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JEUX DE LUMIERE

En mes nuits tristement exquises, Uuaud les feuillages, cahotés Dans le clapotement des brises, S'arcentent sur les deux côtés:

Le front lourd, la tète posée Contre mes barreaux, dans les fleurs.

J'observe à travers la croisée La filtration des couleurs.

Tout seul, dans la brume hagarde, Un astre, un petit astre luit; Kt l'on dirait une cocardo Piquée au front noir de la nuit.

La luniî houleuse, cornée, Dansant dans les nuages roux, Laisse après elle une traînée De rayons tremblotants et doux.

La feuille verte apparaît grise, Puis blanche, puis verte à demi, Dans la lumière que tamise L'humble jardinet endormi.

Les campanules, toutes closes, Se penchant dans l'air étouffant, Affectent sous les clartés roses Des blondeurs de cheveux d'enfant.

Rouges, mais un peu gambettistes.

Dès qu'a sonné le couvre-feu.

Les beaux géraniums, tout tristes, Font semblant de se teindre en bleu.

Les mignonnes pervenches, lasses De tressaillir à tout moment, Ouvrent sur les profonds espaces Leurs jolis yeux de diamant.

26 LES ÈVOCATION'S

Les pétales des marguerites .

Ressemblent, dans Tair agité, A des langues toutes petites Qui s'humecteraient de clarté.

Les barreaux, chargés de corolles, Ont une étrange sueur d'or.

Les vents rôdeurs, les brises folles M'emportent dans leur vague essor.

Je me livre, je suis les pentes

De mon rêve bordé d'espoirs;

Et je compare aux fleurs grimpantes

Écloses dans mes barreaux noirs

.Ma furoe jamais épuisée

Malgré les coups du sort moqueur,

Et la douce jeune pensée

Qui me fleurit au fond du cœur.

Prison de Tours, juillet 1873.

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