‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 30 sur 129 · Contemporains) tome I · texte numérisé non relu

Contemporains) tome I

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vonsce qu'est celui de M. Halévy. Il a même porté sa niaiii iconoclaste sur les Oraisons funèbres de Bossuet, sur ces oraisons qui « surpassent toutes les merveilles de la parole humaine », comme l'a magnifl- (]uemenl déclaré Désiré Nisard. Enfin, le modernisme de M. Lemaitre, je le vois dans sa plaisanterie d'un comique si franc et si fin. Il est gai sans trivialité, je ne dirai pas sans affectation, car il faut avoir plus d'esprit que Rivarol pour se contenter de celui que l'on a, mais en tous cas, M. Lemaitre sait merveilleusement sabler ses écrits de grâce et d'ironie, si l'on peut dire ainsi. Detacbée de son contexte, une phrase paraîtrait banale, car s'il n'est ni un Rivarol, ni un Champfort nul ne sait parler comme lui, dix pages durant, celte ironie qui sourit en Técart des mots.

La personnalité dogmatique de M. Lemaitre serait donc une âme moderne traversant l'uniformisante discipline classique et n'en conservant que des habitudes de méthode et de jugement. Reste à analyser sa personnalité sentimentale, ce que Madame d'Epinay eût appelé « le cœur » ou si vous aimez mieux, l'homme dont nous venons d'étudier l'écrivain.

H*\ LA r.UITIQUK l'H ANC A ISE.

LK HliVE NliO-HELLlilSlQUE

Sans écrire ici l'histoire du Néo-Hellénisme, ce que M. Lemailre a d'ailleurs essayé eu un remarquable chapitre, je voudrais en indiquer la théorie, puis en signaler l'imporlance. Essentiellement, le Néo-iïellé-* nisme paraît être le regret de la civilisation grecque païenne, et le désir d'oublier le christianisme et des mœurs qu'on peut bien dire contradictoires pour retournei'à la simple nature. Au fond, ce rêve exprime tout un idéal d'existence — l'idéal d'une existence de lumière et d'amour où Tàme, oublieuse des vaines mélancolies chrétiennes, ne penserait plus qu'obéir à la nature constituât une impureté et une chute. L'idée de péché absente, dans le soleil et dans la liberté, vierge de toutes lois humaines, l'âme s'épanouirait en une glorieuse Heur de vie. « On reconnail, dira M. Lemailre, à quel point celle fantaisie est aristocratique, combien peu de personnes en sont capables et comme elle est belle et bienfaisante (1). » Mais on reconnaît aussi que celle aspiration vers la lumière sousentend un aveu de faiblesse, car pour regretter ainsi, par delà les siècles vécus, réi)oqueet le peuple et la cité qui, dans l'histoire universelle, eut la con-

1, Les Contemporains, tome I.

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ceplion de Fart la plus arislocralique, il faut que notre vie moderne et noire démocratisme bourgeois et nos cités de fer soient vraiment intolérables à quelques-uns.

Or, à mesure que le siècle s'enfonce dans ce pessimisme lugubre que prédisait Michelet, il semble qu'ils deviennent, d'année en année, plus nombreux ceux qui rêvent ce rêve de vie : Gustave Flaubert garde au fond de ses yeux voilés par l'agonie, la tristesse dernière de n'avoir pu le décrire dans la splendeur de sa prose (1) et, sur le sommet de l'Acropole, devant la large mer flottante sous le soleil xM. Ernest Renan lui-même trouve des paroles de prière: «0 Déesse aux yeux bleus, etc». On est convenu de voir en Madame Juliette Adam la Madame de Staël de ce nouveau romantisme. Son œuvre, son œuvre romanesque bien entendu — des W'cils d'une Paymnnc à Païenne est un long et magnifique Lymne à la vie, à la beauté, à la lumière. Cette correspondance de la païenne Mélissandre est, comme elle l'a dit exactement, « un psaume d'amour à la fois mystique et sensuel » ; elle magnifîe,avec des paroles d^'extase, le grand amour des êtres et la beauté humaine. « Célébrant, ditelle, la grande vie païenne de la nature qui consiste à fleurir av^c les fleurs, à chanter avec les oiseaux, à sourdre avec les sources, «c'est-à-dire en style précis, à suivre son instinct. Mêmes aspirations chez 1^

1. Voii-j sur ce point, l'étude de M. Guy de Maupassant en lêle des Lettres de Flaubert à G orge Santl. :2. Paie«>!C, par Madame Juliette Aduni.

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philosophcpoétiquement sceptique d'Anatole France, chez le délicat et séduisant épicurien Al. Fouquier, chez le funambulesque et prestigieux poète M. de Banville et chez tant d'autres. Des esprits sévères, comme M. Taine, s'exaltent à parler de la vie grecque, — des esprits critiques et rieurs comme M. Cherbuliez, deviennent soudain sérieux et trouvent des phrases d'ode pour décrire le cheval de Phidias. Puis, des esprits pensifs éludient toute leur vie la littérature ou l'art, ou la philosophie grecque, MM. ll-ivet, Renan, Leconte de Lisle, etc. Enfin, n'est-ce pas la Grèce qui a inspiré, à M. Gounod, celte Sapho qui tomba en 1851, pour être acclamée en 1884? Lorsque Madame Gabrielle Krauss, la grande tragédienne lyrique de notre époque, déclamait, droite dans son blanc péplos, les adieux à la patrie et les stances : (f ma lyre iinmortelle ! eWe était comme l'incarnation de la Beauté. C'est la Grèce encore qui inspirait les accents désespérés des Ery unies et tant de peintures contemporaines, depuis la Mort d Andromaque jw^qu'à la Bataille de Salamine.

Ainsi le Néo-Hellénisme est moins un dogme qu'un rêve, et moins un rêve qu'une fantaisie d'artiste, — C'est pourquoi la caractérisation en est malaisée et toujours incomplète. LeNéo-Hellénisme de M. Renan par exemple, n'est pas du tout celui de ]\I. Taine: pourtant, on remarque quelques points communs. Je voudrais les étudier en les recherchant plus particulièrement dans l'œuvre de M. Lemaitre. Ce sont : le dédain du Christianisme, le féminisme (dans un

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sens à préciser; et le Diletlaulisme de pensée. Je l'ai (lit, ce retour à reurythinie grecque exprime nos angoisses et nos difficultés de vie. Or, notre civilisalion moderne, avec ses mœurs de mensonge et ses incurables plaies, dépendant du Christianisme, il ne laisse pas que d'être assez naturel qu'elle soit méprisée par ceux à qui la société est devenue vraiment intolérable. Sur ce point. Madame Adam affirme: a Xon, je n'ai pas de croyances chrétiennes, pas une ! Et voulez-vous mon opinion tout entière? l'ennemie irréconciliable du Christianisme devrait être la femme? (1) » Plus nuancé et malgré ses habituelles réticences, M. Lemaitre dira pourtant: « M. Feuillet est chrétien, il est bien pensant, ce qui est une manière de ne pas penser du tout (2). » Ailleurs, ce serontà l'occasion, de brèves mais infiniment cruelles remarques: 11 parlera, de ce «désagréable Calvin»; de ces protestants « hauts en col » ; ou remarquera « qu'il y avait de singulières ressemblances entre réducation que l'Église imposait aux enfants, particulièrement aux filles, et celle qu'Arnolphe avait imaginée pour abrutir Agnès. » Enfin, très sincèrement, dans ce merveilleux journal du martyr Sérénus qui renferme tant de notre âme, M. Lemaitre a cherché la ou les causes de cette répulsion. 11 dira en une page incomparable : « J'admirais de bon cœur les croyants, mais je ne croyais pas. J'avais

1. iMadatne Juliette Adam, Jean el Pascal. i. Les Cortt''mporains, tome III.

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uniquement gardé de mon éducation philosophique, cette conviction, en dépit d'obscurités ou d'exceptions apparentes, que tout se passe dans ce monde selon des lois nécessaires et immuables, et qu'il n'y a pas de merveilleux particulier. Une révélation directe de Dieu à un moment donné de l'histoire, le passage d'un Dieu, sur la terre et tous les dogmes de la religion nouvelle, trouvaient, dans ma raison, une invincible résistance qui, jusqu'à l'heure où j'écris,., n'a pas été ébranlée.

« J'avouerai d'autres répugnances que j'éprouvais par instants. L'idée que mes nouveaux frères avaient de ce monde et de cette vie, heurtait en moi je ne sais quel sentiment de nature. Je reconnais l'impertinence d'une telle contradiction; mais, malgré moo pessimisme persistant, il me déplaisait que des hommes méprisassent si fort la seule vie, après tout, dont nous soj/ons assurés. Puis, je les trouvais par trop simples, fermés aux impressions artistiques, homes, inélégants (1). »

Telle est la première cause : « le sentiment chrétien répugne à la beauté artistique, comme à quelque chose qui tient trop à la matière et dont la séduction a je ne sais quoi de païen et de diabolique « (2). Il est malheureusement certain qu'au sens littéral le Christianisme déclarerait bien ainsi que je Tai lu en un recueil de réflexions piélistes que « dans le royaume du Christ, l'art n'est et ne sera jamais que

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