‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 42 sur 129 · I.A CRITIQUE MORALISTi · texte numérisé non relu

I.A CRITIQUE MORALISTi

Vinet ne fat pas le seul à percevoir celte vérité, tandis qu'il fat un des seuls croyants qui, l'ayant perçue, comprirent encore qu'analhémaliser ou mettre au pilori cette littérature nouvelle, c'était, comme disait Don Quichotte, « vouloir mettre des portes à l'espace » et qu'il fallail, bien au contraire, la discuter sans trop apparente colère pour la condamner sans trop apparente injustice.

Enfin, il résulte manifestement de ce qui précède que Viiiet, par réaction, est une conséquence logique de la philosophie française du dix-huitième siècle. Or ce mouvement inauguré voici tantôt trois quarts de siècle, lent d'abord à pénétrer en France, puis repris, continué par des esprits de plus ou moins de talent, est, à cette heure, en plein succès. Quelle est son influence sur la littérature contemporaine? — A-t-il hàlé ou, tout au moins, aidé celte renaissance de l'idéalisme qui parait succéder au matérialisme d'il y a dix ans? — Prépare-t-il ce réveil religieux auquel tant d'intelligences distinguées paraissent croire? — Mais ces questions sont trop délicates et, surtout, trop immédiatement contemporaines pour qu'il soit possible d'y donner aucune réponse.

S'il est possible, surtout depuis le développement de l'école analytique de M. Taine, que la critique moraliste soit actuellement sans influence discer-

nable sur les artistes, au contraiie, sur la haute société française très attachée aux anciennes traditions de religion, de gloire et sur la bourgeoisie moderne tant de France que de Suisse romande, très défiante des idées nouvelles et très craintive de tout ce qui tend à saper les opinions des pères — son succès et son influence sont considérables. Les critiques moralistes ont, pour la plupart, la confiance du public; les revues spéciales où ils écrivent sont de fondation reculée, comme le Correspondant, comme la Bibliothèque universelle ; elles vivent sans succès bruyant, mais avec l'avenir assuré, certaines même en cas de déficit, d'être secourues comme institutions d'intérêt social, — ainsi le Monde catholique, ainsi la Revue chrétienne. L'on a peine à comprendre toute leur influence. Je sais telle douairière catholique, femme d'esprit et femme lettrée, qui croit ce qu'écrit M. de Pontmartin, comme parole d'Évangile, et je n'étonnerai personne en disant quelle cause de succès, de vente a été pour tel, ou tel, un article de j\L de Pressensé. Eufin, avec des esprits supérieurs comme Scherer, Car'o, Bersot, MM. de Vogue, d'Haussonviile et d'autres, cette méthode a trouvé bon accueil dans la grande presse parisienne : la Revue des Deux- M ondes, le Temps, les Débats. Ils sont légion les écrivains professant cette doctrine : ce sera au point de vue étroitement catholique M. de Pontmartin, bientôt centenaire et toujours au travail, causeur agréable bien que'itrès étroit de principes; M. Edmond Biré, l'aristarque de Victor

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