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tard. Les uns seront les contemplalifs, ceux qui auront la sagesse de comprendre que le rêve est supérieur à la réalité et qui sauront que le secret d'en vivre est de n'en point chercher la réalisation. Tels Dante, Pétrarque et les Néo-platoniciens. Les autres, — et c'est probablement affaire de tempérament, de vaillance de sang, — les actifs chercheront, leur vie durant, la réalisation de leur impossible rêve d'amour : ils seront les Richelieu, les Byron et, quoique h un moindre degré, les Barbey d'Aurevilly.
Il avouait qu'il singeât toute sa jeunesse Byron, Alfieri, Lovelace, Don Juan, et ailleurs, « qu^il ne concevait pas l'amour sans Tidolàlrie [)hysique». De fait, celui qui décrivait, dans \enideau-Cramoisi, la pression embrasante d'une main de femme : « Cette main, je la sentais, pénétrant la mienne comme un foyer d'où rayonnaient et s'étendaient le long de mes veines d'immenses lames de feu » ; celui qui trouvait, pour décrire la fascination des yeux de la comtesse Serlon de Savigny ou de la jambe de Vcllini,des expressions brûlantes et presque orgiastiques, fut sensuel en amour.
Et il le fut avec la robustesse de sa fière nature, car je sais peu de romans où l'amour purement physique ait une telle importance. Dans la Vieille maîtresse, dans les Diaboliques, dans Ce qui ne meurt pas, ce sont des accouplements presque à chaque page et, cotnme il dit dans la poésie de sa langue, a de perpétuels mouvements de tigresses amoureuses ». Pour lui, la femme n'a d'existence que par
l'amour et que dans l'amour. Plus ou moins, ses héroïnes ont toutes des natures de courtisane : elles sont nées pour Jes voluptés, elles ne savent aimer qu'avec leurs sens. Son catholicisme le forcera pourtant à respecter les vierges pures qui se sont données à Christ; mais il les représentera trop saintes, trop irréelles, trop étrangères à la terre; et la femme sérieuse, vivant la vie de l'intelligence, il ne l'admettra pas, il la ridiculisera, l'appelant pédante, basbleu, docteur en jupons. Enfin, il ne paraît pas comprendre qne l'amour ait d'autres causes que des causes purement sensuelles et qu'il puisse s'exprimer autrement que par la possession. Dans la seule affection désintéressée qu'il ait étudiée, — celle de Néhel pour la fille du Prêire marié, — le fougueux seigneur de Néliou ne se peut résoudre à perdre espérance. Mais, par exemple, l'affolante passion de Ryno de Marigny pour Vellini, la Malagaise, dans la Vieille maîtresse, n'a pas précisément une genèse spirituelle. La première fois qu'il l'aperçut : indolente, elle avalait un sorbet dans sa calèche, arrêtée devant le café Tortoni. Il nevitqu'une petite femme, « jaune comme une cigarette, l'air malsain, n'ayant de vie qu3 dans les yeux », et il s'en moqua franchement. Mais plus tard, étant derrière elle, il la vit marcher : « Alors une autre femme sortit de cette femme. Deux éclairs, je crois, partirent de cette épine dorsale qui vibrait, en marchant comme celle d'une nerveuse et souple panthère, et je compris par un frisson singulier, raconte M. de Marigny, la
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]tuissance électrique de lèlre qui marchait ainsi devant moi (i). »
Sans doute, il est vrai que nous « avons tous des moments turcs dans notre vie;» mais d'Aurevilly en a peut-être plus que d'autres et il faut convenir, qu'en ces moments turcs, il ne craint pas, calliolique, de plaisanter les Bénédictines, de parler « d'une chanoinesse qui gardera sa croix — de toute manière (^), » — et, soi-disant moraliste, il ne craint pas d'avouerqu' « il aime les situations très hardies » et de juger ainsi une actrice : « Elle chantait faux autant que les autres, mais comme son corsage chantait juste 1 »
Enfin, cetteuotion de l'amour purement sensuelle, matérielle et emportée jusqu'à l'hystérie, que rien ne savait dompter, se passionnait avec les années. Le blasement de l'habitude survenu, d'Aurevilly devait rechercher l'inconnu, l'inédit, car ainsi qu'il l'a dit : « Quand la passion n'a plus rien qui l'exalte, elle rêve du crime. » Et c'est encore vrai de son œuvre. On trouvera dans la frénésie d'adoration de la Vellini pour sa fille, dans les considérations préfaçant la Vengeance d'une femme, dans la confession de sa vie que la comtesse de Scudcmor fait à Allan de Gynthry, ailleurs encore, quelques exemples de mœurs orientales tendant à prouver ce que j'avance; et, dans un autre genre, l'étrange anecdote admirativement rapportée dans Ce qui ne meurt pas, d'un fou