‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 53 sur 129 · f.es Homanciers · texte numérisé non relu

f.es Homanciers

Il J'a été au point d'admirer plusieurs genres de beauté : Racine, «cette jierlequi repose l'esprit, qui le caresse », et Baudelaire : « Il y a du Danle, dit-il, dans Fauteur des Fleurs du mal, mais du Dante d'une époque atliée et moderne, du Dante venu après Voltaire, dans un temps qui n'aura pas de saint Thomas; » de parler « de la beauté radieuse » de la Vierge à la chaise, de Raphaël et, d'appeler le Combat du Kenrsage et de VAlabama, d'3 Manet, « très grand d'exécution et d'idée; » de comprendre enfin Racine et Stendhal, Delaroche et Manet, Moznrt et Berlioz. Car il est aiséinent compréhensible qu'une religion ordonnant la toi aveugle au dogme, mais bienveillante pour l'art, donne à ses sectaires un esprit fermé aux discussions philosophiques mais accessible aux diverses métamorphoses du beau.

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Quoiqu'il ait déclaré « que la critique n'est pas une sensation, qu'elle est une idée, » d'Aurevilly ne transcrit et n'analyse guère dans ses éludes sur les œuvres et les hommes du dix-neuvième siècle que ses intimes sensations. En effet, étant donnés l'éducation, le milieu et les habituelles tendances de Scherer ou de M. Brunetière, par exemple, on peut toujours expliquer leurs jugements et prédire même

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leurs sympnlliies et leurs antipathies. Car les esprits raisoiineiiis ont, dans leurs pensées, une logiqued'une rigueur absolument scienlifupK; ; mais la caractéristique des natures scnsitives est précisément un manque com[tlet de raisonnement dans les sentiments et dans les actes. Tel ouvrage imprimé en elzévirs, sur Japon im[)érial, avec en têtes, culs-delampe moyen âge et fers S[)éciaux a charmé, qui eût exaspéré dans la petite édition, à cinq sous, sur méchant pa()ier de bois. Bien plus, tel livre ouvert un soir de suprême bonheur, a laissé une souvenance endiaumée qui, parcouru un jour de pluie et de solitude navrées, eût paru mortellement ennuyeux €t cela indépendamment des doctrines professées par l'auteur, lesquelles, à moins d'être singulièrement intransigeantes, importeront peu.

C'est ainsi que procède d'Aurevilly, qui n'a pas l'inlelligence curieusement analytique de M. Bourget — comme le prouvera la psychologie sommaire de ses romans — et qui juge les immenses ballots 'de la librairie contemporaine au hasard de ses sensations. N'a-t-il pas dit: « Je sens si peu comme les autres, j'ai une âme à part pour tant d'impressions » ? Et, à peine le livre feuilleté, il devine s'il lui sera sympathique ou non. A ce propos, voici ce qu'il raconte dans ses Memoranda: <( Lu du Dickens, — Nicolas Nlcldebij. — Je veux faire une élude sur Dickens et je n'en connais encore que cent pages. Mais je préiends que si cent pages ne donnent pas le .talent d'un homme, elles donnent son esprit, et l'es-

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prit de Dickens m'est odieux (1)» . Ainsi, avant même de connaître la philosophie et la morale d'un écrivain, car, en ce siècle de production, il est impossible de trouver en cent pages ce qu'il est souvent malaisé de découvrir en vingt volumes, d'Aurevilly a son opinion, puisque les sensations sont de nature, spontanées. Et je songe à Sainte-Beuve qui disait: «Je débute le plus souvent par la louange, par la pleine louange, tellement que la critique proprement dite sembleparfois bien prés de disparaître; puis, je ne crains pas de revenir et de poser mes réserves, s'il y a lieu... et ainsi, j'ai fait le lourde mon sujet plutôt deux fois qu'une (2) ».

D'ailleurs, quelques rodomontades outrageusement catholiques ne suffisent pas à donner une règle à cet esprit qui vit dans un illogisme inexplicable s'il n'était un simple phénomène nerveux. On pourrait croire que Madame de Staël, protestante, républicaine et passablement pédante; que Stendhal, avec son matérialisme, sa désolante sécheresse de cœur et la retenue constante de son style; que Désiré Nisard, avec son classicisme exclusif et son horreur des emportements romantiques, lui dussent être antipathiques. Erreur, il admire jusqu'à Corinne déclamant dans l'auréole de ses voiles verts et trouve, que l'esprit deMadame de Staël «était presque dugénie. » 11 consacre à Stendhal une étude enthousiaste : « Quoi qu'il ait été par les opinions et par les prin

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