I. V Ensorcelée, p
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des étoles, comme dans les ciselures des ciboires. Et, c'est parce que le catholicisme a su fiancer l'art au dogme et le dogme à l'art qu'il devient la religion des plus modernes d^entre nos artistes. Or, ces symboliques vivant en continuelle extase, « le cœur mort », comme dit l'un d'eux, M. Jean Moréas, dégoûtés d'une vie qu'ils ont trop vécue, épris du rêve d'art, tombent dans un mysticisme sensuel, parce qu'ils gardent souvenance des habitudes anciennes et que, dans leurs découragements, l'Eglise avec ses luminaires piquant d'or, les ombres silencieuses, leur est comme un r-efuge loin des tempêtes de ce monde. Que leur importent dogmes, croyances, vérités? La suave poésie du décor catholique les apaise, les calme et les enchante.
Et celle religion repoussant toute humaine explication, s'affirmant de révélation divine, celte religion vivant en plein rêve devait plaire à ces rêveurs. Car ils oublient trop que le catholicisme a une théologie subtile et minutieuse. Ainsi, d'Aurevilly a-t-il assez décrit ces grandes cérémonies catholiques qu'il trouve « inépuisables de poésie attendrissante et profonde (1) ». Dans V Ensorcelée, ce sera la procession psalmodiante faisant le tour de l'église : « Rien n'est beau comme cet instant solennel des cérémonies catholiques », écrira d'Aurevilly. Et, dans la prédication du R. P. Riculf, ce qui le frappe, c'est la blancheur de linceul de la robe du Carme :
i. Les Romanciers.
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« On eût dit un fantôme prêchant des fantômes » ; c^est l'ombre de la cathédrale « et celte voix tonnante d'une si puissante réalité qu'elle semblait n'appartenir à personne. » Il ajoute : « l'impression de tout cela saisissait (1) ». Cette pieuse sensation de la profonde majesté des symboles est encore ce en quoi d'Aurevilly est le mieux catholique. Car, cette remarque faite, il faut avouer que la religion ne lui a guère inspiré que dressez peu orthodoxes idées : des histoires scandaleuses, comme ce PrHre marié, qu'un de ses disciples, M. Charles Buet, s'indignait qu'on eût banni de ce qu'il appelait « les boutiques catholiques. » Pareille indignation n'est guère de place, car il faut avouer que l'on n'eût point changé la structure de ce roman, si l'on avait voulu l'écrire en hostilité du catholicisme. En deux mots, voici la situation : Jean Gourgue dit Sombreval, prêtre renégat vit avec celle qu'il appelle superbement son seul Dieu, sa fille, sa Calixte. L'enfant perdue de névrose et pieuse comme une Carmélite, cachée qu'elle est, n'a qu'un rêve en ce monde : le retour à Dieu de son père. Alors, défaillant à la pâleur morte de Calixte, à l'éternelle navrance de ses pauvres yeux, lui, le renégat, le parjure et le tombé, pour éveiller un sourire de joie en Tàme de sa fille, se jette aux pieds d'un évêque demandant, mains suppliantes, toutes les humiliations et toutes Ks contritions. Mais c'était une imjiosture. « Oui,
i. Histoire sans nom 'édition Lemerrej.
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s'écrie-l-il, dans son splendide orgueil, une imposture volontaire, réfléchie, éternelle. C'est ma vie maintenant, je ne crois pas, je suis athée. C'est un mensonge qui ne finira qu'avec moi ! Mais il fallait sauver Calixte, et, à ce prix, je la sauve 1 » — Si d'Aurevilly avait ébloui Somlreval du soleil des chemins de Damas, je ne prétends point que sa fiction n'eût quelque peu rappelé les édifiantes historiettes du Pèlerin ; mais c'est alors seulement que cette donnée eût été acceptée des âmes naïvement catholiques. Gemment admettre ce Tarlulïe plus insultant pour la religion, puisque son masque n'est pas même arraché?
Son catholicisme lui suggère encore d'étranges citations : à propos d'un amour défunt, il répétera avec Pascal : « En voilà, et pour jamais, » ou bien il parlera u des cheveux frisés et tassés à la place du cou, dont un s ml suffît pour troubler Pâme, nous dit la Bible ». Ce seront encore d'impies comparaisous, comme celle de l'amour platonique ressemblant à la messe blanche « que disent les jeunes préues pour s'exercera dire sans se tromper la vraie messe, la messe consacrée » ou comme « ce prêtre f l'abbé Méaulis dans le Prêtre marié) dont la tète était conformée pour recevoir toute espèce de merveilleux, ainsi que les yeux longuement fendus des femmes- d'Orient sont faits pour recevoir et retenir plus de lumière que les noires ». Enfin, c'est au catholicisme encore qu'il doit ce fameux satanisme ioul exprimé dans cette phrase : « L'enfer, c'est le
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ciel en creux, le mot diabolique et divin, appliqué à l'intensité des jouissances, exprimant la même chose, c'est-à-dire des sensations allant jusqu'au surnaturel (1). » Or, cette théorie est d'excellence théorie d'époque de décadence. Aux sens affaiblis, la fièvre des jouissances licites n'est plus assez brûlante et l'esprit s'affolant rêvera d'ajouter aux ivresses de l'amour les hantises de la damnation ; il rêvera de posséder « des diseuses ù'ui-emiis et des mangeuses de bon Dieu », et il apprendra l'enivrante félicité du mensonge et de la tromperie. C'est la mise à exécution de cette mode d'existence qu'il a décrite dans ces Diaboliques, où des amants dépravés et impies s'aiment avec d'hystériques fureurs, en des drames ténébreux et criminels, au milieu des épouvantes de la peur et des affres de la damnation. Ces femmes sont vraiment stupéfiantes d'horreur : amantes à quatorze ans, ne tremblant pas en versant le poison, glorieuses dans le crime, se vengeant jilus loin que la mort, mais ordrées et saintes pour l'observateur qui passe ; trompiîuses, meurtrières, tartuffes en falbalas, mimant toutes les vertus, se prostituant à tous... diaboliques enfin !
Et tel est l'art que d'Aurevilly appelle catholique, et tels sont les romans qu'il écrit sous prétexte que « le catholicism.e u'écloppe pas l'art par peur du scandale et qu'il admet les passions et leurs peintures, parce qu'il sait qu'on en peut tirer des ensei-