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LE MECANICIEN ALLEMAND

L'iimeiulemcul Fréry, tendant à interdire aux Allemands l'emploi de mécaniciens dans les chemins de fer français, a été repoussé par lu r.hambre des députds.

'y'oHi^dles parlementaires.)

« Dans Tair ébranlé, sur le rail ijui gronde. Où donc nièncs-tu Ion coursier fumant?

Kèvesiu d'aller jusqu'au bout du monde, 0 bon Allemand ?

— A travers le temps, à travers l'espace, Je dépasserais la trombe et l'éclair; Mais je ne conduis que jusqu'en Alsace Mes grands chars d'airain, mon cheval de Ter.

— La haine des tiens grandit en notre àme Comme l'herbe croît sous le flot dormant : Qui t'a confié les rênes de flamme, 0 bon Allemand?

— .Me |»rends-tii, passant, pour queliiue barbare? Ton chien roux va-l-il me mordre aux talons? Ceux qui m'ont livré le frein et la barre Boivent peu de bière et ne sont pas blonds.

— Ceux (jui t'<jnt livre la terrible bêle Avec son lugubre et long sifflement N'ont jamais soulTert de notre défaite, 0 bon Allemand ?

— Homme, ne prends pas ton frère pour cible

Ce sont des Français, j'en atteste Dieu,

Qui m'ont dit : « Conduis la bête terrible,

« Mets tes poings de chair dans ses crins de feu! »

— Tu réponds de haut, ton audace est grande Mais ton œil dit vrai, quand ta bouche ment. La loi les aurait frappés d'une amende, 0 bon Allemand!

— Avec la clé d'or on ouvre la porte, Quand elle résiste au choc des pavés.

Le tonnerre dort, la tribune est morte : Ceux qui font les lois les ont approuvés!

— Ceux qui font les lois ignorent sans doute Qu'en portant au loin quelque régiment, Tu pourrais exprès te tromper de route, 0 bon Allemand !

— Quelqu'un doute-t-il que je sois le frère Des gars baptisés dans les flots du Rhin? Hourra pour les morts, si je viens à faire Cabrer la machine et sauter le train!

— L'homme est ici-bas le frère de l'homme, Partout où s'étend le bleu firmament:

Nous t'avons donné du travail, en somme, 0 bon .\llemand-!

— Vous m'avez donné le faisceau des glaives, Le canon béant qui hurle et qui mord.

Maintenant riez, laites de beaux rêves : Mon grand rlieval nnjr s'appelb^ la î\Iorf !

— Ton chant est hardi, mais la note est fausse. Même pour servir ton prince inclément, Tu n'oserais pas creuser notre fosse, 0 bon Allemand!

— Regarde là-bas, au fond des ténèbres! On dirait qu'il pleut des chairs en lambeaux: Et do loin en loin, sur les rails funèbres, On voit tournoyer des vols de corbeaux. »

Juillet is^s.

234 LES KV(^CATIONS

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