APRÈS L'EXPULSION
Puisque Brisson, cet austère Qui pose pour le notaire De province au Parlement, A fait de moi sans vergogne Un expulsé dont on rogne L'écharpe et le traitement;
Puisqu'un orage m'emporte ; Puisqu'on m'a fait à la porte
Conduire par un garron Comme un invilé pas drôle Qui baiserait sur l'épaule La dame de la maison ;
Puisque la sonnelte, hostile A la loyauté du style, Au terme mal calculé, Est peut-être encore cliaude De la censure qui rôde Sous son battant ciselé;
Puisque quatre ou cinq bélîtres ^l'ont frappé, respect aux Imîtres!
D'un ostracisme accablant Pour avoir dit au ministre Qui roulait un œil sinistre :
« Vous êtes un insolent! »
Puisque des bourgeois moroses,
Tout embourbés dans Jes proses
Et du crâne estropiés,
M'ont puni comme d'un crime
De cet aveu légitime
Qui n'est qu'un vers de sept pieds:
LES LOISIRS DE l'eXPULSÊ 275
Je m'en irai par les plaines, Cueillant la rime à mains pleines, Et je sourirai, pendant Que l'aurore avec ses perles Fera des colliers aux merles Qui n'ont pas de président.
Juuvier 1881.