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Histoire et Littérature, tome I

2. Louis XIV aurait, dit-ou, fait écrire dans un cours de droit public destiné au duc de Bourirùi'ue: « La uation ne fait pas corps enFi'ance. Elle réside tout entière dans la personne du roi. »

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€l tous rimitaient, Racine, Molière, — jusqu'à Madame Destioiiiières. Mais écoutez M. lîiiiiieiière parler «do celle prose aliemaude loule raidu encore, « loule cassante, aiikylosée dans ses constructions « iiilli'xijjles, si vague, en môme temps si lit)re dans « le choix (les mois qu'il semble que chacun la « pélrisse à sa guise, comme une cire molle et tou- « jours incapable de consistance et de solidité (1). » Ne croyez-vous pas que pour s'exprimer ainsi i\ faut être Français du dix-neuvième siè'le, c'esl-à-dire avoir vécu l'épouvaniement de 1870, avoir senti mourir son âme lors(jue ces drapeaux, jadis vainqueurs, tombèrent dans la boue de Sedan. — Je ne sais, mais il me semble que M. Dérouléde ne se fût pas exprimé différemment et, dans ce jugement, je trouve un parii-[)ris évident, car il ne paraît pas que ni les de Goiicourt eux-mêmes aient laut de fugaces délicatesses que Jean l^aiil, ni <|ue Henri Martin ait une éloquence comparable à ce. le de Schiller. Mais il ne laisse [las d'être assez naturel qu'un de ceux qui pleurèrent la Lorraine écrivît semblable déclaration.

Mii'ux que le style; mieux que la recliorche du paradoxe; mieux que le patriotisme; les théories, les doctrines pessimistes de M. liriinetière montreront qu'il n'est point étranger à notre -époque.

Aciuellement, un fait s'impose à l'observateur;

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h même philosopbift désespérée et décourageante se dégage de presque toutes les œuvres remarquables de ce dernier quart de siècle, des poésies de M. Leconte de Lisle, de M. Sully-Prudhomme aux romans de M. Zola, de M. Bourget aux études critiques de Scherer, d'Hennequin, aux apocalyptiques peintures d'Odilon Redon, de Rops aux pleurantes ou tragiques musiques de Berlioz et des jeunes Wagnériens. Mais, à comparer ce pessimisme à celui traduit ou mis en action dans les œuvres de la période romantique, on remarquera un découragement plus absolu, une tristesse plus vraie, plus accablée, moins de grands gestes, de grands mots, de bras tendus, de chevelures pleurant dans le vent, en des décors de forêts, en des plages inconnues givrées de clair de lune, mais dans nos intérieurs de tous les jours des êtres éprouvant à vivre notre vie des tristesses monotones, banales, presque indiscontinues et pour ce désolantes. En d'autres mots, le pessimisme n'est plus un vêtement d'apparat, une langue de théâtre, une mimique de spectacle, mais il est devenu notre vêtement de toutes les heures : sa langue est notre langue, et ses gestes sont ceux que nous faisons malgré nous, tous les jours. De philosophie, de jeu d'esprit, il est devenu science de vie, état d'àme. Le René de Chateaubriand, les peintures de Delacroix symbolisent excellemment la mélancolie romantique avec ses plaisantes affectations et ses tragiques grandeurs. Pour le pessimisme contemporain, j'indiquerai une remarquable toile de M. Neide.

M. ri:i\DINANI» IturXKTIKIli:. Ci»

Die Lebensnnidcn (];, dont le lilro intraduisible est déjà, dans sa signification un peu vague, comme une plainte. Le tableau : c'est un paysage quelconque, un débarcadère aux poteaux plantés dans une eau écumeuse de vagues ; sur ce débarcadère, liés d'une corde, un hommi?, une femme, qui vont mourir dans les bras l'un de l'autre. Ils ont des vêtements de nos modes, et sont brutalement unis : mais le poème, la philosophie, l'infini, ce sont les deux visages où, au travers des traits crispés de l'homme et des pâleurs blêmissantes de peur de la femme, apparaît tout un passé inconnu, mais suggéré horriblement, de détresses inouïes mais point réelles, de folles et inutiles révoltes, de mortels découragements sans causes, jusqu'à ce double suicide, lâche, qui couchera ces fatigués de la vie, ces ennemis de l'action dans une eau de boue par un temps sale de journée d'hiver.

Le premier, ou un des premiers, M. Brunetière a déclaré « qu^en plein dix-septième siècle un Pas- « cal, un Racine même, un La Bruyère peut-être, « pour ce qui regarde l'histoire de notre littérature, « ont ressenti les atteintes de ce mal intérieur que « Ton appelait jadis le mal du siècle et que l'on a nomme aujourd'hui le pessimisme ». A première pensée, il semble étrange qu'un classique comme M. Brunetière, aux sensibilités nullement maladives, puisque la musique le laisse iudilTérent, puisque la

J- Moilerne ocole vieiirioi;ti.

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poésie symbolique lui échaj>pe, puisque la splendeur d'une vallée plantée de sapins noirs l'ennuie — soit pessimiste. — Les recherches biographiques nous étant interdites, nous n'indiquerons aucunes causes matérielles au pessimisme de M. Brunelière, D'ailleurs, si l'on pense, on trouvera vite que le pessimisme est rarement une doctrine raisonnée, au moins, dans son essence. On naît pessimiste, on ne le devient pas. Trouver la vie mauvaise n'est pas airaire de raisonnement, c'est affaire de sentiment. Et, c'est parce qu'on a trop oublié que le |)essimisme est une manière instinctive de sentir que quelques-uns ont laille jusqu'à l'injure cette doctrine qu'ils disaient « dinurlie, de découragement et de moitl » Ne voulant [las apercevoir, dans les phrases en pleurs des Renés mudernes, la tristesse aiguë; trop répétée pour être simulée, ils prêteraient la tourner en dérision, à moins que, inca[)abies delà comprendre, ils dus^ sent nier ce qu'ils ne pouvaient saisir. « En effet — comme dit M. Brunetiére — quand on veut toucher à de certains sujets, ne serait-ce pas un malheur quelqut fois que de se porter trop bien? »

Le pessimisme est donc surtout le résultat d'un état physiologique — héritage naturel d'une race trop ancienne, au sang trop a[)pauYri, que Sapho. dans une heure de mélancolie, appelait « détraquée et compliquée ». — S'il n'en était pas ainsi, comment expliquer que M. Brunetiére, par exemple, ce classique d'esprit, ce classique d'éducation, ait une complaisance si évidente pour le pessimisme con-

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temporain? Parlant desObermans modernes, il dit : « ils -vivent comme tout le monde et sentent comme personne. » — Parole profonde, bonne à méditer pour tous ceux « qui n'ont [)as reru d'en baul ce don fatal, celte rare et redoutable faculté de vivre en un quart d'beure une vie tout entière et d'épuiser, dans une seule expérience, toute la douleur et toute la volupté! » c'est-à-dire pour tous ceux qui trouvent infiniment distingué de railler le pessimisme et qui ne vculenty trouver qu'une religion n'ayant que des Basile et pas de saint Paul.

Ailleurs, M. Bruneliére avoue que les œuvres pessimistes si diversement variées, depuis la tristesse Ibéàlrale d'Atala jusqu'à la dolente rêverie de Gaud en face de cet océan qui lui a pris son Yann — ont un trait commun « la réalité de la souffrance (1) ». Ainsi, il ne suspecte pas lasincérilé de livres comme les Fleurs du mal, comme la Joie de vivre, comme Bel ami. Ce qu'il reproche à H. -F. Âmiel c'est la faiblesse de sa désespérance. « Pour m'émouvoir, « dit-il, il me faut de pires malheurs, quelque chose « de plus tragique, mais surtout de moins intermit- « lent. ».

Enfin, quoique le pessimisme soit, avant tout, un état physiologique, des esprits sérieux, comme M. Brunetière, lorsqu'ils sont parvenus à maturité raisonnent leur croyance. C'est alors qu'ils assignent comme causes au pessimisme : la limitation de notre

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