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tons ceux dont ils fausseront l'esprit, il lui vient une ■aiïreuse douleur. Quoi, y aura-t-il encore plus de perdus ? encore pJus qui oublieront que le sang du Christ a été répandu pour eux? et sa vie inharmonieuse où tout est sacrifié à la pensée, le maladif état de son système nerveux le portant à s'exagérer l'influence de ces livres et la dépravation des ('si)rits, il en arrivera à se représenter la société comme marchant à sa ruine, comme perdue de vices, comme oublieuse des seules immortelles vérités. Et pourtant ces hommes qui ont pensé ces livres mauvais, ceux qui les lisent — ils sont-ses frères I Pour eux, ■comrne pour lui, le Christ a souffert Golgotha. Son <levoir donc, c'est de dénoncer ces livres, de les ■combattre, de les discuter. Avec de l'indignation et «ne tristesse infinie, il se mettra à écrire: charmer, amuser, analyser objectivement, il n'y songe pas. Sa tâche est plus imporlaule : il a à racheter des âmes <]e l'éternelle damnation, il combat la bonne cause, celle du sanglant Ressuscité. Il dira « l'imagination de xM. Soumet nous a bouleversé»; il comparera <îeorge Sand à un fléau de Dieu ; devant ses oeuvres « la terreur et Tindignalion même avouées ne lui suffisent plus. » Ailleurs, il demandera comment des femmes peuvent soutenir, sous les yeux des hommes, certains traits de Lucrèce Borgia et il assimilera Alexandre Dumas père à un bandit courant les rues €t frappant les passants d'un poignard.
Qu'arrivera-t-il nécessairement? Qu'en jugeant ainsi, au point de vue chrétien, et rien qu'à ce point
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do vue, il s'illusionnera vite sur la valeur des ouvrages et tiendra surtout compte des intentions. Parcourant quelques-uns de ses articles, on s'aperçoit qu il a prononcé d'ineptes paroles sur Voltaire; qu'il a écrit sans hésitation « que la lecture des romans de George Sand est un divertissement frivole, funeste et très souvent coupable » ; que la Chùle d'an Ange de Lamartine « est tout simplement de l'atroce, » et qu'il n'a enfin que des phrases d'une inutile sévérité pour Lucrèce Borgia, Angele, Jûcelijn, Proinéthâ'. (d'Edgar Quinet;. Par contre, il accorda de très grands éloges aux Enfants d'Edouard, de Casimir Delavigne, « rameau détaché de la forêt de Shakespeare » ; aux Machabées, tragédie d'Alexandre Guiraud ; aux romans du même : Virginie et même le Comte Julien « qui a des beautés mais où l'âme ne sait où s'attacher. » 11 loua encore, naturellement, Llysse, de Pierre Lebrun, les Glanures d'Esope, de J.-J. Porchat, les Deux Voi\, de Juste et Caroline Olivier, les Poésies Chrétiennes, de Frédéric Chavannes et d'autres œuvres aussi bien oubliées (1; . Toutefois, s'il tenait du protestantisme une puritaine rigueur, il en tenait aussi une charité toujours excusante. De là, le style et la pensée de ces articles. Car on remarquera que les sévères jugements rapportés ont été énoncé en des études de ton modéré, | indulgent, cherchant l'excuse, évitant les mots durs.
1, Voir Etudes sur la Litléraliire Française du dix-neuvième ècle, 3 vol. Piiris, 1851.
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pleines de relouches, d'atcrmoîments, d'hésitations, trop abstraites pour être blessantes, trop tristement bienveillantes pour devenir satiriques — en des études charitables. La critique de Vinet restera infiniment sévère dans sa pardonnante charité. Enfin Scherer l'a dit excellemment « l'intention dernière de tous les écrits de Vinet est une intention de prosélytisme. » Ainsi, signalant à propos des Pensées (VAoàt de Sainte-Beuve, l'introduction de l'esprit d'analyse il ne cherche pas ce « qu'a de favorable ou de contraire à la poésie, à l'art en général, cette aptitude », mais il entrevoit et signale « ce qu'elle a de nuisible aux grands intérêts de l'àmc. » Ailleurs, il a de saintes indignations pour ces vers d'amour où la femme est priée comme une sainte; il croit découvrir « que cette apothéose du beau sexe révèle un certain mépris. » Enfin, à propos d'un poème, le Cloilre de ViUemartin d'Alexandre Guiraud, il ne craint pas de discuter avec les habituels arguments de la tliéologie protestante, le culte de Marie. Restant bien le prêtre que nous savons jusque dans ses sévérités envers la femme, envers l'amour ; jusque dans son incapacité de comprendre que sa théologie aura toujours raison mais que le culte de la Vierge n'en restera pas moins d'une divine et consolante poésie pour les âmes travaillées et chargées. Aussi longtemps quil y aura ici-bas, des cœurs de femme en souffrance : mères, épouses, veuves, fiancées, jeunes filles; aussi longtemps sera priée la Vierge, qu'elle ait nom Pallas, Minerve ou Marie — et lou-
jours les fleurs seront renouvelées sur l'autel., Par sa méthode, par son protestantisme, par sa sévérité» la critique de Vinet nous est devenue étrangère comn^e aussi par certaines habitudes de diction. Il convient pourtant d'ajouter que lorsque Vinet quitte le domaine de la littérature contemporaine, il écrit sur le dix-septième siècle français des pages d'une valeur très achevée, se trouvant sans doute, en relative communion d'esprit; mais c'est toujours le prédicateur qui parle — non toujours désagréablement, il est vrai, — comme dans ces trop rares passages où son àme indignée, endolorie, s'emporte en des phrases d'excommunication ou s'agenouille avec des prières d'adorante extase : « Passez, torrent des iniquités humaines ; allez avec le sang des nations, avec les larmes des innocents; allez avec les cris de vos victimes et le bruit de vos fureurs vous perdre dans l'océan limpide et à jamais paisible de l'Essence divine. » — Ou bien : « Oui, chaque siècle te frappe^ ô Christ 1 mais c'est la manière de celui-ci, il le frappe en saluant; il ne se donne plus la peine de haïr: il, n'en a pas la force; il n'en trouve pas le sujet (1). » Ainsi la véritable intelligence du protestant Vinet s'est manifestée en ce qu'il comprit que les nouvelles idées ; les nouveaux modes de vivre matérialistes, pessimistes et sceptiques, répandus dans tous les milieux parla littérature, étaient absolument contraires à l'établissement définitif du christianisme. Mais-