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Saiale-Beuve, Portraits conlrmporains, tome I

JUI.KS HAMBKY d'aUU E VILL Y. Itio

cipes intellectuels, Stendhal fut un homme et c'est assez. » Ailleurs, il proclame Nisard « supérieur » et juge son travail sur Byron excellemment composé, « digne de Madame de Staël. » Au contraire, les hallucinations de ce fantastique buveur de ginn, qui a nom Poë; la vigueur de taureau, l'aveuglant coloris et le mépris de la société moyenne de l'école léaliste de Courbet en peinture, de M. Zola en écriture, enfln la sérénité supra-humaine de la vie du comte de Ghambord semblaient devoir lui plaire. Il n'en est rien : Poe lui paraît un impie doué de vulgaire talent ; Courbet, « un peintre bête qui serait pour le dégoûter de la peinture » ; M. Zola l'ultime abjection de la littérature, et lenaturalisme, « le piedplatisme du dix-neuvième siécle(l) ! «Enfin, il reprochera au comte de Ghambord son inaction ; il le surnommera le grand expectant de l'histoire et il osera écrire ces paroles impies pour un royaliste : « Assurément, il est plus doux d'être le radieux amphitryon de tout un parti qui vous traite de roi. dans ces dinerspar lesquels on gouverne partout les hommes, que d'être rasé, comme Garloman, et jeté aux oubliettes d'unmonastère(2)». Et, toujours, il procédera avec celte absence de méthode, mais docile à ses sensations, disant qu'il « reste constammentjuste » et écri" vant de M. Renan, par exemple, « qu'il vit sur une idée faute d'en avoir deux, » et dans une bien insuffisante étude sur Gœthe, que « labélise est naturelle

i. Sonsalions d'art (é<litioa Frinzine), p. 29. 2. Sensations d'IUsloire (éditiou Frinzine).

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à railleur de Faust. » Or, ces jugements si fréquents dans l'œuvre critique de d'Aurevilly, ne sont pas impul.ibles à telle doctrine ou à telle étlucniion, ce sont {\es erreurs d'analyse provenant de la prédominance delà sensation sur le raisonnement.

De même encore, dans les feuilletons dramatiques qu'il écrivit jadis au Nain Jaune : par exemple. Madame Sarah Bernhar(lt,avec sa beauté préraphaélite, avec l'exaspération presque hystérique de son jeu et l'ineffable poème de sa voix, ne charme pas cet exaspéré et ce poète. 11 la trouve, au contraire, « d'une minauderie insupportable » et compare ses genoux à des lètesde mort. Parconlre, Thérésa qui, par la trivialité et la canaillerie voulues de sa diction et de ses gestes, semblait devoir révolterson aristocratie, lui parait « uneartiste de nature et de grande valeur qui prononce enchantant, comme Racliel prononçait en parlant ». On le vuit, le propre des natures sensilives est d'exagérer l'éloge comme le blâme»

Si, d'analyse et de doctrine, sa critique littéraire et théâtrale était d'une si flagrante imperfection, il était à prévoir que celui qui définissait la couleur « une enivrante magie « et qui, par ses étrangetés de jugement, avouait une excessive nervosité, devait pratiquer supérieurement cette critique qu'Emile Hennequin appelait la Synthèse esthétique, qui a pour méthode d'évoquer un roman, un tableau ou une symphonie, de manière à en donner non tant l'idée que l'exacte sensation. Diderot, dans les mer— "veilleux comptes rendus du Salon qu'il écrivit pour

JULES MA RU i: Y d'a UU K V II.I, Y- 1G7

la Corrcsipowlance de Griinm, a donné les premiers . exemples de « celle criliqnc inventive qui ref.iilen quehjues traits, dit d'Aurevilly, le tableau ou le groupe ». Le romantisme qui introduisit la sulijecli\ité de Tliommedans le classicisme épuisé de deux siècles de vie, devait etiii)loyer surtout cette critiijue impressive. Mais la dillicullé est que, lorsqu'elle est professée par des éciivains doués d'organismes robustes, elle devient éloquence, prétexte à gi-and style et cesse d'être la notation précise de vibrations nerveuses, puisque ces vibrations ne sont perçues que pai' des natures d'une déKcatessemaladive. Ainsi Victor Hugo, Qv-ec sa robuste santé, fut, dans Shakespeare et dans la plupart de ses éludes littéraires, d'une rhétorique éloquence. Ainsi encore Théophile Gautier et Paul de Sainl-Victor, avec le matérialisme de leur style, n'ont guère laissé que de brillantes vnriations d'une virtuosité de Tzigane; mais aussi d 'pourvues de sensations que de pensées. Or, pour rintensilé et le nervosisme étranges des meilleures pages de Barbey d'Aurevilly, je ne sais à lui comparer que certains récits d'audilion de Stendhal ou de Baudelaire, que les éludes des de Concourt, de M. de Banville, les trop rares écrits de .Madame Julia Daudet et, peul-êire encore, les pages de critique intercalées dans les derniers romans de M. K.-J. Iluysmans.

Donc, d'AurevMIy reproduira cette poésie céleste qui moula vers le ciel, pure comme la fumée du sacrifice d'Abel, lorsque lescanons del'épopée impé-

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riale eurent enfin fait silence, — cette poésie qui fut celle de ce Lamartine qui, ignorant de notre art, trouvait, dans la naïve tristesse de son àme, des cantiques aussi beaux que ceux de Racine. — « Sublime élégiaque, dira d'Aurevilly, qui fit monter l'élégie désolée, cette douleur de la terre, sur les ailes ouvertes de l'aigle lyrique et qui, pour la première fois, l'emporta jusqu'au ciel. » 11 reproduira encore^ dans la lumière morte d'un musée, la Martyre dtt Tibre, de Paul Delaroche, couchée dans la nuit, parmi les flots, les paupières closes et il décrira: «La chasteté de sa poitrine où la femme se montre à peine, la grâce d'agneau de ses mains liées, l'or triomphant du ciel, dans un coin du tableau, — du ciel qui n'a pas les mélancolies de la terre ». Et ce sera merveilleusement qu'il évoquera, dans l'atmosphère énervante et surchauffée des salles de spectacle Réményi, le Méphistophélès du violon dont l'archet volait sur les cordes, dans l'endiablement et le tourbillon ivre de folie, des romances de sa Hongrie. « 11 a, dit d'Aurevilly, le coup d'archet qui semble tomber du ciel comme la foudre et qui le fait Réményi ! C'est le coup de sabre du Hongrois, c'est la signature de sa nationalité que ce coup d'archet qui rappelle le coup de sabre d'Attila 1 » Ainsi, la véritable supériorité de la critique de Rarbey d'Aurevilly réside dans la reproduction évocatrice des livres, des peintures ou des musiques (1).

1. A citer particulièrement les études sur le François d'AssisCt

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Plus manifeste encore, la sensitivité de cette âme apparaît dans sa conception de l'amour tel qu'il remplit la majeure partie de l'existence et de l'œuvre de Barbey d'Aurevilly. « A cette époque, dira-t-il, en parlant des années de sa jeunesse, je m'occupais peu de peinture, car, en une foule de choses, je ne me suis développé que tard, la femme me bouchait tout(l) ». Une nature où la vie sensationnelle prédomine certainement le raisonnement et l'analyse — comme le prouve cette critique d'impression — aura une conception de l'amour sensuelle, libertine jusqu'au fantastique, puisquele platonisme et le sentimentalisme proviennent surtout des rêveries de l'esprit seul, et cette conception s'exaltera jusqu'à l'impossible, lorsque nous aurons un tempérament de la vigueur de celui de Barbey d'Aurevilly.

En elTet, a-t-il assez méchamment caricaturé le platonisme. «Il a voulu culbuter, dit-il, cette théorie un peu niaise de l'idéal, » car ainsi que la tragique Iseult de Scudemor, de Ce qui ne meurt pas 'iW gardait, dans son cœur, la conviction que Tamour pur était une amére illusion, incompréhensible à l'intelligence, irréalisable à la sensibilité, » et que le mysticisme est « un mensonge pour peu qu'il dure ». lia dit encore que les femmes ordrées, étaient peutêtre celles qui conviennent le mieux aux hommes,

d'Alonzo Cano, Berlioz, le Salon de 1872, Villon, Sainte-Beuve, Baudelaire, Madame Desbordes-Valtnore, le comte de Chambord, Lacordaire, G. Caumont, etc. , etc. 1. Memoranda.

«maisqu'il aimait mieux le vi II, lui(l)» ! — c'est-à-dire les diaboliques. Ailleurs, comme il a mal compris celte délicate aventure d'amour vécue par Gœlhe, dans son voyage à Rome : ces quelques entrevues avec cette Italienne si jeune, si belle, l'arrivée du frère et puis celle dernière conversation après les adieux officiels, alors que Gœllie dans sa voiture, attend le cocher qui a couru se rafraîchir au cabaret voisin et que la lAlilanaise apparaît à sa fenêlre... Enfin, Tamour éclate et pouilant Gœthe s'en ira. D'Aurevilly met à cette aventure l'épilhète de «vertueuse » et semble reprocher à Gœthe que tout « se soit passé sagement », car il n'entend pas qu'il est des êtres qui demandent à l'amour autre chosequ'un brusque spasme nerveux el qui trouvent le rêve que nous rêvons à propos de l'amie d'une beanté si rare et si bienfaisante que la réalité puisse lui être sacrifiée. En somme, rieu ne se ressemble tant que la Yolupté physiijue et ce qui est infini, c'est l'auréole que notre adoration met à l'entour du front de celles que nos cœurs ont élues et qui doivent, pour rester reines d'Amour, s'en aller dans le mystère de l'éloignement ou de la mort. Lorsque Béalrice Porlînari apparut dans l'éblouissement du Paradis, elle était morte ; Elisabeth Siddal l'était aussi, lorsque Rossetti l'évoquail- accoudée aux créneaux dorés du. ciel. Trop de réalité tuera noire rêve et nous conduira à d'autres expériences déçues toujours, tôt ou

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