Jules Lemaitre, Les Contemporains, touie I
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cette préoccupation de la forme trahie par la recherche de la diction — je retrouve l'esprit moderne qui a plus soin de bien dire que de bien penser. M. Bruneiiére a eu tort de railler « les notes musquées des violettes » et « les trilles indiscrets des belles de nuits » chers à M. Zola, car s'il n'a pas de « notes musquées » il a de terribles retournements de phrase. Ecoutez ce début d'un article consacré à Vallès : « C'est d'un vilain homme qiie\e « vais parler et — sans précisément m'en excuser, « auquel cas il serait plus simple, maintenant qu'il « est mort, de le laisser tranquille. — je dois dire, « tout d'abord, les raisons que j'ai d'en parler. » Ailleurs, pourquoi reprocher à M. Daudet de dire trop souventla « nommée Délobelle » lorsqu'il répète lui-même je ne sais combien de fois : « M. Zola, qui a quelque souci des littératures étrangères » ? Quelquefois, M. Brunetiére domine ses procédés au lieu d'être dominé par eux, et c'est parce qu'il est capable d'écrire des morceaux de grave éloquence que nous regrettons qu'il parle trop souvent une langue hybride qui rappelle tout à la fois Pascal, La Bruyère etBossuet, mais qui, dans son ensemble, — pourquoi le taire? — rappelle plus la Clélie que les Provinciales (1).
1. Encore un exemple (Revue des Deux-Mondrs, l^^juin 187G) : « Pourquoi n'ajouterai?-je pas que, daus l'amertuuie présente, il « y a quelque plaisir à songer que. si les Allemands connaissent « si bien nos défauts, c'est que nous avons eu lotit temps fait « ploire et parade, pour ainsi dire, de les avouer et de les railler.
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SMl fallait caraclériser d'un mot l'esprit de notre lin de siècle, je crois qu'on pourrait l'appeler paradoxal. M. Renan qui passe, à tort ou à raison, pour avoir afïiné ce goût de l'originalité à tout prix — le païadoxe témoigne, en effet, d'une recherche assidue de Toriginalité — a grandement influencé notre époque et, jusque chez les écrivains les plus ennemis de sa philosophie, pareil jeu d'esprit se rencontre fréquemment. M. Brunetière n'a pas, ce me semble, échappé à cette influence. Les exemples abondent : la critique considère généralement que les incorrections de langage dénaturent le.s plus tristes, les plus décevantes inspirations de Lamartine — ce poète des crépuscules. — Pour M. Brunetière, au contraire, Lamartine possède « l'abondance et l'ampleur, l'éclat et la facilité, la profondeur et l'aisance, le nombre et l'harmonie et son rang pourrait bien être le premier. » Je ne parle pas de son ingénieuse Théorie du lieu cuiitmun. dans laquelle il démontre que tout ce que nous pensons, tout ce que nous disons a été déjà pensé, exprimé des milliers de fois par beaucoup d'autres et qu'en conséquence, tout est lieu commun à moins que rien ne le soit. Je passe également sur sa Théorie de Vinvention où il trouve que les grands inventeurs ont été nommé ainsi, précisément parce qu'ils n'avaient rien inventé.
« qaelqui' joie malipue ù cousidérer que, s'ils connaissent si bien « leurs qualités, c'est que nous avons fait jeu, depuis Madame de « Staèl, de les proclamer et de les honorer jusqu'à satiélé des « amours-propres germanique?. »
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Mais, en plaidant la cause du personnage sympathique, il a découvert « que les convenlions devaient être respectées, car elles ressemblent à des rapports nécessaires qui dériveraient de la nature des choses (1) ». C'est par de semblables subtilités, et j'en sais de plus casuistiques encore, que Al. Brunelière égayé la tristesse de ses écrits.
Au dix-septième siècle, le patriotisme — ce sentiment formé de plus de haine pour l'ennemi que d'amour pour la patrie — n'existait pas tel au moins que nous l'entendons aujourd'hui, c'est-à-dire cet égoïsme inconscient que d'aucuns trouvent digne de louange, qui porte l'individu à déclarer l'excellence de sa terre natale, de sa langue maternelle, de ses habitudes, de sa vie, de sa nation. Enfin, jusqu'à ce bel héroïsme qui le rendra fort au cas nécessaire et le fera verser son sang pour les choses, pour les êtres, pour les idées de son pays. Au dix-septième siècle, rien de pareil, la patrie, l'Etat c'était le roi; élre palriote, c'était obéir au roi, c'était servir le roi, c'était aimer le roi (2), et les poêles qui voulaient magnifier la patrie, magnifiaient Louis XIV :
Graud roi, ces^e de vaincre ou je cesse d'écrire,
disait Boileau, dans son enthousiasme «pindariqae »,