‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 17 sur 129 · L ESPRIT MODERNE · texte numérisé non relu

L ESPRIT MODERNE

Nous avons avancé et suffisamment prouvé, je l'espère, que les études consacrées par M. Brunelière aux auteurs contemporains ne sont point si négatives qu'on l'a prétendu, qu'il suffisait de distinguer, et qu'il y avait de sa part, non pas précisément malveillance, mais bien plutôt défiance : « On « louerait davantage Une Vie de M. de Maupassant, « dira-t-il, par exemple, si l'on ne craignait d'avoir « l'air d'en recommander la lecture à ceux qui ne « la connaissent point », et il en est toujours ainsi, il craint de trop dire, car il se sent peut-être plus de sympathie pour l'art moderne qu'il ne lui plaît d'en convenir. On a beau s'enfermer dans son cabinet, blanchir sur les éditions de Poquelin, rien ne fera taire la voix du siècle, rien n'empêchera le courant des idées modernes — ce courant d'idées dans lequel on est né, dont on a hérité beaucoup, avec le sang, dont on est fils enfin. — Et, pas mieux qu'un autre,

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M. Brimetiôre n'a été l'homme étranger à ce siècle, hostile à nos mœurs, à nos admirations, à nos manières de dire, — l'être idéal, dix-septième siècle, qu'il rêvait d'être. Or, l'homme dix-neuvième siècle, l'homme de notre civilisation, épris malgré tout de nos théories, partageant nos conceptions, et jusqu'à quelques-uns de nos préjugés, je le retrouve dans son style, dans quelques-unes de ses opinions et surtout dans sa conception du pessimisme.

En parcourant deux ou trois pages (THistoire et L///tTaîifre le lecteur est vite frappé de l'affectation d'une langue archaïque oùrarchaisme provient d'un petit nombre de procédés repris sans cesse avec une fatigante monotonie. Phrases longues, grises de couleur, évitant les sonorités romantiques, embarrassées de déterininatives, d'incidentes, surchargées de qui, de que, de encore que, de néanmoins, trahissant toujours l'elfort et le travail patient. Il est évident que, comme les de Concourt — je demande pardon du rapprochement — M. Brunelière s'est créé une langue personnelle; l'un cherchait l'insaisissable, l'autre imitait les écrivains du grand siècle et ce doit être, à force d'étude, qu'il a parfait un instrument dont il est aujourd'hui en pleine possession, « Mais « comment M. Brunetière n'a-t-il pas compris qu'il « y a une affectation presque égale d'écrire comme « il y a deux siècles ou d'écrire comme il est pos- « sible qu'on écrive dans cent ans (1) » . Jusque dans

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