‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 52 sur 129 · Evangile de saint Luc, cliap. xvn · texte numérisé non relu

Evangile de saint Luc, cliap. xvn

avait compris que c'est un danger quand ce n'est pas une infamie. Enfin, toul permet de supposer que le succès des œuvres imaginalives deBarbey d'Aurevilly a des causes qui ne sont pas précisément orthodoxes, et MgrDupanloup lui dira, avec l'autorité épiscopale, le but de l'art. On remarquera, je l'espère, que me plaçant au point de vue catholique pour jnger le plus intolérant des catholiques, je ne prétends aucunement reprocher leurs hardiesses à Balzac ou à Flaubert; mais j'ai toujours pensé qu'il était juste d^examiner objectivement comment les écrivains ont atteint le but qu'ils se sont proposé et en quelle mesure leur vie a été conforme à leur profession de foi. Ceci dit, laissons la parole à Mgr Dupanloupqui fut certes une grande intelligence :

« L'art n'est vraiment digne de ce nom que pratiqué d'une façon élevée, à l'école des grands maîtres, de telle sorte qu'il soit un appui pour la vertu ellemême, une force pour l'âme et comme une aile au moyen de laquelle ou puisse monter des beautés artistiques à la source première de toute beauté qui est Dieu; de telle sorte encore que le culte religieux de Fart nourrisse cet amour du beau, cette soif de l'idéal qui soutient l'essor de l'àme vers les régions de la beauté pure et de l'amour saint; amour qui, s'il n'est pas encore de la piélé, c'est-à-dire l'amour direct de Dieu, s'en approche et y élève. »

PourtautBarbey d'Aurevilly avait compris le devoir du moraliste, lorsqu'il écrivait « que l'art des mots était vain » et « qu'il ne fallait pas concevoir la cri-

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liquocn dehors de la morale chrélienno » ou encore « qu il y a une critique qui doit passer avant le naturalisme de Gœlhe, lùt-il pratiqué par Sainte-Beuve, c'est la critique morale (1) ». Nous définirons plus avant sa critique^ mais on peut dire qu'il n'a jamais

I ni dans ses romans, ni dans ses études de mœurs, ni dans ses éludes critiques, ni dans ses poésies si mal connues, réalisé la conception catholique de la vie. — étant peut-être de nature trop effrénée, trop sensitive. Ce qui tendrait à prouver cette assertion c'est que, dans ses œuvres de vieillesse, on trouve quelques pages, — comme une merveilleuse étude sur Lacordaire — d'un catholicisme orthodoxe et vivant. L'âge venu, les sens émoussés, l'homme spirituel se dégagea peu à peu.

Mais d'Aurevilly devait à sa religion une vue pour dire objective de la beauté artistique. C'est ainsi que je terminerai Tétude de ce néo-catholicisme fort inquiétant, parait-il, pour les âmes croyantes en simplicité. Nous venons d'exposer les théories dévie

j et d'art de Barbey d'Aurevilly ; dans le suivant chapitre, nous analyserons sa nature telle que son œuvre nous l'avoue.

Il était assez naturel que, préparé par son catholicisme à comprendre l'art so^is ses manifestations multiples, d'Aurevilly que nous avons trouvé outrageusement partial en philosophie, incapable même de rendre justice à un ennemi, fut électique en art.

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