‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 35 sur 129 · L s Contemporains, tome II · texte numérisé non relu

L s Contemporains, tome II

Comme il STlTorce de comprendre les personnalités en apparence les plus anlilliéliques, il ne réussit pas toujours, mais il réussit souvent et ailleurs, sMl blâme, c'est avec réticences, — craignant d"être dupe et ayant souvent horieur de Tatlirmation, des discours à la Roumestan, Don Juan de la Critique, il murmure à l'oreille de Racine : «Je vous adore », et se tournant vers M. Iluysm.ans, il ajoute bien vite: « Je suis tout à vous » ; puis, revenant à Dancourt : « Tous les ouvrages sont laids auprès du vôtre », enfin, à Pierre Lo.i : « On ne peut plus souffrir les « autres quand on vous a lu. »

On 1 ' devine, son rêve serait de tout comprendre, pourquoi faut-il qu'une éducation inintelligente l'en prive? Mais lorsqu'il a sa liberté de pensée, comme il sait jouir, en sa suprême curiosité, de tout le passé et de tout le présent. Comme Don Juan allait à toutes les femmes dont les yeux avaient pour lui de mystérieuses attirances, M. Lemaitre cherche ce qui le séduit dans les époques passées ou contemporaines: il ressuscite la galerie des femmee mortes et, dans un rêve charmeur, il les fait défiler, rieuses ou tristes, blondes ou brunes, en une apothéose de poésie ayant pour toutes des mots de bienveillance; il oublie les écoles, les sectes, il écoule parler son cœur, il se laisse guider par lui, et sa critique aura beau paraître nulle aux dogmatisles modernes, à ces disciples d'un Aristolo quelconque qui pointent d'avance les œuvres à déchirer, elle plaira toujours à ceux qui lisent naïvement, ignorants du classi-

M. Jl l.i:S LKMAITIU:. 10»

cisme, ignorants du romantisme mais aimant la douceur des vers de Phèdre et délestant l'emphase de ceux (VHernani, à moins que ce ne soit le contraire, ce qui, pour le cas, revient au même, car pour ces deux classes d'esprit, la critique est non pas affaire d'école mais affaire d(3 senlimenl.

Ce Néo-hellénisme ne doit point être confondu avec le scepticisme philosophique dont Soherer est un exemple notoire ou avec le cosmopolitisme de pensée que représente M. Bourget. 11 n'a ni Paustérilé, ni la valeur intellectuelle de l'un, ni le pessimisme, ni la faihiesse décourageante de l'autre. Au fond, ce sont trois formes de la doctrine de l'absolue relativité, de l'absolue vanité de tout; mais tandis que Scherer reste grave devant celte grave découverle, poursuivant logiquement ses spéculations dans le seul domaine de l'intellectuel, tandis que M. Bourget se désole et pleure sur ses découvertes, tandis qu'il déplore rinulililé de l'effort et Tinanité du but, M. Lemaitre accepte la vie en épicurien désireux de vivre des réalités heureuses, se disant sans doute, qu'il est plus agréable déjouer les Don Juan que les Don Quichotte, dans la grande comédie de la vie. Oh ! oui, jouer les Don Juan, tel est bien le révo de M. Lemaitre. A"a-t-il pas dit : qu'il lui semblait € que nous mettons ordinairement un peu de nous « clans l'idée que nous nous faisons de Don Juan?» Ailleurs : « que, au fond, le rêve endormi dans

« quelque repli secret du cœur chez moi-même et « chez beaucoup d'autres, notre rêve inavoué, désa- « voué même souvent par nos habitudes et notre « allure, c'est le rêve de Don Juan ». Ailleurs encore : « Eq somme, il y a trois vies dignes d'être « vécues : la vie du saint, la vie du poète et la vie « de l'homme qui dompte et qui asservit toutes les .( femmes qui se trouvent sur son chemin (Riche- « lieu ou Don Juan). Celte destinée n'est pas la « moins glorieuse ni la moins enviable. A certains « moments, le conquérant ou le grand poète donne- « rait tout son génie pour l'amour d'une femme. A « ces moments là, celui qui les a toutes ferait envie « à Molière, même à César» (1). C'est pourquoi je ne saurais mieux synthétiser ces notes sur le Néohellénisme qu'en essayant de caractériser ce Don Juan, tel qu'il apparaît dans Tirso de xMolina, dans Molière, dans Mozart, dans Byron et dans Lenau.

Le drame de Tirso de Molina (2) où de très romanesques aventures se déroulent en de changeants décors de palais napolitains, de côte aragonaise, de rues sévillanes, évoque un seigneur très jeune, grand coureur d'aventures, ne perdant guère son temps à philosopher. Poursuivi par le roi de Naples, avec

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