‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 109 sur 129 · Poèmes en prose (iaé iit · texte numérisé non relu

Poèmes en prose (iaé iit

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Faust et de Méphistophélès chevauchant à l'abîme en un paysage d'arbres tordus sous les sifilementsde la rafale; il lui fallait les triomphales sonneries des pèlerins du Tannhanscr ou les ineffables chants d'amour de Sigmund et de Sigelinde ; il appréciait surtout Berlioz, Wagner, César Franck et même « les étranges et passionnantes et effrayantes musiques où le talent de M. iMaurice Rollinat se hausse presque au génie. » En peinture, il recherchait l'horreur mortelle des cauchemars, la réalisation des plus épouvantantes visions apocalyptiques ou des spectacles d'une beauté de rêve absolument délicieuse. Il magnifiait Corot, Gustave xMoreau, Odilon Redon, disant de ce dernier: « Ignorées de la foule, méprisées de tous ceux que l'ordinaire rassassie, adorées de quelques-uns, les œuvres de ce maître consolent leurs fervents de ^intolérable platitude de la peinture courante actuelle. » Il prisait encore les décevantes poésies où des phrases disloquées, vides de sens direct, mais chantantes expriment toute la vie avec d"ésotériques appels à la lointaine réalité. Il exalta les Poèmes de Poë, les vers de Villiers de l'Isle d'Adam, Sagesse de M. Verlaine, le FaunedeM. Mallarmé, les, Amours jaunes de Corbière. Il loua extrêmement MM. Maurice Rollinat, Laurent Tailhade, Jean Moréas, Charles Vignier, Charles Morice, Jules La Forgue,Mathias Morhardt, Jean Lorrain et crut que « les poètes symboliques étaient appelés à modifier l'art français aussi profondément que l'a fait le mouvement romantique. »

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En prose, il admirait infinimenl les phrases aux somptueuses et pontificales splendeurs, ou les grâces jolies et balançantes comme des danseurs de menuet, ou les clameurs des mots durement heurtés en quelque fou désespoir. J'ai nommé Flaubert, les de- Concourt, Baudelaire, M. Cladel. Enfin, il accorda de très grands éloges à Barbey d'Aurevilly, à MM. K. J. Huysmans, Francis Poictevin, Villiers de risie d'Adam, Barrés et autres (1). Qu'on veuille bien observer encore, — et ce fait prouvera définitivement combien Hennequin s'intéressait aux questions de forme, — qu'il n'étudia, dans sa quinzaine d'essais, que des romanciers ou des poètes, — artistes ordinairement plus attentifs aux questions de pure technique que les dramaturges, les critiques ou les philosophes.

Écrivain nerveux, esthéticiensubtil,artislebizarre, — tel était Hennequin. El voici comment de Tàme douloureusement impressionnable des jours d'adolescence surgit 1 être intérieurement cdme, correct, élégant et froid des dernières années (2). Comme nous tous, Hennequin commença par le pessimisme. Mais déjà aux causes purement matérielles des malaises à gagner du pain s'ajoutaient des causes psychologiques : la tristesse de se sentir seul qui est

1. Les Écricains francisés, p. 2^3; La Revue contemporaine, tome UI, p. 220, 262, tome IV, p. 576 ; La Revue de Genève* tome I, p. 230 et suiv., etc.

2 Lire aussi l'article où M. RoJ a raconté le détail de cette Tie. !\OdveUe Reçue, tome LV, p. 364.

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dure à oublier, car la jeunesse ne comprend pas toujours que la solilude esl la seul amie qui ne lasse jamaisetqui ne trompe point: « Sache et comprends et liens pour certain, disait Hennequin, que tendant ton âme et parfois tes bras, si tu laisses monter à tes lèvres des choses intimes, refoule-les, car c'est en vain. » — la tristesse d'avoir rêvé de rêves merveilleux et de comprendre qu'il faut pour vivre heureux les savoir illusions et vanités : « Il n'est point de femme, écrit-il, qui nous rende le rêve radieux entrevu sous le mot femme, il n'est point d'or, or pâli, or sali, qui ait le fauve éclat que fulgure lo mot or... Que faire donc, en ce monde où tout est en déchet sur nos attentes?» — la tristesse encore d'apprendre qu'à passer tant d'heures, derrière le rideau tombé, à pâlir sur les manuscrits, — comme dit le poète chinois, — on a oublié d'apprendre à vivre et qu'on s'écrie alors, en une de ces heures de Calvaire dont nos vies sont remplies : « A quoi bon ? vraiment, à quoi bon ? » Bientôt pourtant, l'existence lui devenait plus légère, les soucis d'argent s'écartaient; il lui était donné de vivre selon son cœur; il apprenait surtout à trouver dans l'art la réalisation de ses impossibles rêves et l'apaisement de ses vaines tendresses. Cessant d'être de mortes paroles plus ou moins capables de distraire l'ennui des heures, les livres devinrent pour lui des choses frémissantes, tièdes de vie, lui murmurant des paroles passionnées ou tendres ou rieuses ou bien tristes et lui mettant au cœur des émotions intenses d'une beauté supé-

rieure à celles de la terre. Il fut l'adolescent que M. Bourget accoude à son pupitre, lisant Baudelaire on Flaubert, par un beau soir de juin. Des jeunes filles rient dans le jardin, il ne les entend pas, il ne saurait les entendre ; — mais voici, il arrivera que les rires légers monteront plus sonores du jardin en fleur et qu'ils couvriront les douces paroles du livre. Alors, en vérité, ce sera une heure triste que celle où l'adolescent comprendra que, tandis que d'autres apprenaient à vivre, il a dépensé le meilleur de luimême à rêver d'inutiles rêves. Maintenant, c'est trop tard... Mais, après tout, u'a-t-il peut-être pas choisi la bonne part?

Quoi qu'il en soit, Hennequin le crut et c'est en pareil état d'esprit, qu'il disait que « les livres de Tourgueniev étant doux et parfumés », que certaines phrases de Flaubert « entrent par les yeux comme une caresse, se délayent dans tout le corps et le font frissonner d'aise comme une brise et comme une onde. » En un mot, il était de ceux qui «(connaissent la bienfaisance de l'art, son efficacité à rehausser la vie d'émotions intenses et nobles dont est retirée la souillure de la douleur et de l'égoïsme (1). « Or, de telles consolations lui furent bonnes parce qu'il paraît avoir été une nature où prédominèrent les éléments spirituels. Preuve quelques-unes de ses évidentes sympathies littéraires, comme Poë, comme Heine qui, de par la Critique scientifique, indiquent

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