‹ Les évocationsChapitre 20 sur 61 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Etre candidat, quel supplice !

Les petits journaux du matin Vous Iraiteiit d'abord de Jocrisse, Finalement de libertin.

L'enfant qui tette sa nourrice Passerait, le fait est certain, Pour être un peu de la police, S'il se présentait au scrutin.

Quant à moi, candidat indigne, En dépit des feuilles de vigne J'avais écrit des vers l;\cliés.

Là-des;ii5. bourrasque et tonnerre.

Mais, ô lecteur, sois débonnaire :

Je l'abandonne mes péchés!

O.l.ibi-c 18S'.

LES r É C H É S DU C A N II I n A T 111

LE CAFi: VIVAUX

(r.ROfJl.'l-; M.MlSF.Il.r^l<^

Les yeux éteints, la face iiiorlc Un grand diable de Pierrot idaiic S'étire les bras sur la porte.

Hicniic. rit ou fait semblant.

Une tète de bois énorme — La tète d'un nègre aviné. — A l'air de critiquer la forme De ce Pierrot mal dessiné.

Sur une ardoise les programmes Sont burinés : on entendra Chanter Monsieur Paul et Mesdames Lanturlun'tlc ol Féilora.

Pour voir ce qu'on fait sur la scène Dans l'indécence des froufrous, Les gamins à l'allure obscène Ont à la porte fait des trous.

Entrez et regardez! Les mousses, Fiers, à quatre épingles tirés.

Roulent gravement sous leurs pouces Leurs immenses chapeaux cirés.

Dans l'encadrement d'une stalle, Un athlétique loup de mer, Avec un gros sourire, étale Une femme qu'il paya cher.

Les filles, la robe évasée, Les bras nus, les cheveux tombants, La jambe effrontément posée, Allongent leurs pieds sur les bancs.

On entend ces cris : « L'Espagnole Est-elle toujours chez Anna?

— La Juive est-elle encore folle Du carai)in (pii la soigna? »

Le décor est pesant et sale; Ces dames attendent leur tour Sur la scène, au fond de la salle Étroite et chaude comme un four.

Chaque fois qu'une d'elles chante, Les spectateurs deviennent fous, L'applaudissent comme une amante, Font sur elle pleuvoir des sous.

On a vu, dans ces lourds dimanches Pleins de l'oubli du sort amer.

Des marins jeter sur les planches Tout l'argent t^acrné sur la mer.

Puis quand elle a chanté sa chose Et souri peut être à quelqu'un, La pauvre chanteuse dépose Les sous dans un coffret commun.

Or, tout à côté, dans la rue, La lanterne aux rouges carreaux Fait aux yeux de la foule accrue Resplendir les gros numéros.

LL JOUEUR D ACCORDEON

Frère chétil' des cigales,

11 va, le petit Léon,

Le front lourd, les lèvres pâles,

Avei' son .'iccordénn.

Dans les quartiers où la honte Nait du lubrique baiser.

Les tilles lui disent : « Monte, Et tu nous feras danser! »

Et, sans rougeur sur la joue Se sentant de la maison, L'enfant monte; puis il joue Son air et dit sa chanson.

Sous ses doigts tremblants et frêles Linstniiiieiit triste et iiinquciir Fait enteiKlre ees sons grêles Qui vous v(uil tout ili'dit au cœur.

La valse pleure, la note Uui tout à l'heure seinhiail Hire et voltiger, sanglote Dans les lioi[(iets (lu soulllet,

Les [laupiêi'es ileuii-closes, Blêmes, l'impudeur au Iront^ Dans l'égarement des poses Les femmes dansenj en rond.

Et chaque fois qu'une d'elles Passe à coté de l'enfant, 11 se dit : « Qu'elles sont belles!

Puis, son petit coeur se fend;

Sa poitrine se soulève; Il boit fiévreusement l'air:

Et l'on devine (]u'il rêve Quelque poème de chair.

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