‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 12 sur 129 · Paul Verlaine, Sofliesse · texte numérisé non relu

Paul Verlaine, Sofliesse

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l'Église se retrouve chez M. Brunelière. Sans doute, son catholicisme n'est ni une bannière déployée comme celui de Barbey d'Aurevilly, ni une sensibilité toute nerveuse comme celui de M. Bourget. Il n'a pas d'agenouillements dans l'ombre bleue de l'église. La poésie de l'autel d'or et du vitrail d'améthyste reste muette pour lui. Il croit en esprit; il est catholique comme Edmond Scherer fut protestant, de nature plus que de cœur, et d'habitude plus que de nature. Son catholicisme est une religion méditée, il a la sécheresse d'un théorème; et il en a la pudeur au point de le taire ordinairement. Il dira pourtant d'Amiel « qu'il n'a jamais su parler du « catholicisme qu'avec l'injurieuse hostilité d'un pié- « tiste et les rancunes d'un réfugié ».

— « M. Alphonse Daudet a voulu, dit-il encore, « dénoncer publiquement celte perversion maladive « du sentiment religieux qui, bien loin d'être parli- « culière au papisme, n'a jamais, au contraire, ni « nulle part plus cruellement sévi, ni plus ridiciile- « ment, que parmi les communions protestantes. Le « convulsionnaire de Saint-Médard n'est qu'un acci- « dent sans importance dans l'histoire de la catholi- « cité, mais hurleurs et trembleurs et vingt autres, « l'histoire du protestantisme n'est remplie que de « cette succession de sectes ^ » . Mais rarement de semblables aveux; plus souvent, la religion de M. Briim-

1. A noter également dans la Revue des Deux-Monde." ilu 1""' octobre 1886, p. 702, une curieuse tentative de conciliation entre Bossuet, Pascal et Schopenhauer.

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tière s'avoue par son liabilude de juger en moraliste ainsi qu'il convient à un sectaire de conscience.

Il ne moralise pourtant pas comme Vinet, chez qui l:i discussion littéraire tourne court au profit de la question morale; mais par une habiluance pour dire inconsciente, la discussion établie sur un point de morale aboutit à une conclusion qui se trouve toujours adéquate à la morale chrétienne. Vinet agissait sciemment, il voulait juger l'art en ministre protestant (1). M. Brunetière agit contrairement et sans s'en rendre bien compte — je crois — il a parfois le ton raide d'un prédicant; à citer, dans l'article sur M. Drummont, un fragment sur l'amour de l'argent qui semble exhumé de quelque sermonnaire janséniste. A citer encore la fin du Roman naturaliste et une étude consacrée à Jules Vallès, où il établit que Fauteur de Jacques Vingtras était « une nature fon- « cièrement immorale, mauvaise et dangereuse ». Qu'est-ce à dire une nature immorale? Vinet ou M. de Pontmartin auraient vile fait de répondre. Mais lorsque, comme M. Brunetière, on se prétend librepenseur^ la question ne laisse pas que d'être assez délicate. M. Taine, par exemple, déclare qu'il n'y a ni moralité ni immoralité : Ergotage, reprend M. Brunetière, « une nature immorale est celle qui ne sent « pas la nécessité d'être toujours et constamment en « garde contre les suggestions qui lui viennent de ce « que l'on pourrait appeler son fonds d'animalité » .

1. Voir le développemeut de cette idée : la Critique moraliste.

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Ce qui engage au combat des instincts naturels : « Si ton bras te fait pécher, coupe-le, » — selon la formule de .iésus — partant de là : crucifie ta chair et tes espérances ! — D'autres disent différemment. Mais il y a concordance entre le résultat de la méditation de M. Brunetiére et la conclusion que nous présente le christianisme. C'est tout ce que je voulais indiquer.

J'ai montré les poètes, les peintres, les architectes du dix-septième siècle imitant les ouvrages de la Rhétorique Romaine, de préférenceà ceux de la grande période grecque. Notre époque n'imite plus guère ni les uns ni les autres ; la Chimère qui tentait saint Antoine nous a montré les parfums rares de la Russie et les fleurs plus larges de l'Angleterre. Le dédain de l'exotisme contenu dans l'amour de l'Antiquité — l'érudition et le manque de grâce suffiront à montrer la permanence de ce sentiment chez M. Brunetiére.

Non seulement par son éducation normalienne, mais surtout par sa nature même, M. Brunetiére aime l'antiquité. Pour lui, l'école Normale s'est trouvée pour dire la collaboratrice de la nature. Car il était logique qu'un esprit amoureux de l'ordre, de la simplicité, de la clarté à tout prix et qui ne se laisse éblouir par aucune œuvre contemporaine, fùtelle signée Taine ou Renan, trouvât son idéal dans les littératures que l'on est convenu d'appeler classiques.

M. l'i:iU)lNAND BRUXETIKRE. 55

La part de la nature et celle de réducation sont assez subtiles à établir ; elles se sout si complètement parfaites l'une l'autre qu'elles ont procréé un esprit presque conséquent. Cependant lorsqu^aprés avoir déclaré Madame Bovary « un chef-d'œuvre» il ajoute « mais malheureusement pas d'un ordre très élevé » (I) ou bien, lorsqu'il trouve que Dickens fut « supérieur dans un genre inférieur » il me semble que la restriction faite à la pensée à été commandée à M. Brunelière. et impérieusement, par son éducation. Il en va de même lorsqu'il avance « qu'il y a « une connaissance des hommes et des choses plus « profonde et plus sûre, un sens plus vif de la réalité « dans les mémoires du moindre frondeur du dix-sep- « tième siècle que dans Diderot tout entier (2), » que « l'art de M. Daudet n'est pas du grand art (3) », que II.-F. Amiel « doit être rangé parmi les petits « moralistes entre Joubert et Doudan (4) ».

Au reste, M. Brunetiére a tous les caractères de cet esprit : il est érudit, mais sa parole est toujours sèche jusqu'à la dureté et guindée jusqu'à la pédanterie. S'il lui prend fantaisie de traiter une question historique : Je Manifeste deBrunsioick, par exemple, ou d'éclaircir quelque point, comme celui des Origines de Gil Blas, quel ton doctoral que celui dans lequel sa relation est transcrite ! Comme tou^ les

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