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lion Juan de Lenau, poème dramatique, scène x

118 LA CRITIQUE IRAXÇAISE.

chez Byron; enfin, romantique et pessimiste chez Lenau — Don Juan reste éternellement beau, éternellement jeune. Il est toujours l'être inciteur, l'inoubliable et irrésistible amant.

Mais Don Juan serait-il mort? Gomment pourrait-il mourir tant que les rosiers fleuriront des roses, tant que les femmes auront vingt ans, tant qu'il sera des nuits d^été où les brises, les parfums, les étoiles sont comme des invitations à l'amour. Or, qu'est-il devenu? Quelle est son actuelle métamorphose? Serait-ce le séducteur qui s'en va finir sur les bancs d^une cour d'assises? Serait-ce l'habilué du Foyer de la danse ou de la Maison Dorée avec sa distinction de gravure de modes ? iNon, le Don Juan moderne, c'est Ryons; ce n'est plus l'amant, c'esl Vami des femmes. 11 assiste comme « spectateur à la comédie de l'amour, il voit de près les trucs, les machines, les changements à vue. » « Il se rend compte des causes, des contradictions, des incohérences, du va et vient fantasmagorique du cœur de la femme; il donne des avis; il essuie les larmes; il raccommode les amants »et, surtout, il prend des notes, il observe, il analyse, il a la curiosité des cœurs. C'est un confesseur mondain à l'usage de ceux qui aiment, et, en cela, il est bien le Don Juan d'une race anémiée, d'une société sceptique et compliquée. « Ne sachant plus guère que croire, il n'est ni bon ni mauvais — plutôt bon quand l'occasion se présente» (1), etl'oc-

1. L'Ami des femmes, d'Alexandre Dumas fil?, acte I, scène v.

M. JILKS LEMAITIU:. 119

casion s'est présentée de sauver Jane de Simerose, de consoler iMademoiselle Hackendorf, de guérir Balbine Lcverdet comm^ de jouer supéiiourement Montègre et Simerose. Mais en les regardant s'agiter, ces passionnés et ces intrigants, il se dit sans doute, en son indulgence un peu vaniteuse, car il comprend trop pour ne pas excuser beaucoup et il comprend trop bien pour ne s'en pas savoir quelque peu gré : — Ils vivent, ils souffrent, ils aiment ; moi j'examine, je m'intéresse, je réfléchis. Ils sont des naïfs, ils croient à leurs passions, à leurs désirs; ils se prennent encore au sérieux ; moi, j'ai dépouillé le vieil homme, je connais les causes, et je ne ui'élonne plus de rien. Pour eux, la vie est un drame, elle n'est plus, pour moi, qu'une comédie, — C'est ainsi qu'il parlerait et si Madame de Simerose le reprenait : — Soyez donc sérieux — il répondrait avec son aristocratique ironie : — il y a donc des choses sérieuses?

Mais je m'arrête, persuadé déjà que M. Lemaitre jugera que j'ai dit mon rêve, alors que je ne songeais qu'à une étude tout objective.

Genève, avril 18S7. — Ileidelberg, juillel iSSi).

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