LA CHEMISE
Droite, roide, sans qu'un pli bouge, L'autre chemise aux longs festons S'étale sur l'édredon rouge, Dans l'éclat ])izarre des tons.
L'ourlet fleurit autour des manches;
Le col est prêt à recevoir
La visite des formes blanches.
Les deux seins nus, si beaux à voir.
Le front lourd, toute décoiffée.
Pâle, baissant un peu les yeux, Elle attache ses doigts de fée Au vêtement mystérieux,
Qui, dans sa descente profonde Le long du corps souple et charmant, Se plisse sous l'épaule ronde, Découverte adorablenient.
Devant le miroir trop sincère, Elle se cache avec un bout De la chemise qu'elle serre Entre ses dents de jeune loup.
Mais, vain effort! peine inutile!
A côté des plis hasardeux S'étale la rondeur subtile D'une pomme coupée en deux.
Comme afin de chasser le rêve Qui vient près d'elle voltiger, Elle prend vite, elle soulève La chemise au feston léger,
La chemise qui, toute blanche, Attend de baiser à son tour Les lignes vagues de la hanche, Secret chef-d'œuvre du contour.
Sur sa tète, effleurée ù peine,
Elle fait comme un flot mouvant
Ondoyer l'échancrure pleine
D'on ne sait quel prompt coup de vent.
Le dernier voile roule, roule.
Jusqu'aux reins flexibles et durs; Les deux soins, dégagés du moule, Pendent, pareils à des fruits mûrs.
Avec des ijlancheurs de coluiubo, Dans un reflet éblouissant, La chemise légère tombe, Glisse descend, descend, descend,
Et fait rêver, dans le vertige Do sa chute qui bat les airs, A quelque Vénus Callipyge, Debout au bord des flots amers.
L liCIIAXCUUUE
Oh! la folle! que cherche-l-elle Dans sa chemise aux plis houffants, Aux bords festonnés de dentelle Comme les robes des enfants?
Debout, dans sa blancheur de <'ygne, Veut-elle admirer son beau corps Où le poème de la ligne Kclate en merveilleux accords?
Non : mais pendant qu'elle se penche.
Faisant parfois jusqu'au genou Remonter la chemise blanche Qui s'ouvre h la hauteur du cou..
On pourrait voir dans l'échancruro Où voltigent ses petits doigts, La poitrine puissante et dure, Avec ses deux fraises des bois.
LA JARRETIERE
Madame, au bord du lit assise, Tendant les bras, baissant le cou, Le corset ouvert, la cbemise Chiffonnée autour du genou,
Relevant quelque peu la jambe Sous la cascade des ourlets, Fait devant le foyer qui flambe, La toilette de ses mollets.
Voyez! chaque fois quelle penche La tète, en allongeant les bras, Tout un poème de chair blanche Se révèle dans les plis gras.
Quel doux l;il)lcau! quel fin flief-d'œuvre! Le dos rond, où flotte un lacet, A des torsions de couleuvre, Dans les étreintes du corset.
Avec de beaux reflets de braise Les jarretières de velours Pendent au dossier d"unc chaise.
Sur les jupons raides et lourds.
Dans cet adorable désordre Les yeux se dilatent, plongeant Sous les bas tirés qu'iront mordre Les petites boucles d'argent.