Dun Juan de Lord Byiou, chant i
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Suite d'improvisations, celte œuvre multiple et lassante deviendra le récit dégagé, satirique, émerveillant, ennuyeux des bonnes fortunes banales, poétiques, curieusement amusantes d'un page très beau et très fêté des femmes. Il n'a pas d'au delà philosophique, c'est, comme un conte de Boccaceprodigieusement long. Et, s'il ne dit rien de l'àme de Don Juan, il fixe au moins sa figure humaine. La voici; il entre dans la salle du trône : habit écarlate, revers noirs, chapeau emplumaché à trois cornes, culotte de Casimir jaune, épée au côté et jeunesse aux lèvres ; — c'est Don Juan, c'est l'Amour : « son bandeau s'abaissant a formé une cravate, ses ailes se sont repliées à la dimension d'épaulettes,. son carquois diminuant de volume est devenu un fourreau, ses flèches transformées en une petite épée ont gardé leur pointe acérée. «
Le poème de Lenau, bien au contraire, est, avant tout, philosophique ; mais son Don Juan n'est pas l'éternel, l'immortel Don Juan; c'est le Don Juan de 1830 (1), c'est l'amant délirant, désespéré, blasphémateur et fatal du drame romantique supérieurement évoqué en des vers colorés et musicaux, dont ou « peut aspirer la philosophie et la mélancolie comme une belette aspire un œuf» pour parler avec le Jacques de Comme il vous plaira.
Comment conçoit-il l'amour ? « La passion est
i. Je dis 1830 pour mieux caractériser ma pensée, sans oublierque Lenau écrivit sou poème eu 1844.
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sauvage, délirante ; elle a soif d'éternité ; on ne la mesure pas aux jours, aux années; un instant peut contenir tout l'avenir. » Comment explique-t-il la folie de son existence? « 11 me vient parfois d'étranges fureurs, alors il me semble que, s'agite dans mes veines, un esprit banni d'une terre supérieure — un esprit errant, captif dans mon sang. C'est cet esprit qui me donne une soif inextinguible et qui, pour mon malheur, m'emporte de femme en femme. » Enfin, quel est le but de sa vie? Lenau, interprétant sa pensée, nous dira « qu'il désire trouver une femme incarnant toutes les femmes. » Ce langage, ces pensées, ces sentiments; mots sonores, exagérations, puérils enthousiasmes, rêves enfantins, tout cela n'est-il pas daté? Ce Don Juan est frère d'Hernani, contemporain de .Manfred; il pense comme Chateaubriand; il a des phrases à l'Alfred de Musset. Ses rêves sont au-dessus de la réalité; il réfléchit trop, il analyse trop pour ne pas s'en apercevoir et pour ne pas soulTrir, un jour, du mal du siècle. Il a beau être le joyeux farceur introduisant dans un couvent de moines, un escadron de jeunes filles en travesti ou le déguisé charmant que la duchesse Isabelle prendra pour fiancé. Sa gaité vécue — elle le sera vite — il se lamentera, il s'emportera en des déclamations désespérées: « Ah! la vie, l'écrasante vie m'emprisonne douloureusement.» — «Peut-être, un éclair méprisé de moi a-t-il atteint, a-t-il tué ma puissance d'aimer et la terre m'est apparue aussitôt déserte et noire de ténèbres —ou bien, peut-être, ma
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puissance d'aimer est-elle épuisée ? « et ailleurs : « La forêt toujours reverdissante doit vivre et les oiseaux qui s'aiment dans les feuillées, et le ruisseau où viennent boire les gazelles, et la mousse où s'étend la gazelle en la saison d'amour... oui, tous doivent vivre, doivent aimer, doivent être heureux, mais pour moi, aucune verdure nouvelle ne croîtra jamais plus. » N'est-ce pas le cas de répéter avec lui : « Il est mort le Don Juanjoyeux et c'est le triste Don Juan qui a hérité de lui. »
A peine impie et, pour mieux dire, sceptique, il a des phrases moqueuses mais de bon ton en lisant l'apologétique et croyante inscription au socle de la statue du commandeur. Mais enfin, sa liberté de pensée bien qu'affirmée n'est point dangereuse, puisque son désir redit à maintes reprises, serait la purification : « Je voudrais, pour me délivrer du souvenir des jours anciens, chasser l'océan à travers mon âme; je la jetterais volontiers dans le cratère du Vésuve pour la purifier dans le feu. » N'est-ce point celte même idée de purification qui inspira à Victor Hugo les dernières scènes du cinquième acte de Marion Delonne, tout Lucrèce Borgia, et à tant d'autres, une foule de drames d'une morale hasardeuse?
Enfin, naturellement, c'est toujours l'être dont les yeux sont si beaux, dont la voix parle si bien au cœur, auquel nulle ne saurait résister et qu'après l'amour, nulle ne saurait oublier. Elles le saventbien. les pauvres, les douces âmes qui passent souriantes, aimées puis bientôt au désespoir, tendant les bras,
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la bouche tordue, aveugles d'avoir trop pleuré : la comtesse Maria, la masquée du bal, Clara, Anna, la Duchesse Isabelle... oui, toutes, jusqu'à celte heure suprême où conduites par le fils du commandeur Don Pedro, elles viennent, pour leurvengeance, avec leurs enfants. Soudain, voici une amie des jours vécus, une oubliée : Constance. Et, en revoyant ce Don Juan qu'elle a tant aimé, puis tant haï — toute sa haine est passée : « Ah I Don Juan, tu es toujours le plus beau des hommes. Oh, je peux te contempler encore une fois, je peux te comparer à mon enfant. Il est le plus beau souvenir de la plus belle heure de ma vie. » Aussi, comme il savait, — je dis il savait, car il se fait tuer par tristesse, par ennui : « La vie m'ennuie ! » — comme il savait galamment traduire la gaie science : « Les roses doivent trembler, les roses doivent pâlir et, flétris, les pétales doivent tomber des rosiers lorsque vous en approchez, madame, vous la plus belle. En vous voyant, la nature s'étonne de ce qu'elle a fait. Après avoir créé cette divine image, comment peut-elle concevoir encore la vulgarité? Comment la main créatrice, jalouse d'elle-même, sème-t-elle encore des fleurs et des feuilles? (1)»
Ainsi, inconscient et franc mauvais sujet chez Tirso de IMolina, diplomate et délicieusement sceptique chez Molière, comédien etjoyeux grand seigneur chez Mozart; puis de nouveau inconscient et naturel