‹ Les évocationsChapitre 43 sur 61 · A MA LUI CL R0LL1>AT · texte numérisé non relu

A MA LUI CL R0LL1>AT

Dans ton livre où se tord l'implacable névrose Pourquoi n"as-tu chanté de la mort que l'horreur? Pourquoi nas-tu palpé dans la bière mal close Qu'un lit stérile et froid, fait d'ombre et de terreur?

Pourquoi n'as-tu penché ton front candide et grave, Pourquoi n"as-tu versé tes pleurs mystérieux (Jue sur les bois pourris où le ver met sa bave. Où le crâne a deux trous à la i»lace des yeux?

Ah! certes.je comprends qu'on souffre et qu'on se dresse Avec des airs de spectre et des cris de dégoût, Quand on a constaté sous le drap qui s'affaisse La putréfaction, lugubre fin de tout.

Je m'explique l'effroi dans le rythiiio farouche Et que le coeur vous batte, hélas ! à se briser, Pour peu que l'on ait vu l'ombre manger la bouche |)es vierges do seize ans mi'ire pour lo baiser.

.Mais qu'importe, après tout, que la chair, vieille loque. Se disperse, à travers le néant du tombeau ? Qu'importe que le corps entamé se disloque Os par os, bout par bout et lambeau par lambeau ?

Qu' imporle le sépulcre avec sa pourriture, Pourvu qu'on dorme bien dans le cercueil fermé? Le bon suaire est chaud, la terre n'est pas dure, l'uis([u'on souffre d'aimer et mémo d'être aimé!

Voudrais-tu, p;ir hasard, que la Mort fît emplette D'oripeaux, de clinquants, de rayons, de couleurs, Pour habiller le torse ou vêtir le squelette A peine délivrés du frisson des douleurs?

Crois-tu que la Camarde ait jamais eu l'envie D'ouater doucement en des sachets fleuris Les pauvres cœurs humains où l'essai de la vie Laisse derrière lui tant d'horribles débris?

Penses-tu que les vers, nés du choc des ténèbres. Aient tort de remplacer les songes décevants, Les doutes, les regrets, les désespoirs funèbres, Ces autres vers qui sont les rongeurs des vivants?

Va! tout est bien, la mort elle-même a ses charmes, Et quiconque a pleuré doit l'accepter debout. Lorsque lu vie est bue avec toutes ses larmes, Le cadavre raidi n'a plus droit qu'à l'égout.

Aoùl 1883.

LA cnA>so>' nu poète fou

Qu'ai-je donc en ma tète lourde?

J'erre dans une forêt sourde Où les spectres ont des rameaux.

Suis-je la bête de l'abîme?

Je ne saisis plus que la rime Dans le déchaînement des mots.

Autrefois dans les vastes plaines J'allais, je cueillais à mains pleines Des astres que je respirais.

Maintenant, j'ai l'effroi des choses...

Qui donc fait sangloter les roses?

Qui donc fait chanter les cyprès?

Amants, rêvez au clair de lune!

J'avais une fauvette brune, Quand j'étais un pauvre écolier.

Laissons les strophes d'or éclore.

Avec les perles de l'aurore J'ai fait à ma belle un collier.

Mais elle est bien loin, l'adorée I La Camarde l'a rencontrée, L'affreuse Camarde aux flancs verts.

Elle était douce comme un ange; Et maintenant le ver la mange...

Le ver, le ver! Vive le vers!

Elle avait des cheveux d'étoile.

Dans un petit sachet de toile Je lui portai mon cœur maudit, lîùclieron, coupez cette branche!

Elle le prit dans su main blanche.

Elle le prit et le mordit.

La douleur en moi s'enracine.

J'aime la tlùte tibicine Qu'on entend au creux du vallon.

Les croque-morts, lugubre escorte.

Traînaient, pour y coucher la morte, Une boite de violon.

La pensée infâme et risible

Passe à travers les trous d'un crible,

A la place où fut mon cerveau.

Je suis une cuve »jui rude,

Et mon sang couleur d'émeraude

Fermente comme un vin nouveau.

Uli ! le soubresaut des méninges !

Passant, sais-tu pourquoi- les singes Montent sur le dos des hiboux?

J'ai mordu les dents de l'envie.

Je suis heureux, je vois ma vie S'éparpiller par tous les bouts!

Je devine en la nuit blafarde Quelque chose qui me regarde Avec des yeux verts et profonds.

Est-ce de l'absinthe qui coule Sous mon cnlne, stupide moule Ciselé par des nains bouffons?

Quel est ce spectre dans ce temple ?

C'est ma Douleur qui me contcuï[ile.

Assise sur un trône d'or.

D'où vient ce souffle de bataille?

La meute accourt, le bois tressaille.

Et les chasseurs sonnent du cor.

A moi la trombe et le vertige!

Je suis fou, je suis fou, vous dis-je,

Parce que j'ai subi l'affront,

Le doute, l'affreuse ironie,

Et parce qu'un mauvais génie

M'a versé du feu dans le front !

J'entends derrière la muraille Je ne sais quel bruit qui me raille.

Je ne sais quel grincement dur; Et, sans qu'un ange me délivre, Je me sens horriblement vivre Dans ce bruit, derrière le mur.

Le ciel est bleu, la brise est douce; L'eau fuyante revêt de mousse Le caillou blanc qu'elle a roulé.

J'adore la beauté des lignes :

aia belle avait deux petits signes Derrière son cou potelé.

A..ÛI IS83.

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