‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 46 sur 129 · Les Ridicules du Temps léditioa RouTeyre), les Effacés · texte numérisé non relu

Les Ridicules du Temps léditioa RouTeyre), les Effacés

2. Les Critiques ou les Juges jugés (édition Frinzine), p. 12.

lie LA CniTIQUE FRANÇAISE.

« qui fait la beauté ou la laideur des œuvres « humaines. » Mais, à l'inverse de Boileau, le code d'après lequel il édictera ses arrêts ne sera pas un type de beauté idéale proposé par l'éducation ou par telle doctrine littéraire, ce sera la morale et l'esthétique acceptées de l'Eglise catholique. De cette manière, une préoccupation morale se mêle aux préoccupations exclusivement littéraires, ainsi que dans toute une partie de l'œuvre de Scherer. Or, à la conscience de ceux qui trouvent en les œuvres littéraires des causes de perfectionnement ou d'avilissement, toute question d'exécnlion ou de doctrine littéraire doit nécessairement s'effacer. En effet, que sont les discussions d'école comparées à l'épiscopat que le critique doit exercer? Telle œuvre est-elle d'influence bienfaisante? C'est assez pour qu'il en taise les faiblesses. Telle autre, va-t-elle, au contraire, à rencontre d'un dogme? est-elle malsaine à la santé publique? La juger et la condamner devient la tâche et le devoir du critique. C'est alors que d'Aurevilly excommuniera et apostrophera, n'admettant nulles circonstances atténuantes, refusant de comprendre, lançant l'anathème, « ayant cet accent qu'il dit être le bourreau et parachever la justice, » insultant tout et s'épigraphant orgueilleusement iconodasie. comme en tête de ses études sur' Gœlhe et Diderot. Pour deviner la violence de ses condamnations, qu'on sache seulement qu'il accuse Désiré Nisard de manquer de vigueur et de sévérité. Or, cette méthode, à part l'emportement qui est

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affaire de nature, est précisément celle que Vinet professait au point de vue protestant. D'Aurevilly s"airiruie donc moraliste : « Caria critique, écrit-il encore, c'est une intrépidité de Tesprit et du caractère. »

Cette théorie, il devait la professer, puisqu'il se proclame « le plus intolérant dos catholiques ». — 11 conviendra donc de définir, d'abord, son catholicisme; -puis, n-jus prouverons qu'il n'a guère pratiqué cette critique moraliste, étant d'une nature exceptionnellement sensitlve ; enfin, nous essayerons de montrer en lui, par ses opinions sur nos mœurs, par ses doctrines politiques, par la structure de ses œuvres û'imaginalion et par sa psychologie de l'âme humaine, — le dernier grand poète romantin ue.

LA UÉACTION CATHOLIQUE

Dans notre société qui, hier encore, ne comprenait Part que matérialiste, favorisant également Flaubert et M. Zola en litléralure, Courbet et Bastien Lepage en peinture, M. Gounod en musique, c'està-dire la minutieuse reproduction de la réalité par les mots, les couleurs ou les sons, — parmi les artistes exerçant presque uniquement leurs facultés observatrices, analytiques et tourmentés du désir de

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faire précis, scientifique, — depuis quelques années, c'est un immense et toujours plus impérieux besoin (l'idéalisme religieux, une recherche anxieuse de l'au delà, le suprême désir d'une certitude, d'une autorité donnant enfin un repos pacifié aux errances de l'âme. Epuisés de trop penser et de trop chercher, ils rêvent au disciple que Jésus aimait, posant sa lête sur l'épaule du Maître, et c'est là, sur l'épaule du Maître, qu'ils espèrent oublier enfin leurs maux et leurs tristesses. Tel est à peu près le rêve de vague mysticisme catholique, dont vivent les plus modernes artistes de ces temps. Réaction contre l'ancien matérialisme, encore incertaine, encore commençante, dont on ne saurait présager les conséquences.

Il est possible qu'en ramenant l'attention du public sur celte histoire du christianisme qu'il nous contait avec une suavité infinie, M. Renan qui gardait du catholicisme sa poésie et son charme, ait préparé cet étrange réveil. Quoi qu'il en soit, cet idéalisme catholique est partout et, de plus en plus, visible. Imitant Alfred de Vigny, qui pensa et exprima définitivement la plupart de nos pensées, les poètesamants chantent la Bien-Aimée, sur le mode des Psaumes ; et ce sont : MM. Leconte de Lisie, Paul Bourget et les jeunes néo-platoniciens. Ou bien, ils adressent à Dieu, à la Vierge surtout, des prières d'une absolue beauté ; ce sont les symboliques : M. Kahn et, mieux, M. Paul Verlaine :

Je ne veux plus aimer que uia mère Marie. . . Oh! comme j'étais faible et bien méchant encore,

JIJLKS KAintKV 1) A nu: VI LL Y 14»

Elle baissa mes yeux et me joifrnit les mains. Et m'eusei?na les mots i)ar lesquels on adore (1).

Ou bien encore, ils reprennent les anciens Mythes en s'eiïorç.ant de dégager des symboles, l'essence de la Divinité : ce sont : MM. Maurice Bouchor, Alber Jhouney, etc. Car deux œuvres sont à rapprocher : Sagesse, de M. Verlaine, livre de détresse et de repentance, plainte infiuiuient naïve d'une âme en peine de vivre ; ri^^ro^e, de M. Maurice Bouchor, livre grave, livre sévère, plein des doutes et des angoisses d'une conscience d'homme :

Mon cœur est fait il'auL'oisse... jl s'inquiète, il soutiVe...

Mais puis-je avec justice entraver ton élan

Si le divin savoir se cache au fond du gouffre?

Même tendance au songe, à la vision de l'au delà dans le réalisme fantastique de M. Huysmans, et mêmes préoccupations morales dans les romans de Barbey d'Aurevilly, comme dans ceux de M. Bourget, comme dans ceux de M. Péladan, comme, surtout, dans ces admirables romans russes où les artistes ont des mains bénissantes et bienfaisantes d"apôtre. D'ailleurs, cette hantise du sens, du but, de Tau delà de l'existence, n'est nulle part plus déchirante que dans ce peuple russe, qu'un de ses grands écrivains appelait un « vagabond moral » .Des illuminés s'en vont prêchant les populations des plaines : Sutaïef, Zimine, Yakovlef et d'autres. La

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