voyant se lever le blé;

Tant que la Justice éternelle, Planant dans les cieux infinis, N'aura pas étendu son aile Au-dessus des peuples unis;

Tant que dans notre langue humaine

Nous aurons ces deux mots de haine :

Ignorance et Mendicité;

Tout passant qui porte la lyre,

Pensif, aura le droit de dire :

La charité! la charité!

La cliarilé pour lu mansarde Où les enfants sont mal couverts!

Pour le vieux toit qui se lézarde Sous la morsure des hivers !

Pour ces inconsolables filles Dont l'honneur tombant en guenilles Au fond d'un Iwuge est outragé!

Pour tous ceux que le sort déchire! Pour ceux qui ne savent pas lire Et pour ceux qui n'ont pas mangé !

Le peuple a faim de deux manières Depuis qu'on l'a fait souverain :

La privation des lumières Ronge autant que celle du pain.

Le corps affamé, l'homme râle; Mais il est une mort morale Qui lue et qui laisse vivant Celui dont la tète inclinée Est de l'aube au soir condamnée A ne renfermer que du vent.

L'homme sans pain est implacable :

C'est pour cela qu'on a nommé Du même nom de misérable Le scélérat et l'affamé.

L'ùpre banni de la Science, Traînant partout son ignorance Comme le forçat son boulet, Sur sa route que l'ombre ferme A forcément en lui le germe D'un assassin ou d'un valet.

Ah! si nous voulons que les A'illes N'entendent plus monter dans l'air Le tocsin des guerres civiles Avec sa grande voix de fer ; Si nous voulons tuer les haines Au creux des poitrines humaines; Si nous voulons, Société!

Qu'un progrès calme te délivre, Donnons le pain, donnons le livre :

Donnons la vie et la clarté !

Ayons la force et la clémence !

Accueillons les infortunés, Qu'ils soient, dans la misère immense. Des ignorants ou des damnés!

Chassons des frontières du monde L'horrible Injustii^e qui gronile !

Délivrons si bien le souffrant, Traquons si bien la vieille louve Qu'à la fin chacun de nous trouve Plutus moins riche. Hugo plus grand!

Prison Jo Tours, juillet iilî.

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