Bevaedes Dsux-Mondes du i'' juin
M. li:iU>lNAND l{ni'Ni:TIi:HE. 57
ces livres cesseiii (.rèlre d'inertes assemblages de feuilles imprimées pour devenir des choses frémissantesd"iine vie suiK-rienreà la vie de la terre. Pour lui les Emma Bovary, les Frédéric Moreau, les Eugénie Grandet, les César Birolleau ne sont jamais des êtres vivants ayant des chairs vivantes, des êtres coudoyés, bien connus, aimés ou haïs, avec lesquels on pense, on vit, on souffre, mais ils restent des abstractions fictives auxquelles il aura l'indulgence de s'intéresser comme un professeur de composition a l'indulgence de s'intéresser aux historiettes décrites par ses élèves, l'attention toujours fixée sur le style sans que jamais Témotion lui fasse oublier ses fatigantes discussions esthétiques. Orje demande ce que la poésie devient pour un esprit semblable, la poésie moderne sui tout qui n'écrit plus guère de J)e natura reruni, mais qui se perd en insaisissables nuances et qui veut «fiancer — comme a dit un grand poète, le rêve au rêve et In fiùle au cor » . — Pour la poésie classique, celle de lioileau surtout, qui n'était guère que de la versification, il la pouvait comprendre, car, plus précise et — disons le mot — plus prosaïque, elle devenait, plus aisément compréhensible. Boileau disait :
Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable.
De nos jours, ou va chantant :
Que tou vers suit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va, fleurant la menthe et le thym (1).