Revue des Deux-Mondes, 1^' janvier
56 LA CRITIQUI- Kl» A NC A 1 SK.
érudits, M, Bruneliére jouit de savoir des choses que les autres gens ignorent. II aime à en faire étalage, à contredire ses confrères, fussent-ils Paul Lacroix ou Henry Jouin... bref à exposer toujours dogmatiqueuient ses opinions' personnelles. Ce qui ne laisse pas que d'être assv'z curieux c'est d'entendre M. Bruuetière traiter d'œavres de poésie comme les premiers romans de M. Loti. lien parle comme d'un volume d'histoire — on dirait d'un prêtre racontant Boccace. — Il faut avouer qu'il ne rend aucunement l'impression du Mariage de Loti, par exemple. — L'étrange, volupté de ces pages parfumées semble échapper aux sens de M. Brunetière. D'ailleurs, il l'a avoué lui-même, « il n"aime pas la musique, ni les montagnes (\) » c'est-à-dire, si je comprends bien, l'art sous une de ses manifestations les plus sensibles et la nature sous un de ses plus grandioses aspects. Et pour lui, les livres restent des papiers imprimés, avec des mots assemblés plus ou moins habilement d'après certains procédés esthétiques plus ou moins parfaits. Aléiue devant des pages poignantes et suprêmes d'émotion comme VEducatlon sciiliiiicnîalc, le Journal dWniicI, les Fleurs du Mal, il est toujours le rhéteur aux pointilleuses discussions stylistiques, ou le satirique aux faciles et inutiles paroles de plaisanterie, — il ne paraît pas sentir qu'au delà des phrases il est comme une âme éternellement palpitante, et qu'à certain point de vue