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Herbert Spencer, Les Bases ds la morale écolulionniste

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ses goûts à l'eurylhmie de l'élat, s'il est nécessité. Matériel loinont et iiioralemeiit, l'existence des socié- , tés se trouve réglementée et tonte cette science de I vie est fondée sur l'instinct moral qui, pour Darwin i et Spencer, remplace la conscience morale : « Au I moment de l'action, dit Darwin, l'homme est sans doute capable de suivre rimpulsion la plus puissante; or, bien que cette impulsion puisse le pousser aux actes les plus nobles, elle le portera plus ordinairement à satisfaire ses propres désirs, aux dépens de ses semblables. Mais, après cette satisfaction donnée à ses désirs, lorsqu'il comparera ses I in pressions passées et affaiblies avec ses sentiments i sociaux plus durables, — le châtiment viendra. L'homme se sent alors mécontent de lui-même et ' prend la résolution, avec plus ou moins de vigueur, d'en agir autrement. C'est là, la conscience qui I regarde en arrière et juge les actions passées. » Ainsi la conscience est une prédominance des instincts sociaux que la réflexion seule rend consciente. Mais, comme l'a fort justement remarqué Guyau : La conscience n'étant qu'une prédominance inconsciente, ne perd-elle pas toute vertu dès l'instant qu'elle est expliquée? Quelle influence peut exercer une force que l'on sait illusoire? Il est vrai — que d'après Darwin lui-même, — l'intelligence, en pénétrant riuslincl, le détruit et le rem[)lace peu à peu. L'iustinct mural et le progrès intellectuel seraient donc en progression inverse.

Bref, Darwin et Spencer aboutissent à cette har-

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raonisation de la vie qui fut le rêve du grand Gœilie el qui nous parait la conclusion. Elle ne suppose [)as, , en effet, une liberté plus effective que ne Tadinet! Darwin, car elle est plus encore composée de renoncements et d'immobilités que de volitions. La pensée errante aux échelles des possibles abdiquera eti 15'hypnolisera devant l'exécution. Il y aura comme une négation de la vie. L'apaisement descendra lentement en les ouragans de l'àme. L'existence se fera petite, étroite, comme le jardin de Candide. Mais, pour que le regret, ce tourment des âmes pures, ne hante plus notre acalmie, il faut avoir fait le tour des questions et des choses ; il faut que la vie n'ait plus d'inconnu. Car l'inconnu, c'est le mystère. Ce mystère qui flambe éternellement dans nos rêveries de jeunesse. Alors, nous répéterons cette déclaration tragiquement vraie de VEcdésia te : « J'ai regardé tout ce qui se faisait sous le soleil, et voilà, tout est vanité et plaie d'câme ». Et l'esprit entrera dans l'harmonie suprême « souscrivant aux compromis, comme dit Scherer, se prêtant aux fictions, entrant dans les bienfaisantes tricheries au moyen desquelles nous évitons de rester dans un tête à tête permanent avec des réalités trop lourdes pour nous », s' intéressant à tout, sans prendre goût à rien. L'existence vécue, surtout en les Espagnes du rêve, deviendra factice, inutile peut-être, mais combien tristement et uniformément harmonieuse.

Mais si, comme Herbert Spencer, Scherer base sa morale sur l'observation : « Le monde est ce qu'il

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r'st, à prendre ou à laisser », dit-il. a II faut accepter le l'ail el sa souveraineté » ; il s'en sé[)are en ce ijue son éthique n'était point basée sur l'instinct moral, mais sur l'obligation, l'impératif catégorique de Kant, car c'est de Kant qu'il s'agit.

En efTet, Kant dans sa Critique de la raison pra- I tique, après avoir constaté Texistence de certains principes toujours présents aux intelligences raisonnables, qu'il appelle principes « ;;nor/, établit que les lois morales n'étant pas autre chose que ces principes émanés d'un volonté indépendante de tout milieu ambiant, ont leur unique fondement dans l'autonomie de la volonté. La volonté est ainsi gouvernée par SCS propres lois. C'est, parce que ces lois morales sont celles de toute intelligence saine, qu'elles revêtent un caractère impérativement obligatoire. Or, cette notion d'obligation nous prouve, toujours d'après Kant, la vérité objective de cette idée de liberté que nie la loi de causalité et que l'expérience du sens intime ne peut démontrer. Car, sans la liberté, la loi morale est un non sens; mais c«tte loi étant une obligation, l'individu qui la reconnaît se sent libre. Aussi la liberté, impénétrable en soi, n'en est pas moins prouvée.

Telle était, à peu de chose prés, la doctrine de Scherer : Le bien, dit-il, est un sentiment primitif et spontané de la conscience. Le bien est, par là même, un sentiment universel el il a un caractère absolu en ce sens que l'obligation s'impose à la conscience, comme la loi suprême de la vie humaine.

Mais ce qui est absolu, ce n'est pas la liberté, c'est le sentiment de l'obligation. Le caractère de celle-ci fait illnsion sur le caractère de celle-là. De droit, j'admets la liberté absolue et je reconnais qu'en fait elle n'existe pas ou n'existe plus. Scberer se rapproche de Mûllor, de Rùckert et il conclut : « La liberté est l'inévitable illusion de la conscience du moi. On se croit libre; mais on reconnaît facilement que les autres ne le sont pas (1) ».

Ces doctrines exposées dans leur charpente, ce n'est point ici l'occasion de les discuter. En effet, le travail que nous poursuivons est surtout d'analyse compréhensive. Mais qu'on nous permette deux remarques.

Celte liberté que Kant affirme supposée par la raison spéculative, mais prouvée par la raison pratique — et prouvée, parce que la loi morale sans la liberté de la volonlé serait un non sens; cette liberté que Scberer déclare « purement négative et relative », et qu'il trouve en suprême analyse, n'être qu'une illusion, « l'itiévitable illusion de la conscience du moi »; cette liberlé essentiellement illusoire et subjective parait chimérique. Par malheur, il n'est donné qu'aux poètes de vivre en pays de rêve; mais je demande comment un moraliste peut baser son système sur une liberté qu'il suppose et qu'il déclare prouvée, parce qu'elle est nécessaire à sa théorie, — comme Kant — ou qu'il pense essen-

1. Voir pour les détails : Mélanges de critique religieuse, p. 63 €t suiv.

tiellpment vnine et inexistante, — comme Sclierer. — .Mais j*ai hâte d'ajouter que celte discussion est infiniment trop aisée à entendre pour avoir la moindre valeur. Durant que j'étudiais ceux qui ont l)arlé sur le sujet, la définition de la métaphysique donnée par Voltaire m'est souvent revenue eu mémoire et il m'a paru qu'elle était plus vraie qu'oa ne la croit ordinairement. Je ferai pourtant une exception pour Schercr qui a beaucoup de clarté et de sim[)licité dans la pensée; aussi, avec une compétence que je n'ai pas, a-t-il lui-même réfuté plus tard ses opinions de jadis -sur l'obligation morale (voir le beau dialogue écrit en lS87,sur V Avenir de la Religion où il établit que la portée absolue donnée à la loi morale est une pure illusion) comme avant lui, et avec une compétence qu'il n'avait pas, Spinoza dans son Ethique, après avoir proclamé, lui aussi, la liberté une illusion, a définitivement prouvé la contradiction de l'idée de bien et de mal et de celle de liberté : « J\ii appelé libre, dit-il, celui qui se gouverne par la seule raison. Quiconque naît libre et reste libre n'a d'autres idées que des idées adéquates et, parlant, il n'a aucune idée du mal ni du bien, puisque le bien et mal sont des choses corrélatives (1) ».

Ma seconde remarque a trait à l'obligation morale.

L'obligation, c'est l'opinion de Kant, comme

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