LE GOUTER DES ENFANTS
Quel trésor pour cette famille De fiers et loyaux travailleurs !
Le garçon a dix ans ; la fille Aura sept ans au mois des fleurs.
Leur mère, étant du peuple, est bonne Et les aime, sans les gâter ; Mais tous les jours elle leur donne Le petit sou pour le goûter.
Alors, bambins qu'un rien égayé.
Gazouillant le long du chemin, Serrant la pièce de monnaie Dans leur toute mignonne main.
Se teniint tous deux par la manche, Évitant les coins encombrés, Ils vont vers les maisons en planche Où l'on vend des gâteaux dorés.
Un de ces derniers jours, leur mère, Pensive, les suivit des yeux, Ayant au cœur quelque chimère, Quelque trouble mystérieux.
Elle les vit, tournant la tète, Regardant bien, tendant le cou, S'approcher de la maisonnette Sans dépenser leur petit sou.
« La chose n'est pas naturelle.
Quoi! l'on boude aux goûters sucrés?
Je saurai tout, murmura-t-elle, Aussitôt qu'ils seront entrés. »
Ils entrèrent. « Que l'on s'explicjue, Dit-elle, et qu'on soit diligent !
D'où venez-vous ? — De la boutique.
— Qu'avez-vous fait de votre argent?
— Nous avons mangé des galettes Et tout [ik'in de bonbons très doux.
— C'est un mensonge que vous faites Allons, allons, expliquez-vous! »
Les deux enfants, la tète basse, Dirent à leur mère en pleurant :
« Mère, accorde-nous notre grâce !
Tu sais, le travail n'est pas grand...
Notre père te l'a fait lire...
Des messieurs en parlaient entre eus...
Nous faisons une tirelire
Pour les ouvriers malheureux. »
Février 1877.