‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 33 sur 129 · Tarlavin sur les Alpns, de M. A. Daudet · texte numérisé non relu

Tarlavin sur les Alpns, de M. A. Daudet

d'Amaurys, tant de Ryons et tant de Lebonnards' poiîr beaucoup les livres ont fait tout le mal et c'est parce que nous avons trop aimés les poètes — ces gens (le Tarascon, — que nous pleurons aujourd'hui la mort d'une espérance.

Tout de léle donc et sensuel avec perversité, l'amour, tel que l'entend M. Lemailre, pourrait presque étredéfinl par Chamfort, «l'échange de deux fantaisies, le contact de deux épidermes » Sentimentalisme, sensibilité, laissez cela aux gralteurs de mandolines ! Et l'on comprendra mieux cet amour d'amusement si l'on s'avise de le rapprocher d'une œuvre toute de sentiment, de VArUsienne de M. Daudet, par exemple, de cette [lièce où l'on aime tant et si tendrement, depuis la torturante passioîi de Frédéric pour cette fille d'Arles jusqu'à cet amour du vieux berger qui s'est tu quarante années. Oh ! comme elles sont tristes ces âmes malades d'aimer, perdues en leur impossible rêve — et c'est le meilleur de leur vie qui s"en ira dans leur amour. Comme on soupçonne M. Lemaitre d'avoir choisi la bonne part, celle aussi qui ne lui sera point ôlée! Son rêve, c'est « un rien de libertinage à la française avec un peu de rêve (1) » .

Et, de drame moral infiniment angoisseux, de mystère et de problème social, l'amour deviendra, pour lui, un amusement, un passe-temps, tout au plus une commodité de vivre. Le malheur est que,

l. Les Contemporains, terne III.

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pour celte vie — la seule supportable, je crois, — il faiil.certain tempérament et qu'il sera toujours des Frédéric chez qui le cœur s'aiïolera en rêvant d'une Arlésienne entrevue, un soir de fête, en pleine farandole. Heureux ceux qui ont iecoMir mort — car ils pourront vivre. Les autres seront les victimes, le grenier sera toujours là et, un soir des nuits d'été, lors(iu'iI entendra la galopade et qu'il saura qu'un autre enlève celle dont il a trop rêvé, alors ce sera la tin, il se brisera le crâne sur les dalles de la cour, malgré sa mère, malgn; tout — car ce qu'il fallait à ce pauvre cœur d'homme..: c'était son amour !

L'esprit qui adore des dieux peiTeciibies, pour le plaisir de les adorer et sans y croire bien sci'ieusement, considère, de plus en plus, la vie comme une illusion tour à tour charmante, tragi(jne, banale, curieuse, comme « un spectacle que Dieu, ce grand chorège, se donne à lui-même », selon la formule <îéléhre de M. Renan. Il sera le Dilettante aux yeux indilTérenls et las. Indifférent, parce qu'ayant beau- ■coup lu, beaucoup observé, beaucoup vécu, ayant peut-être, comme Sainte-Beuve, fait le tour des choses de la vie, il en est arrivé à comprendre, c'està-dire à excuser, la vanité de tout — mais il est encore las et triste d'une tristesse douce, parce qu'il a découvert qu'il était « impossible de descendre à « certaines profondeurs dans l'étude des hommes, « sans que le rire devienne amer ou s'éteigne peu à « peu, soit dans un sentiment d'effroi, soit dans une

IO(t LA CRITIQUE rRANf-AISK.

« pensée sérieuse on compatissante (1). » il rappellera ces Latius de la Décadence, pleins de science et de douceur qui, de système en système, en étaient arrivés au scepticisme total. Dans leur dernière et inutile curiosité, ils jouissaient infiniment des beautés de la vie. Dans la Rome dos Catons, ils promenaient leurstoges aux lacticlaves purpurins, écoutant au forum des harangues aux périodes harmonieuses, ayant même regard pour les Vestales et pour les hétaïres, car ils étaient de ceux qui ne demandaient aux femmes que delre jeunes, que d'être belles et que d'avoir le sourire aux lèvres. Enfin, parfois, ils prévoyaient, qu'un jour, plus tard, les barbares rompraient la chaîne de l'empire et qu'alors ce serait la fin de la fête ; mais cette pensée même ne les troublait guère, car ce serait dans tant d'années I et qu'importait,puisqu'ils n'y seraient plus.

Voilà, précisément ce qucM. Lemaitre me parait. Avec son Sêrénus, il en est arrivé à uq scepticisme indulgent, curieux de tout et, d'après lui « celui qui « est curieux de tout est, par là même, un esprit « tempéré et maître de soi » .

Mais, peu à peu, il s'est désintéressé des grands problèmes littéraires ou psychologiques toujours plus ou moins passionnés. Et, c'est ainsi que le critique du Théâtre de Dancotirt, des Contemporains, est devenu Témerveillant chroniqueur que l'on sait, écrivant à la Uevue Bleue, à propos de livres morts-

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