Paul Verlaine, Jadis et Naguère
38 LA CRITIOUE FRANÇAISE.
Ces deux conseils, par le fond et par la forme, résument presque l'Art classique et TArt moderne.
Est-il nécessaire d'ajouter que M. Brunetière manque absolument de grâce : « Si l'on voulait, écrit-il dans une étude sympathique, dire ce que l'on aime dans cette œuvre, il y faudrait signaler tant de choses que l'on n'aime pas que l'œuvre risquerait d'y fondre et que le lecteur se demanderait peut-être ce que nous croyons aimer dans une œuvre que, tout en aimant, nous maltraiterions si fort (1) ». Voilà certes, une singulière manière de parler d'une œuvre que l'on aime, surtout lorsque cette œuvre se nomme le Mariage de Loti. Et même en parlant des femmes, de ces marquises d'antan qui charmaient M. Cousin, de celles pour qui le critique doit oublier qu'il est critique pour se souvenir qu'il est homme, M. Brunetière ne se déride pa?, il ignore la galanterie — cette religion charmante des sociétés délicates ; — il ne veut point aider à tresser la guirlande de l'incomparable Julie ; il se refuse à parcourir, avec la tant précieuse Madeleine de Scudéry, le pays de Tendre et, c'est avec la voix rogue d'un vieux professeur de rhétorique, qu'il leur reprochera d'avoir émoussé l'originalité de quelques-uns et détourné quelques autres de certains problèmes et d'une vue complète de la réalité. Comme Boileau, écrivait dans la vieillesse de ses jours, (;ette dixième satire où la femme lui apparaît « comme une maligne aux yeux faux,