‹ Les évocationsChapitre 32 sur 61 · L ENFANT TROUVE · texte numérisé non relu

L ENFANT TROUVE

Ou venait de trouver un enfant dans la rue. Curieux, me mêlant à la foule accourue,

Je voulus voir l'enfant trouvé. Il ouvrait, tout surpris, sa petite paupière; On l'avait sous la pluie, à côté d'une pierre,

Abandonné sur le pavé.

Ses regards étaient pleins de fixités étranges. Une vieille disait : « Comment ces jolis anges

Peuvent-ils être un embarras? »

Autour de lui flottait une vague lumière. La femme qui l'avait aperçu la première,

Le montrait, l'ayant sur les bras.

Il était cguroniK'; de l)clli's lioucles blondes; 11 était adorable avec ses jambes rondes

Uue la jupe courte montrait, Avec ses petits pieds qui remuaient, tout aises; Et ses lèvres étaient rouges comme les fraises

Que l'on cueille dans la forêt.

D'où venait-il? Pourquoi le destin ironique, L'offrait-il avant l'âge à la pitié publique?

Une femme avait-elle un jour Pris au cœur de son père une place trop grande? Et comme pour l'enfant qu'a cbanlé la Légende,

N'avait-on pour lui [)lus d'amour?

Le chômage était-il entré dans la famille? Était-il quelque part né d'une pauvre fille?

Avait-il trop crié : « J'ai faim? »

Les stériles labeurs et la souffrance amère Avaient-ils lentement désespéré sa mère?

N'avait-on pour lui plus de pain?

Et je me demandais quel crime ce doux être, Avait contre les lois commis avant de naître, Pour qu'il fût ainsi rejeté;

Pour qu'à l'heure uû le riche aux passants se dérobe, On l'eût trouvé blotti dans sa petite robe, Sur un pavé de la cité.

Août 1881.

CAVALCADE DENFAXTS

L'amour est doux, la guerre est vile Plus d'égoïsmcs étouffants!

J'ai vu défiler dans la ville La cavalcade des enfants.

Oh ! l'admirable et sainte chose Que d'assister à la gaîté De toute cette enfance rose Dans la splendeur d'un jour d'été I

Les hauts drapeaux noués en gerbe, Découpant l'horizon vermeil, Recevaient dans leur vol superbe La mitraille d'or du soleil.

Les chars, tout constellés tVemblèmes, Tout environnés de clarté, Ressemblaient à de grands poèmes En marche à travers la cité.

Que de petites jambes rondes !

Quelle dépense de couleurs!

Ocelles grappes de têtes blondes Dans le balancement des fleurs!

On eût dit que toutes les fées, Tous les bons sylphes des berceaux Portaient dans un nid de trophées Les bébés, frères des oiseaux.

Et puis, on aurait dit encore, Tant le rêve est charmant et pur, Que la corbeille de Taurore, Désertant le limpide azur.

Était tout doucement venue S'emplir, au bas des cieux dorés, De toute la grâce ingénue Des petits êtres adorés.

Si bien que les chars, (j merveilles!

0 frissons des cœurs attendris!

Débordaient, vivantes corbeilles, D'enfants parfumés et fleuris!

Un moulin oflrait ses quatre ailes Au baiser des vents étonnés, Et vous grimpiez à des échelles, 0 chérubins enfarinés!

Des bébés, recueillant les quêtes, Arboraient des bâtons très lourds Où pendait au-dessus des tètes Une sacoche de velours.

Leurs tout petits poings sur les hanches, A côté des faisceaux tremblants, Des fillettes roses et blanches Éperonnaient des cvgnes blancs.

Les yeux gros, la face béate, L'air pas du tout apprivoisé, Un grand poupon en carton pâte Pleurait son biberon brisé.

Page 1