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IS

i74 LES ÉVOCATIONS

Tout fier de son plumet qui flotte, Le torse droit dans le pourpoint.

Un soldat haut comme une botte Caracolait, la lance au poing.

Autour du grenier d'abondance, Représenté par un gâteau, Des guerriers, marchant en cadence.

Escortaient un beau Méphisto.

A travers des jets de guipure, Sous le profond ciel azuré, Se dessinait la ligne pure, Le contour du Berceau sacré.

En haut, dans les gouffres sublimes Où le Vers ailé plane seul.

On entendait chanter les rimes De Virtor Ilugo, grand aïeul.

Et moi, le servant des chimères, Je sentais comme un flot vainqueur Tout l'amour de toutes les mères !\Ie (ouler en plein dans le cœur!

Auùt 1882.

POUR LES BEBES

PAYS agi:

Debout dans les horizons &\i- Où flotte une lueur dorée, L'église avec sa tour carrée Domine les toits anguleux.

Le clocheton, luitre de pierre Où s'accrochent les bourdons sourds, A travers ses petites tours Vanne l'azur et la lumière.

Le vol joyeux des passci'eaux, Le doux retour des hirondelles Mettent des fourmillements d'ailes Dans le blond reflet des vitraux.

Le coq mvsUque aux ailes closes,

Dédaignant l'inutile essor,

A l'air d'une virgule d'or

Qui se fondrait dans les cieux roses.

Au loin, un peuplier tremblant Où le corbeau jarassc et loge.

La fine aiguille de l'horloge Est noire sur le cadran blanc.

Autour des fuyantes croisées.

En des terrains couleur de grès, Tout un défilé de cyprès Descend des collines boisées.

^luse, tu vois des chalets peints, Pareils à des châteaux de cartes.

Pour peu qu'en passant tu t'éearles Des bas-fonds bordés de sapins !

Et tout là-bas, dans une gloire.

Au bord des cieux tout grands ouverts, J'admire, entre les poleaux verts Que fait trembler la balançoire.

POURLESBÉBÉS 177

Le front suliilement vermeil De mes enfants, douces fillettes, Qui vont sur les escarpolettes Tourbillonner dans du soleil.

Chaumont-cn-Vexin, avril 1883.

LA TISA.XE

J'étais malade, je toussais, J'allais devant moi, tout morose.

Les amis me disaient : « Tu sais?

Soigne-toi, l'homme est peu de chose.

Devant cet arrêt net et sec, Je buvais, en mes nuits troublées, Une tisane faite avec De petites fleurs étoilées.

Tout a pitié de la douleur, Et la nature ninlernelle Nous fait sourire par.la fleur.

Nous fait aussi guérir par elle.

Le soir, quand on m'avait servi Ma très poétique tisano, Mariane avait l'œil ravi; Car tout étonnait Marianne.

L'astre émergeant du ciel lointain.

L'été fleurissant la prairie, Tout dans son babil enfantin Se nuançait en rêverie.

Je traduis son étonneinent :

Que voulait-on lui faire croire?

Les ileurs, c'était tout plein cliarMianl: Mais elles n'étaient pas pour boire !

Et puis, elle admirait un peu, Le spectacle en valait la peine!

L'étrange reflet rose et bleu Oui flottait dans la porcelaine.

Un soir, comme je lui montrais,

Avec mille caresses d'àme,

Les constellations, forêts

Dont chaque branche est une flamme,

Le bébé, soulignant du doigt L'espace où nos yeux se hasardent, Me dit : « Les étoiles qu'on voit.

N'est-ce pas des fleurs qui regardent? »

Que faire ? Je ne suis pas sûr, Tant j'idolâtre ma démence!

Que l'astre, environné d'azur, Ne soit pas une rose immense:

J'ai toujours souhaité d'aller Regarder la comète éclore Comme on regarde s'étoiler La petite fleur qu'avril dore ;

Et je me demande tout bas,

Au nez des bons bourgeois honnêtes.

Si les vastes cieux ne sont pas

Le grand jardin bleu des planètes!

L'enfant est pur, doux et profond.

« Oui, ma mignonne, répondis-jc, Les étoiles que tu vois sont Des fleurs dont nul n'a vu la tige! »

Je m'étais assis, tout songeur.

La nuit fauve et sans clair de luno Mettait une vague rougeur Tout autour de sa tête brune.

Elle réfléchit un moment, Le front penché, les lèvres closes :

On eût dit que le firmament Allait laisser pleuvoir des roses.

Je repris sur un ton câlin :

« Quand tu seras un peu plus grande.

Nous cueillerons hi-haut tout plein De jolis soleils en guirlande! »

Et, tandis «(ue je regardais Au bas de la voûte éternelle L'horizon s'ouvrir comme un dais.

Tout criblé d'astres derrière elle ;

Elle me dit, levant ses bras Dans l'infîni des cieux sans voiles :

« Je ferai, quand tu tousseras, De bonnes tisanes d'étoiles! »

Avril 1883,

LA CUA>SO.\ DLS OUTILS

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