Gœlw el Diderot (l'dilioa Deiiln), p. lo
2. Voir des cousiiléralious seuiblibles : Gesammelte Aufsdlze, herausgcgcbca vou G. t'reylag, tome II, p. i9 el suiv.
144 LA CUITIOUE FRANÇAIS!:.
Mais rêveur de tempérament et médiocre observateur de la réalité, d'Aurevilly n'est jauiais tombé dans le matérialisme de style que suppose cette habitude de penser. Comme il a beaucoup lu et que son imagination, cette incessante fabrique de métaphores
— est bien vivante, tout lui suggère des réminiscences. De la réalité, il s'envole au rêve. Son errance, un soir de brume, dans la lande du Cotentin, avec un seul paysan, lui rappelle « les ombres que Dante dut voir dans les limbes de son purgatoire (1; ». Et, dans les Ménwranda, je relève ce passage : « Il y avait une sœur qui montait, — une jatte dans les mains, sa robe blanche relevée, — ces pans d'escaliers où la lumière tombe par nappe sur les marches.
— Elle avait Vair de monter vers Dieu, h-s mains toutes pleines de bonnes œuvres ! » Enfin, comme il est très délicatement artiste, il n'épuise jamais ses métaphores, esquissant ses visions à larges coups de pinceau.
Un de ses procédés est encore de recréer, pour ainsi dire, une expression proverbiale ou banale : « Dans ce chien et ce loup d'un soir d'hiver, mais où il y avait encore plus de chien que de loup. » — « Cette critique qui ménage également la chèvre et le chou dramatiques. Le chou, parce qu'il est gras ou peut le devenir, et la chèvre, parce qu'elle est jolie. » Ainsi, avec des mots nombreux, colorés et précis,, artistiquement accouplés, avec d'incessantes associa-
i L'Ensorcelée (éditioa Lemerre). p. 33.
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lions d'idées et de souvenirs, d'Aurevilly écrit des phrases poétiques, splendides de couleur et de sonoiilé, rhytlimées sur le rhylhine de réioquence.
En effet, une nature de la vaillance de la sienne, n'aurait pu s'astreindre à parler la prose classique de Flaubert. Il fallait, à ce paladin moderne, une langue plus passionnée et moins sereine. Et ses phrases longues, coupées d'interjections, aux constructions hasardeuses, aux dissonnances voulues, difficiles souvent à la lecture des yeux, écrites, on le devine, pour la voix et pour le geste, se déroulent Irémissantes et apostrophantes — comme une page (le Mirabeau : « Youlez-vous, dira-t-il de sa voix indignée, que je vous les montre de mes deux index, — le droit et le gauche, — ces effacés que j'appelle hardiment les importants dudix-neuvième siècle (1)?» Ce vocabulaire complet, ce style Imaginatif, cette prédominance de la rêverie, cette éloquence prophétique et invectivante, nous révèlent une âme de poète, dédaigneuse de l'observation réaliste, élonnainment énergique que nous confirmera sa conception de la critique.
« La critique, écrit d'Aurevilly, a, pour blason, la rroix, la balance et le glaive (i). » C'est dire, en style précis, qu'elle sera catholique, qu'elle jugera et qu'elle exécutera. Ainsi, comme il l'a proclamé encore : « Le critique sera le juge intellectuel de ce